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Préhistoire18.000 ans après, quand les «sapiens» se réincarnent

Née 18.000 ans avant notre ère près du site préhistorique mondialement connu de Lascaux, «La femme de l'Abri Pataud» s'est réincarnée.

«Tout ce qui fait le visage fait aussi chemin vers l'Homme et ses origines», explique à l'AFP cette plasticienne devenue experte en paléontologie, après des débuts comme maquilleuse et créatrice de masques pour le théâtre et le cinéma.

En 1984, à l'âge de 24 ans, Elisabeth Daynès s'installe à son compte à Paris, au coeur du quartier populaire de Belleville. C'est là qu'elle redonne chair aux visages et corps d'hominidés vieux, pour certains, de plusieurs millions d'années.

Sept ans plus tard, les fossiles réincarnés dans la silicone ou la terre glaise s'exposent au musée du Centre européen de recherches préhistoriques à Tautavel (sud de la France).

«Mon travail se fait exactement comme une enquête criminalistique, à partir de moulages de crânes d'écorchés préhistoriques, reconstitués exactement comme des portraits-robots de police, sur la foi d'études anthropométriques qui livrent une multitude d'informations comme l'âge, le sexe, ou d'éventuelles pathologies», explique celle qui se définit comme une «sculptrice en Préhistoire».

En quelques années, Elisabeth Daynès s'est construit une réputation internationale avec la reconstitution de la plus célèbre des australopithèques, «Lucy», pour l'Institut national d'anthropologie de Mexico, et celle de Toutânkhamon, pour l'exposition «The New Face of King Tut» (2006), à Los Angeles et Chicago. Le jeune pharaon réincarné à Belleville fit aussi la couverture du National Geographic, en 2006.

Aujourd'hui, ses «Homo habilis, erectus ou sapiens» s'exposent dans le monde entier: Pretoria, Hambourg, Munich, Chicago, Vienne, Séoul, Madrid, Tbilissi, Java, Stockholm, Carthage, Washington, etc.

C'est à deux heures de Lascaux, à Bordeaux, que font actuellement étape, jusqu'au 5 décembre, ses reconstitutions, fruit d'une «collaboration étroite entre l'anthropologie, la médecine légale, mais aussi l'art».

La vedette en est une pulpeuse et coquette cueilleuse-chasseuse, beauté de l'ère «sapiens» morte prématurément à l'âge de 20 ans, dont les ossements ont été retrouvés à l'Abri Pataud, site voisin de Lascaux.

Face à elle, «l'Homme de Chancelade», au crâne dégarni et grisonnant, est un autre «sapiens» du 18e millénaire avant notre ère, mort dans la même région à l'âge, canonique pour l'époque, de 60 ans. Il semble avoir été saisi par l'artiste - admiratrice du sculpteur Auguste Rodin - dans un moment d'intense contemplation.

Plus vrais que nature, ces deux spécimens du Paléolitique supérieur sont cernés par les hologrammes géants de faces écorchées de huit autres hominidés issus de sites européens, africains et asiatiques.

«Si l'on regarde vers l'origine, on s'aperçoit que c'est en réalité une grande diversité d'humanités qui contemplent la nôtre», souligne Elisabeth Daynès.

Des projections «en 3D sans lunettes» de ces visages en relief, sont «là pour magnifier les regards de ces écorchés préhistoriques, car il faut bien un peu de magie pour interpeller le spectateur».

Elisabeth Daynès s'attarde devant une autre de ses créatures, un «Paranthrope» tanzanien de 2 millions d'années, surnommé «L'homme casse-noisettes» pour sa denture de rongeur. Ce «presqu'homme» (paranthrope en grec) au regard intense «n'a déjà plus l'air d'un primate», observe-t-elle.

Instruite par les enseignements des scientifiques qu'elle consulte sans cesse, la plasticienne se réserve toutefois le droit «d'extrapoler parfois». Son art, explique-t-elle, «fait la synthèse entre l'observation scientifique et l'imagination» comme en témoigne la jeune beauté réincarnée de Pataud.

Les dreadlocks et les tatouages, par exemple, ne sont que «pure extrapolation» de l'artiste. A l'inverse, le pagne de chanvre et d'ortie, le plastron de perles d'ivoire et d'os ou l'étole en peau de coyote sont de fidèles reconstitutions. A ce détail près toutefois, nuance la paléo-artiste, «que ce devrait être du loup» si l'animal n'était aujourd'hui strictement protégé en France et en Europe.

(AFP)

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