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Une enquête de Camille Krafft
29.06.2017 à 07:39

30 millions fantômes au printemps 2016

Chapitre 10

À la fin de l’été 2015, la start-up payernoise ne voit toujours pas venir les millions promis par Amin Forati, qui incarne tous les espoirs. À Payerne, on vit dans l’attente angoissée du moindre signe provenant de l’Iranien de Dubaï. Selon les accords conclus, Forati doit faire, en échange des 12 millions, l’acquisition de 20% des parts de la holding et devenir un partenaire exclusif de S3 pour le Moyen-Orient. Les contrats signés sont obscurs: difficile de comprendre ce que l’Iranien y gagne. Ironiquement, il s’est certainement laissé convaincre, lui aussi, par le discours du CEO, pensant pouvoir en tirer profit.

L’homme est un professionnel de ce type de combine.

Après avoir argué de retards dus au ramadan, Amin Forati déclare rencontrer des problèmes pour transférer l’argent en raison de sa nationalité. Il propose donc à S3 des garanties «à transformer» dans une banque. Il multiplie les tentatives émanant de quantité d’établissements, dont certains font l’objet de mises en garde, notamment des autorités de surveillance britanniques. L’homme est un professionnel de ce type de combine. Sur son site Internet, sa société dubaïote propose de fournir des lettres de crédit, garanties bancaires, etc., à un prix avantageux. Il réclame donc de l’argent en échange des documents, qui pourront soi-disant être utilisés pour obtenir des prêts auprès de banques européennes.

Amin Forati deale désormais directement avec l’équipe croate.

Rapidement, les tentatives se déplacent vers la Croatie, avec des montants de plus en plus délirants: en octobre 2015, il est question d’une garantie de 1,5 milliard d’euros. Amin Forati deale désormais directement avec l’équipe croate. De l’argent a-t-il transité par ce biais, qui n’aurait pas été enregistré dans les comptes de la société?

Début 2016, Amin Forati devient officiellement un employé de la holding et obtient un permis B.

Un courriel envoyé le 23 novembre 2015 à Pascal Jaussi par son directeur financier laisse entendre que les dirigeants de Payerne sont au courant que l’Iranien entreprend des manœuvres douteuses: une des garanties a été rejetée par la banque à cause de «forts soupçons de fraude», explique le directeur dans ce mail. Mais S3 a besoin de cash, désespérément.

Début 2016, Amin Forati devient officiellement un employé de la holding et obtient un permis B. Le 29 mars, Pascal Jaussi signe un contrat où il s’engage à verser 7 millions de francs à l’Iranien à réception d’une garantie bancaire de 30 millions. Le 30 mars, un employé de Swiss Space Systems verse 28 000 dollars à Amin Forati. Le même jour, le capital-actions de S3, société fille de Swiss Space Systems, passe de 100 000 à 29 millions de francs sur la base d’une garantie bancaire au nom de l’Iranien. Le document, étonnamment accepté par le Registre du commerce et par le notaire, émane d’Axios Credit Bank de Singapour, un établissement nouvellement créé et présent uniquement sur la Toile.

Probablement des faux

Afin d’obtenir l’augmentation de capital, la start-up payernoise a dû obtenir une attestation de consignation d’une banque. Pour émettre son rapport de vérification, la fiduciaire a réclamé en outre une validation du titre en Suisse, ce qu’elle a obtenu le jour même. Ce sont ces documents sur lesquels le ministère public enquête, parce qu’ils sont probablement des faux. Le procureur devra également déterminer le degré de complicité de Pascal Jaussi et Amin Forati.

Lorsqu’il a envoyé les écrits au Registre du commerce pour faire valider l’augmentation de capital, le 30 mars 2016 à 8 h 41, l’agent d’affaires de S3 a fait parvenir le dossier directement à «Madame P.-A.», pour son «aimable relecture», avec copie à Pascal Jaussi et à la fiduciaire.

«Madame P.-A», juriste au Registre du commerce vaudois, n’est autre que l’épouse de l’un des bras droits et derniers fidèles du CEO à l’époque.

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