Mercredi 18 septembre 2019 | Dernière mise à jour 08:41

Tennis Shapovalov: «J'aime sentir la foule vibrer»

Nouvel ambassadeur des montres TAG Heuer et révélation de la saison, Denis Shapovalov va faire découvrir, ce soir contre Sugita (19h), son tennis fusion aux Swiss Indoors. Il nous parle des bienfaits de la foule, de la Laver Cup et de ce tic qu’il partage avec Roger Federer.

De Tel-Aviv à Bâle en passant par Toronto et Wimbledon

1995: Naissance le 15 avril à Tel-Aviv. Il a 9 mois quand il part au Canada.

2004: Sa mère Tessa, ex-joueuse, lui met sa première raquette dans les mains.

2015: Victoires en double à l’US Open et en Juniors Davis Cup avec Augier-Aliassime.

2016: Sacré champion de Wimbledon juniors. Victoire contre Nick Kyrgios à Toronto.

2017: Disqualification en Coupe Davis. Demi-finale à Montréal (bat Del Potro et Nadal).

2017: 8e de finale à l’US Open. Entrée dans le top 50, quatre mois plus tôt que Federer (2000).

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- Denis, durant l’US Open, Brad Gilbert s’est exclamé que vous étiez «né pour jouer dans les grands stades». Est-ce si facile pour vous de briller devant 23'000 spectateurs?

«Je ne dirais pas que c’est facile mais j’ai grandi avec l’envie de jouer sur les plus grands courts. Ces ambiances m’excitent et me motivent. D’ailleurs, lors de mon premier match sur le circuit, à Toronto en 2016 (victoire contre Kyrgios à seulement 17 ans), j’avais demandé d’être programmé sur le central. J’aime sentir cette foule qui te regarde et qui vibre au diapason de ton jeu. C’était donc un honneur et un plaisir de me retrouver sur le Arthur Ashe.»

- On a le sentiment que l’énergie du public nourrit votre jeu...

«J’ai l’impression que le public m’aide en effet. Quand je le sens derrière moi, il y a comme un transfert d’énergie. C’est sans doute pour cela que je joue si bien au Canada. À New York, il y avait le bruit, la foule qui m’a adopté tout de suite. C’était comme un rêve qui devenait réalité, je ne pouvais que bien jouer.»

- Aviez-vous identifié des signaux qui vous laissaient penser que vous pouviez jouer si bien cet été?

«Il s’est passé quelque chose au Queen’s (juin). J’ai battu Edmund puis perdu un gros combat 7-5 au 3e contre Berdych en laissant passer beaucoup d’occasions. Là, pour la première fois, je me suis dit que je pouvais être au contact des meilleurs. Et même si perdre d’entrée à Wimbledon contre Janowicz m’a déçu, j’ai quitté Londres avec la conviction que je pouvais battre tout le monde.»

- Ce que vous avez prouvé à Montréal…

«Oui. Après la saison sur gazon, j’avais vraiment envie de saisir la prochaine occasion qui se présentait. En plus, elle arrivait au Canada. Après, j’ai quand même sauvé quatre balles de match au premier tour (contre Dutra Silva); l’histoire aurait donc pu être différente. Finalement, cette victoire m’a fait du bien. Car quand je me suis retrouvé face à Del Potro puis Nadal, je n’avais plus rien à perdre.»

- Entre la prise de conscience de vos progrès et cette demi-finale à la Rogers Cup, tout est allé quand même très vite...

«C’est toujours un peu la même histoire en tennis. Les choses se mettent en place et tout s’accélère. Mais c’est vrai, il s’est passé un truc à Montréal. Quand j’y repense, je crois que ces quatre balles de match sauvées m’ont totalement relâché… Je me suis mis à jouer de manière libérée, une confiance que j’ai emportée avec moi à New York. Et comme là-bas j’ai réussi à m’extraire du piège des qualifications, j’ai pris tout ce qui m’arrivait comme du bonus. Du coup, mon niveau a continué de monter presque naturellement.»

- Pour beaucoup, vous êtes un «talent vintage» parce que votre style évoque les attaquants des années 1990. Est-ce que cette comparaison vous plaît?

(Sourire) «C’est un immense compliment. Sans doute que le côté vintage vient de mon revers à une main, un coup rare et qui reste identifié comme classique. Mais d’un autre côté, le jeu des comparaisons est limité. Chacun a son style, son caractère et surtout son propre chemin à tracer. Évidemment, j’adore être comparé à Rafa (Nadal) ou Roger (Federer). J’ai d’ailleurs beaucoup regardé Roger, qui est mon idole. Mais je ne veux pas ressembler aux champions du passé.»

