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auto24 Heures du Mans: où sont les femmes? (MAGAZINE)

Par Frédéric HAPPE Le Mans, 11 juin 2015 (AFP) - Aucune femme ne figure parmi les 56 équipes au départ des 24 Heures du Mans samedi, une anomalie dans une course où elles ont brillé, mais symptomatique d'un sport où elles sont partout, sauf derrière le volant.

Les années et l'évolution de la société n'y font rien, la présence de femmes pilotes dans les sports mécaniques de haut niveau reste désespérément anecdotique. C'est pourtant l'une des trois disciplines mixtes, avec la voile et l'équitation, où les femmes peuvent se mesurer directement aux hommes. Certes, l'Automobile Club de l'Ouest (ACO), organisateur de la plus grande course d'endurance du monde, qui met les femmes à l'honneur cette année en leur dédiant un pavillon exclusif, a beau jeu de dire qu'elles sont partout - ingénieures, commissaires de course, personnel de sécurité et de secours - mais chez les pilotes engagés cette année, le score est implacable: hommes: 158, femmes: 0. "Je suis très surprise qu'il n'y ait pas de femmes au départ cette année", a avoué à l'AFP Christine Beckers, ancienne pilote belge, présente quatre fois aux 24 Heures entre 1973 et 1977. Les 24 Heures sont tout sauf misogynes, et les femmes ont été loin de n'y faire que de la figuration. Démarrée en 1923, cette course éprouvante et dangereuse accueille des femmes dès 1930 avec Marguerite Mareuse et Odette Siko, qui finissent 7e avec une Bugatti Type 40. Odette Siko revient en 1932 et obtient le meilleur classement pour une femme (4e). En 1935, 10 femmes prennent le départ et 7 terminent, un record jamais égalé. Après la guerre, il faut attendre les années 1970 pour revoir des femmes, comme Christine Beckers, Lella Lombardi, ou Anny-Charlotte Verney, qui détient le record de participation avec 10 Le Mans à son compteur. Au total, 56 femmes ont été inscrites à l'épreuve et la dernière remonte à 2012 avec Keiko Ihara, mais qui n'a même pas pu conduire, en raison de l'abandon précoce de son prototype. L'absence des femmes désole Christine Beckers, qui a découvert sa passion pour les sports mécaniques à 15 ans, en assistant avec son père à un Grand Prix de Formule 1 de Spa Francorchamps auquel participait l'Italienne Maria Theresa de Filippis, première des cinq femmes de l'histoire a avoir couru en F1. Elle voit d'ailleurs dans le manque de modèles positifs pour les jeunes filles la raison de l'absence de femme derrière les volants en compétition. "Les femmes qui font de la course, on n'en parle pas assez et donc celles qui auraient envie d'en faire se disent que c'est pas possible. Moi je l'ai fait parce que j'ai vu ce Grand prix, j'ai vu une femme qui courait", a souligné celle qui a intitulé son autobiographie "La course ou la vie". Madie Pescarolo, depuis 40 ans aux côtés d'Henri Pescarolo, recordman des participations au Mans (33) comme pilote ou comme directeur d'écurie de course, ajoute que "les femmes pilotes sont souvent vues avant tout comme des opérations de communication", ce qui nuit à leur crédibilité. Une problématique qu'a bien connue Vanina Ickx, sept participations au Mans, dont une 7e place en 2011, mais constamment renvoyée à son statut de fille de Jacky Ickx, sextuple vainqueur au Mans. "Cela m'agace que l'on me pose la question sur mon père. Mais je prends aussi en compte tous les bons côtés que cela m'a apportés. J'ai profité malgré moi de la combinaison de la féminité, d'être la fille de et du talent que j'ai pu exprimer", avait-elle témoigné lors d'une journée organisée par l'ACO autour des femmes du Mans. "Quand on me demande si ça m'a aidé d'être une femme, je dis clairement oui. A mes débuts en tout cas", a également reconnu Christine Beckers. Mais cet alibi n'a qu'un temps. "Par la suite il a fallu que je montre que j'étais à la hauteur, quand j'ai conduit des voitures plus puissantes et que je me suis frottée à une concurrence masculine de haut niveau", a-t-elle ajouté. Il arrive toujours un moment où "il ne suffit plus d'être une femme et faire un joli sourire", a-t-elle conclu. hap/gv

(AFP)

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