Actualisé 28.08.2015 à 13:01

Valais50 ans après la tragédie du barrage de Mattmark

Le 30 août 1965, un pan du glacier de l’Allalin s’était effondré sur les baraquements du chantier de construction du barrage de Mattmark dans la vallée de Saas en Valais.

Une photo prise juste après la tragédie. (Barrage de Mattmark, août 1965)

Une photo prise juste après la tragédie. (Barrage de Mattmark, août 1965)

ARCHIVES, Keystone

Des chercheurs ont présenté ce vendredi 28 août à Berne la première analyse sociohistorique consacrée au drame.

Selon eux, la tragédie a déclenché un double mouvement de compassion et de rejet du travailleur étranger.

Le 30 août 1965, le glacier de l'Allalin s'effondre et tue 88 travailleurs au barrage de Mattmark. Cinquante-six disparus sont italiens, 23 suisses, quatre espagnols, deux allemands, deux autrichiens et un apatride.

«Les victimes étrangères de Mattmark acquièrent un statut d'être humain soulevant compassion et méritant réparation», selon les auteurs de l'étude, Toni Ricciardi, Sandro Cattacin, Rémi Baudouï. Le travail des chercheurs de l'Université de Genève fait l'objet d'une publication: «Mattmark, 30 août 1965. La catastrophe».

Actions de solidarité

A la suite du drame, le travailleur fait alors l'objet de sollicitudes. De nombreuses actions de solidarité sont engagées par les organisations syndicales et caritatives.

Pour la première fois, des hommes et des femmes sont morts les uns aux côtés des autres, sans distinction de nationalité, de religion ou d'éducation, selon l'étude. Ils sont donc apparus en tant qu'êtres humains qui ont fait don de leur vie pour la modernisation de la Suisse.

A l'inverse, les revendications des familles des victimes et de l'Italie à l'égard des autorités helvétiques suscitent l'opposition des mouvements xénophobes naissants, ont souligné les chercheurs. C'est un outrage à la politique suisse en faveur de la migration étrangère.

Introspection italienne

Pour les Italiens en Suisse, la tragédie fut aussi l'occasion de s'interroger sur leur présence dans un pays dans lequel ils ne se sentaient ni acceptés, ni dignes de confiance, mais plutôt objets d'hostilité et de discrimination, ont constaté les chercheurs.

Par ailleurs, Mattmark, à l'instar des autres catastrophes de l'après-guerre, voit l'émergence d'un journalisme critique qui dénonce les défaillances des politiques publiques. La présence ininterrompue de journalistes en Valais permet de mieux connaître les risques d'une exploitation abusive des travailleurs et des ressources naturelles.

De son côté, la Confédération voulait éviter tout risque de publicité contre-productive. Il lui semblait nécessaire de montrer qu'au pays légendaire de la précision et de la fiabilité, l'effondrement du glacier sur le chantier du barrage ne pouvait être que le fruit du hasard.

Un modèle

Enfin, au niveau de l'organisation du travail sur les chantiers, Mattmark devient un modèle. La catastrophe a redéfini les politiques sur les grands équipements et les infrastructures territoriales.

«Les conditions actuelles sur les chantiers de grands projets d'infrastructure sont sans commune mesure avec celles qui avaient cours à Mattmark», a comparé vendredi Unia dans un communiqué. Mais le danger demeure. En 2014, 23 personnes ont trouvé la mort sur les chantiers en Suisse. Le syndicat, qui a soutenu la recherche sociohistorique, réclame des améliorations.

(ats)

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