- Puisqu’on parle de Roger Federer: savez-vous que vous partagez un tic avec lui?

(Surpris) «Non, lequel?»

- Cette balle que vous faites passer entre vos jambes, de la main à la raquette, avant de servir. Il le faisait beaucoup en début de carrière...

(Rires) «C’est dingue, incroyable même. Je ne le savais pas. Je vais devoir rechercher des vidéos pour vérifier tout ça. Et si je retrouve une preuve, ce serait vraiment cool.»

- Selon Mats Wilander, ces petits jeux démontrent à quel point Federer aime le contact de la balle dans son tamis. Êtes-vous aussi accro aux sensations?

«Je ne pense pas être très bon dans ces petits jeux («tricks»), certainement pas aussi fort que lui. Son toucher est juste incroyable. En fait, j’aime bien plus la compétition que le ressenti. J’adore quand un match se tend et devient chaud. J’aime quand il faut prendre un risque: sentir qu’un coup est le bon et y aller sans hésiter. Peu importe le score. Pour moi, c’est l’essence du sport.»

- Vous étiez le plus jeune joueur de la Laver Cup. Que retenez-vous de cette expérience?

«C’était juste incroyable, probablement la plus belle compétition à laquelle j’ai participé. Déjà tu joues pour Rod Laver, qui est la légende absolue de notre sport. Ensuite, il y a John McEnroe et Björn Borg sur le banc. Et puis, tu regardes derrière et tu vois Rafa et Roger qui applaudissent. Pour être honnête, au début, j’étais si nerveux que c’était compliqué de bien jouer. Mais au final, ces légendes sont si cool et si accessibles. Et même si tout est allé très vite, j’ai trouvé les deux-trois conseils que m’a glissés Johnny Mac très stimulants. Il est gaucher et jouait vers l’avant, comme moi. En plus, c’est quelqu’un de très intelligent qui analyse précisément le jeu. J’ai pris tout ce que j’ai pu.»

- Quand votre maman, qui est aussi votre premier coach, voyage avec vous, le dialogue est celui d’une mère et son fils ou celui d’un coach avec son joueur?

«Ma mère est une ancienne joueuse et elle m’a entraîné jusqu’à mes 13 ans. À partir de là, elle a voulu me laisser progresser au contact d’autres coaches mais tout en gardant un œil sur mon évolution - (sa mère passe près de la table) «Donc merci Tessa, merci pour tout!» (Rires) Sinon, elle essaie de me parler comme une maman. Mais c’est moi qui lui demande des opinions de coaches presque après chaque match, ou même à l’entraînement. À mon avis, elle restera impliquée dans ma carrière jusqu’au bout.»

- Vous avez 18 ans et une carrière devant vous. Quels sont vos objectifs et vos rêves?

«J’aimerais déjà finir l’année 2017 dans le Top 40. Par contre, je ne me suis pas encore fixé d’objectifs pour 2018, on en parlera durant la préparation hivernale. Et pour les rêves, je dirais être numéro un mondial et gagner des tournois du Grand Chelem. Mais aussi, voire surtout, faire commencer le tennis à beaucoup d’enfants au Canada. On est une grande nation de hockey, il est temps que le tennis gagne du terrain.»

- Alors justement, avec Raonic, Pospisil, Auger-Aliassime et vous, le Canada peut rêver de la Coupe Davis?

«C’est clair. On a l’équipe pour la gagner ces prochaines années. En plus, Felix et Vasek sont mes frères; ce serait superbe de soulever le trophée ensemble.»

- Et pourriez-vous devenir un leader qui s’engage pour la sauvegarde de cette compétition?

«Complètement. J’adore jouer pour mon pays et j’ai grandi avec l’envie de le représenter en Coupe Davis ou ailleurs. Je pense aussi que le changement de format (3 sets gagnants) va faciliter l’investissement des meilleurs. Pour eux, c’était devenu trop dur de jouer la semaine suivant un Grand Chelem.»

- Vous allez découvrir les Swiss Indoors. Que représente ce tournoi pour vous?

«C’est là que Roger gagne tout le temps! (rires) Sinon, je sais que beaucoup de grands noms se sont imposés à Bâle. Moi, je suis surtout ravi de découvrir la Suisse. Jeudi, je me suis baladé dans la vieille ville, c’est tellement beau. Je me sens super bien ici, j’ai envie de bien jouer pour rester.»

Créé: 23.10.2017, 13h47

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