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TENNIS Stanislas Wawrinka: «Je me sens plus fort, plus à l'aise»

Avant d'affronter Rafael Nadal à Roland-Garros, le Vaudois remonte un peu le temps pour expliquer, avec humilité et clairvoyance, comment il en est arrivé là.

Plus serein et plus sûr, Stanislas Wawrinka porte un regard plutôt satisfait sur son parcours.

Plus serein et plus sûr, Stanislas Wawrinka porte un regard plutôt satisfait sur son parcours. Image: AFP

LA MONTÉE EN PUISSANCE DE STANISLAS WAWRINKA

1985
Il voit le jour le 28 mars, à Lausanne. Son nom rappelle les origines polonaises de son père.

2003
Passé pro l’année d’avant, il gagne son premier match sur le circuit ATP à Amersfoot (PB).

2006
Il remporte son premier titre ATP à Umag (Cro) sur abandon de Djokovic au premier set.

2008
Il devient champion olympique de double aux côtés de Roger Federer aux JO de Pékin.

2010
Il élimine Andy Murray et atteint son premier quart de finale en Grand Chelem à l’US Open.

2013
Avec Norman comme coach, il retrouve le top 10 et pratique le meilleur tennis de sa carrière.

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Avez-vous l’impression de vivre quelque chose de spécial cette année?

Quand je lis mes résultats, oui, c’est clair. Je me sens plus fort, plus à l’aise. Je ressens une confiance que je n’ai pas toujours eue. Je commence à gagner des matches que, souvent, je perdais d’un rien.

Tout le monde cherche le déclic. Mais y en a-t-il un?

Je ne sais pas. En fait, tout a commencé en janvier, à Melbourne. J’affronte Djoko, le numéro un, qui évolue un cran au-dessus de tout le monde. Je le pousse loin. Ce jour-là, tout est devenu concret, j’ai pris vraiment conscience de mon niveau.

Ce fut donc un déclic.

Oui… Mais pas totalement non plus. Le tennis n’est pas aussi simple. Pour arriver si haut, il faut une accumulation de déclics. J’ai souvent entendu ces dernières années que ma place était dans le top 10, mais je suis désolé, les mecs de l’époque étaient meilleurs que moi. Pour les battre, j’ai dû progresser. Le tennis, ça ne se passe pas comme ça, on ne juge pas un joueur à son revers ou à son toucher. On ne lui demande pas de produire son plus beau jeu pendant dix minutes. Parce que sinon, soyons clairs, Gasquet est dix fois plus fort que moi. Je n’ai pas le dixième de son talent. Pourtant, je l’ai battu. Car c’est un ensemble complexe. Il y a la gestion de l’effort, du stress, des décisions à prendre, etc.

Votre condition physique impressionne sur le circuit. Quel est votre secret?

J’ai le meilleur préparateur du monde, tout simplement. Pierre (Paganini) pense et travaille d’une façon différente, très personnalisée. Il est discret, on le voit très peu sur les tournois, mais les gens aimeraient connaître sa méthode.

Vous avez aussi la réputation de travailler dur.

Après oui, bien sûr, j’aime travailler. Oui, depuis tout petit, je fais ce qu’on me demande de faire. Oui, j’ai toujours ressenti du plaisir à l’entraînement. Mais il ne sert à rien de transpirer pour transpirer. Il faut travailler juste, apprendre de tout. Et il y a tellement de domaines où j’ai progressé… Tellement! Je suis plus agile, plus explosif. Je joue moins en lecture du jeu et davantage en déplacement. Dans notre sport, la maturité physique est longue à atteindre. A 28 ans, j’ai confiance en mon corps, je ne crains pas de jouer cinq heures.

Sur un point ou sur une frappe, vous arrive-t-il de vous épater vous-même?

Contre Richard (Gasquet), j’étais parfaitement conscient de la réalité que nous vivions. A un moment, il n’y a eu que des coups gagnants, que des gestes justes. C’était un niveau incroyable. Alors parfois, oui, je suis surpris. Je me dis: «Putain, ce coup-là, fallait le faire.» Ou même: «Mais comment j’ai osé ça…»

L’adolescent de 15 ans pensait-il devenir le joueur que vous êtes?

Sûrement pas. A cet âge, je ne pensais pas atteindre un tel niveau. Quand j’ai commencé à jouer au tennis, j’ai trouvé ça génial. Quand j’ai commencé à gagner, j’ai trouvé ça incroyable. Quand je suis entré dans le top 100, j’ai trouvé ça fabuleux. Je n’ai jamais vu plus loin que mes possibilités du moment. Je n’ai jamais vu grand, pour dire la vérité.

Etes-vous resté le même qu’il y a dix ans, lorsque vous remportiez Roland-Garros chez les juniors?

Mais ça n’a rien à voir! J’ai l’impression que c’était il y a trois vies. Aujourd’hui, je suis, comment dire?… Je suis plus un homme. Dans le tennis, on vit en accéléré: beaucoup d’émotions, de voyages, de hauts et de bas. On remet sa réputation en jeu chaque semaine. Contrairement aux sports d’équipe, on se débrouille un peu seul, il n’y a personne pour nous prendre un rendez-vous chez le dentiste. Forcément, j’ai évolué. Je suis plus serein et plus sûr de ce que je veux. J’aime la situation dans laquelle je suis.

A l’interview, vous n’êtes plus du tout le jeune homme qui rougissait et bredouillait.

Je parle mieux l’anglais et je suis aussi plus tranquille. J’arrive même à y prendre du plaisir. J’aime quand les questions sortent de l’ordinaire, voire du match. Parce que si les joueurs disent beaucoup de banalités, admettez que chez les journalistes, il y a beaucoup de questions bateaux…

Croyez-vous qu’il vous soit possible de garder la même assurance contre Nadal, après avoir perdu les 19 derniers sets?

Je sais que si je regarde son bilan contre moi, ou son palmarès à Roland-Garros, ou ses statistiques au meilleur des cinq sets, je ne monte pas sur le court avec la même confiance que contre De Bakker… Je sais que si je perds, ce n’est pas une honte. C’est même dans l’ordre des choses. Mais je sais aussi que si j’impose mon jeu, si j’arrive à le mettre sous pression, Nadal peut commencer à douter, à reculer un peu, à réussir moins de coups hors norme. Pour en arriver à ce stade, il faut sacrément bien jouer. Mais c’est le but.

Enfant, quand vous regardiez Roland-Garros à la télévision, avez-vous rêvé du moment que vous vivez aujourd’hui?

Non. Honnêtement, non, pas du tout. Ce n’est pas ma façon d’être. J’ai grandi pas à pas. Je me suis construit dans la durée. Je vais vous dire la vérité: le seul fait de jouer à Roland-Garros me semblait impensable. Je n’ai d’ailleurs jamais osé en rêver.

Créé: 05.06.2013, 11h08

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