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Scandale22 viols à son actif et libre!

A Bâle, un violeur de 55 ans qui a récidivé relance la polémique sur les décisions de mise en liberté surveillée.

par
Eric Felley
Markus W. (ici en 2007 à la prison bernoise de Thorberg) était en liberté avec un bracelet électronique depuis octobre 2011.

Markus W. (ici en 2007 à la prison bernoise de Thorberg) était en liberté avec un bracelet électronique depuis octobre 2011.

Marco Zanoni

En parallèle au procès du meurtrier de la jeune Lucie en Argovie, la presse alémanique s'insurge dans l'affaire d'un violeur en série qui a été arrêté le 16 février dernier à Bâle. On y retrouve un problème similaire de défaillance du système judiciaire, qui a permis le retour en liberté d'un détenu aux lourds antécédents.

Blick a révélé mardi que Markus?W., un Bernois de 55?ans, a commis son crime alors qu'il était au bénéfice d'un régime d'exécution de peine en liberté, malgré des avis très défavorables quant à sa dangerosité. Entre 1983 et 1992, ce machiniste de profession avait commis 22?abus sexuels et viols sur des femmes. Il avait été condamné une première fois en 1985 à 7?ans de prison et s'était échappé plusieurs fois. Entre 1993 et 1997, il avait disparu en Allemagne, avant d'être arrêté et extradé. Ensuite, il avait été interné en Suisse pour une durée indéterminée, tout en réussissant deux évasions qui avaient mis en émoi la Suisse alémanique en 1998 et en 2006.

Justice dans la tourmente

Markus W. était sous la responsabilité de la justice lucernoise, qui se retrouve aujourd'hui dans la tourmente. Suite aux demandes répétées du détenu dans le cadre des possibilités d'aménagement de sa peine, le Tribunal administratif lucernois avait peu à peu desserré l'étau carcéral, se fiant au rapport d'un psychothérapeute. Depuis 2010, il pouvait bénéficier de sorties pour travailler. Finalement en octobre 2011, le Tribunal lui a accordé un régime de «prison à ciel ouvert».

Un logement et un travail

Muni d'un bracelet électronique, il disposait d'un logement et d'un travail à Bâle, tout en voyant régulièrement un agent de probation et un psychothérapeute. «A partir de la moitié de la peine, le Code pénal suisse prévoit cette possibilité dite de travail et logement externe», précise le Fribourgeois Philippe Pillonel, président de l'Association suisse de probation. Il ajoute: «Ce n'est peut-être pas très connu, mais en Suisse la moitié des détenus sont dehors pour finir leur peine.» Mais ce détenu-là n'était pas comme les autres. D'après Blick, sa dernière exaction à Bâle a répété le même scénario que ses agressions précédentes, qui consistait à mettre sa victime hors d'état de se défendre avec un produit anesthésiant, puis à abuser d'elle dans une voiture, sur une aire d'autoroute ou dans la forêt.

Les autorités lucernoises se renvoient la balle. Pour le président du Tribunal administratif, Heiner Eiholzer, les «exigences étaient remplies» pour un assouplissement de l'exécution de la peine. Il rappelle aussi qu'un «pronostic qui promet 100% sans récidive n'existe malheureusement pas». Mais d'autres voix avaient émis des sérieuses réserves. Le psychiatre et légiste Andreas Frei avait estimé qu'il était trop tôt pour le remettre dehors. Le Service d'exécution des peines et de probation du canton de Lucerne avait manifesté son opposition.

Dès le tiers de la peine

La conseillère d'Etat en charge de la Justice, Yvonne Schärli-Gerig, exprime aujourd'hui sa «consternation» face à cette nouvelle victime. Elle ne pouvait cependant pas contester la décision du Tribunal administratif. «In fine, c'est un juge qui prend une décision en toute indépendance, relève Philippe Pillonel, même si souvent il s'appuie sur une expertise. Un détenu peut demander une ouverture de régime à partir du tiers de la peine. Dès la moitié, il peut demander un travail externe. Si le Service d'application des peines le refuse, il peut faire recours jusqu'au Tribunal administratif, cela peut se passer dans tous les cantons.»

Au lendemain du verdict dans l'affaire du meurtre de Lucie Trezzini – où les juges n'ont pas retenu l'internement à vie –, le système suisse semble une fois de plus ne pas pouvoir répondre entièrement aux inquiétudes des proches des victimes. La mère de Lucie aurait préféré être certaine que le meurtrier Daniel?H. ne se retrouve pas un jour dans la nature comme Markus?W. Avec un logement et un travail hors de la prison.

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