40 ans de génie génétique, pour quel bilan?

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Notre dossier thématique «L’essor de l’édition du génome. Le génie génétique chez les animaux» vient apporter quelques lumières.

par
Luigi D’Andrea
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Le génie génétique existe depuis 40 ans. Malgré de belles promesses, les OGM végétaux et animaux servent surtout à renforcer l’industrialisation de l’agriculture en l’accompagnant d’une privatisation des ressources génétiques au travers des brevets qui vont de pair avec ces organismes modifiés. Notre dossier thématique «L’essor de l’édition du génome. Le génie génétique chez les animaux» vient apporter quelques lumières sur différents aspects de ce sujet complexe.

Voilà 40 ans qu’un vertébré a été modifié pour la première fois par génie génétique. Depuis, des millions d’autres ont suivi – que ce soit comme source potentielle de nourriture dans la sélection de poissons et d’animaux de rente, comme modèles animaux de maladies pour la recherche biomédicale, comme possibles donneurs d’organes dans la xénogreffe ou comme bioréacteurs pour la production de médicaments. Mais le bilan de 40 ans de génie génétique est jusqu’à présent bien maigre par rapport aux promesses; les succès sont souvent restés modestes, voire inexistants.

Développement de nouvelles techniques

La découverte des ciseaux génétiques CRISPR/Cas a donné un nouvel élan aux applications biotechnologiques chez les animaux. Par rapport au génie génétique classique, ce nouvel outil rend la création de vertébrés génétiquement modifiés (GM) moins chère, plus facile, rapide et ciblée. Le multiplexing – la modification simultanée de plusieurs gènes – devient également possible. Les nouvelles techniques de génie génétique (NTGG) suscitent l’enthousiasme des milieux scientifiques de la recherche et de l’industrie. Les animaux issus des NTGG (processus également appelé ci-après «édition génomique») devraient, selon leurs promoteurs, permettre de tenir les promesses du passé.

Or, en ce qui concerne l’agriculture on constate que les objectifs visés demeurent inchangés par rapport à ceux d’il y a 30 ans, lorsque les premiers OGM végétaux sont apparus. Un rapport de Friends of the Earth International arrive à la conclusion que l’édition génomique est surtout utilisée pour mieux adapter les animaux de rente aux systèmes de détention/production industrielle – et ce à une époque où la diminution de la consommation de viande et de produits laitiers doit être menée afin de protéger le climat, la biodiversité en général et réduire l’empreinte environnementale de l’agriculture. Les OGM végétaux et animaux servent donc toujours et encore à renforcer l’industrialisation de l’agriculture en l’accompagnant d’une privatisation des ressources génétiques au travers des brevets qui vont de pair avec ces organismes modifiés.

Loi suisse sur le génie génétique

En Suisse, la loi sur génie génétique interdit l’élevage des vertébrés génétiquement modifiés à des fins agricoles. L’industrie et les milieux de la recherche qui lui sont liés veulent par contre exempter les produits issus des NTGG – comme l’édition du génome utilisant CRISPR – des prescriptions relevant du droit sur le génie génétique. Les animaux GM ne seraient par conséquent plus régulés selon le droit sur le génie génétique et échapperaient au contrôle de la Loi sur le génie génétique. Si c’était le cas, les fermes et les pâturages suisses pourraient héberger dans un futur plus ou moins proche des vaches, des porcs, des chèvres, des moutons et des poules génétiquement modifiés. Cette situation est-elle souhaitable? Soyons logiques: pour une agriculture qui se veut sûre et axée sur les attentes du marché, renoncer aux animaux de rente GM est la meilleure option.

Pour mieux comprendre le sujet

Notre dossier thématique sur les animaux GM vient apporter un peu de lumière sur différents aspects. Pourquoi les projets de recherche avec des animaux GM n’ont-ils souvent pas abouti? L’édition du génome avec CRISPR changera-t-elle quelque chose à l’avenir? Quels sont les risques et les effets secondaires de ces nouveaux outils? Et que représente la nouvelle vague d’animaux GM pour l’environnement, les consommateurs et les animaux eux-mêmes.

Ces questions détermineront les débats politiques et sociaux à venir, au cours desquels seront négociées les lignes directrices éthiques et juridiques pour l’utilisation d’animaux GM. Outre la présentation des tendances mondiales, il s’agit également de mettre en lumière ce qui se passe en Suisse. Qu’est-ce qui est autorisé, qu’est-ce qui est interdit, y a-t-il des lacunes dans la législation? Où faut-il poser de nouveaux jalons en matière d’éthique?

Le dossier peut être téléchargé gratuitement ici.

En partenariat avec «La Semaine du Goût»

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