Motocyclisme: 2023, place aux Stakhanovistes!

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Motocyclisme2023, place aux Stakhanovistes!

21 GP dans 18 pays différents, deux nouveaux circuits, deux courses par week-end en MotoGP: le championnat du monde 2023 sera le plus long et le plus chargé de l’Histoire.

par
Jean-Claude Schertenleib

Augmenter le nombre de courses en pleine crise économique? Augmenter les heures de vol alors qu’il faut penser à diminuer l’empreinte carbone? Les promoteurs du MotoGP ont réponse à tout, même si certaines desdites sont biaisées.

Ainsi, pourquoi un premier GP au Kazakhstan et un autre en Inde? Tout simplement parce que, en pleine crise économique globale, il faut aller chercher l’argent là où il se trouve et faire affaire avec des gouvernements, qu’ils soient d’État ou régionaux, capables d’investir l’argent public. Imaginer, du 24 septembre au 20 novembre, une tournée qui mènera les équipes d’Inde au Qatar, en passant par le Japon, l’Indonésie, l’Australie, la Thaïlande et la Malaisie, c’est, selon les organisateurs du MotoGP, «la continuation de nos efforts en vue d’une réduction de notre empreinte carbone. Ce long périple permettra de diminuer de manière significative le kilométrage potentiel du paddock.»

Moins de déplacements en camions, plus en avions, telle est donc la nouvelle tendance. Précision: le calendrier présenté ce matin est provisoire, puisque les deux nouveaux circuits, celui de Sokol au Kazakhstan et de Buddh, en Inde, ne sont pas encore homologués.

L’Europe mène encore. Jusqu’à quand?

Onze GP sur le Vieux-Continent, celui qui a vu naître le championnat du monde des courses sur route en 1949, dix GP outre-mer: l’Europe mène encore d’une toute petite longueur. Ce qui a longtemps été considéré comme exceptionnel – une course au Japon et une aux États-Unis – est désormais devenu d’une logique (économique) implacable. Et tout laisse à penser que la bascule est proche, le MotoGP, comme la Formule 1, étant condamnés à conquérir de nouveaux marchés.

Le calendrier 2023 (provisoire, on l’a dit) est donc le suivant: Portugal (26 mars), Argentine (2 avril), Americas (16 avril), Jerez (30 avril), Le Mans (14 mai), Mugello (11 juin), Sachsenring (18 juin), Assen (25 juin), Kazakhstan (9 juillet), Silverstone (6 août), Red Bull Ring (20 août), Catalunya (3 septembre), Misano (10 septembre), Inde (24 septembre), Japon (1er octobre), Indonésie (15 octobre), Australie (22 octobre), Thaïlande (29 octobre), Malaisie (12 novembre), Qatar (19 novembre), Valencia (26 novembre).

D’autres changements annoncés

Le docteur Claudio Costa.

Le docteur Claudio Costa.

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On sait depuis le GP d’Autriche que, dès l’an prochain, la catégorie MotoGP aura deux courses à son programme chaque week-end, une course «sprint» le samedi après-midi et le GP le dimanche. Le «produit MotoGP», notamment pour compenser la baisse des assistances en Europe depuis la retraite de Valentino Rossi, va donc s’expatrier toujours plus. D’autres changements sont à prévoir.

Ainsi, la mythique clinique mobile du non moins mythique docteur Claudio Costa, créée il y a 45 ans, devrait disparaître du paddock, Dorna, l’organisateur du championnat, estimant que les services des médecins et des physiothérapeutes (la clinique était aussi l’endroit où les pilotes allaient se détendre avant une course) n’étant plus essentiels. La structure italienne devrait être remplacée par une installation de Quirónsalud, le premier groupe hospitalier d’Espagne et désormais le plus important d’Europe après sa fusion avec la compagnie allemande Fresenius-Helios. 

Enfin, alors que certains aimeraient que les spectateurs puissent avoir un contact plus direct avec les acteurs, d’autres estiment qu’il y a déjà beaucoup trop de monde dans le paddock, qu’il faut rendre cet accès plus exclusif. Ce qui permettra, on l’aura compris, de le vendre plus cher.

Des ordres? Ben, voyons…

Officiellement, il n’y a toujours pas d’ordres pour les différents pilotes Ducati, afin d’aider Francesco «Pecco» Bagnaia à revenir sur Fabio Quartararo en tête du championnat (18 points les séparent depuis dimanche dernier). Mais voilà, dans les cinq dernières minutes de la première séance d’essais libres, au petit matin en heures suisses, on a vu Bagnaia sortir des stands et attendre Luca Marini, afin que le demi-frère de Valentino Rossi joue le poisson-pilote pour son copain de l’académie VR46. L’après-midi, le même Marini a immédiatement pris le sillage de Quartararo, ne le quittant pas d’une semelle (enfin, de deux longueurs), ce qui a énervé le Français, qui s’est retourné, la visière de son casque s’ouvrant même dans l’aventure. Alors, on essaie de décontenancer l’adversaire?

«Mais pas du tout», répond, très sérieux, Pablo Nieto, le manager du team Mooney VR46. Et de préciser: «C’est important de suivre les pilotes les plus rapides, pour comprendre comment on peut s’améliorer. Et Quartararo est le plus rapide, puisqu’il est en tête du championnat.» Un peu plus tard, dans cette même séance, c’est un autre pilote italien de Ducati, Fabio Di Giannantonio, qui s’est attiré les foudres du Français.

Chez Aprilia, on fait corps

Aleix Espargaró.

Aleix Espargaró.

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Même si elle ne peut que laisser des traces chiffrées – Aleix Espargaró avait les moyens de reprendre de gros points à Quartararo et Bagnaia –, l’erreur commise sur la grille de départ du GP du Japon par un technicien Aprilia est oubliée. Celui-ci, rappelons-le, avait omis de désactiver le mode «eco» sur la machine d’Espargaró, un système électronique qui limite la vitesse et la consommation dans le tour d’entrée en piste: «Nous sommes des humains. Avec la tension, de telles erreurs peuvent survenir, on n’a donc rien dit à celui qui l’a commise. Dimanche dernier, nous avons encore appris quelque chose et, immédiatement, nous avons ajouté un contrôle supplémentaire pour qu’un tel cas ne se reproduise pas», assure Paolo Bonora, directeur sportif de la marque de Noale.

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