Allemagne  - A Berlin, l’usine Tesla boit la tasse 
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Allemagne A Berlin, l’usine Tesla boit la tasse

La population locale fait tout pour retarder le chantier de la «giga-usine» du constructeur automobile. Aujourd’hui, c’est la consommation d’eau qui est mise en cause.

Les travaux se poursuivent sur la «gigafactory» européenne du géant américain des voitures électriques Tesla à Gruenheide, près de Berlin, le 8 avril 2021.

Les travaux se poursuivent sur la «gigafactory» européenne du géant américain des voitures électriques Tesla à Gruenheide, près de Berlin, le 8 avril 2021.

AFP

A quelques kilomètres de Berlin se joue une bataille aux airs de David contre Goliath: le chantier de la «giga-usine» du constructeur automobile Tesla se heurte au refus d’une partie de la population, inquiète pour ses ressources en eau. «Quand j’ai entendu à la télévision que l’usine Tesla allait s’installer ici, je ne l’ai pas cru», se souvient Steffen Schorcht, au volant de son automobile de marque allemande. A 60 ans, cet habitant de la commune d’Erkner, à trois stations de train de la capitale, est un des visages de la lutte contre la première usine européenne de véhicules électriques de Tesla, qui doit ouvrir en juillet, dans la région du Brandebourg, près de Berlin.

«Tesla a besoin de beaucoup trop d’eau, et cette eau n’existe pas dans la région», s’indigne ce militant écologiste, responsable d’une association de quartier et référent de l’influente ONG allemande Nabu. Annoncé en novembre 2019, le projet a été accueilli avec ferveur dans le pays, fier de l’honneur rendu à l’industrie «Made in Germany». Mais il a aussi suscité la défiance dans le voisinage direct de la future usine. Manifestations, recours en justice, lettres ouvertes... des habitants, soutenus par les ONG fédérales environnementales Nabu et Grüne Liga, ont tout fait pour retarder le projet.

L’an dernier, la justice a même contraint Tesla à suspendre son chantier, après une plainte en référé d’associations craignant la destruction d’habitat naturel d’espèces protégées de lézards et de serpents. Désormais, c’est la consommation d’eau de la future usine qui est mise en cause.

Le militant écologiste local Steffen Schorcht, 60 ans, pose dans une forêt protégée de la vallée de Loecknitz près du site de la «gigafactory», le 8 avril 2021. 

Le militant écologiste local Steffen Schorcht, 60 ans, pose dans une forêt protégée de la vallée de Loecknitz près du site de la «gigafactory», le 8 avril 2021.

AFP

«Rue Tesla»

Celle-ci pourrait atteindre, au gré d’agrandissements successifs, près de 3,6 millions de mètres cubes chaque année, soit 30% du volume disponible de la région, selon une enquête de la chaîne de télévision ZDF. Un poids supplémentaire dans des localités déjà en tension, touchées ces trois dernières années par des sécheresses estivales, estiment les associations. La situation de l’eau est mauvaise, et va se détériorer», affirme à l’AFP Heiko Baschin, porte-parole de l’association locale IG Freienbrink.

Le risque d’asséchement des zones humides protégées, refuge de la biodiversité locale, inquiète également. «Les capacités ne sont pas pour l’instant dépassées», a assuré en mars le ministre de l’Environnement du Brandebourg, Axel Vogel, à la télévision allemande. Mais les autorités admettent «l’impact notable des sécheresses», et ont fondé un groupe de travail pour réfléchir à la question sur le long terme.

La «giga-factory» s’étendra sur 300 hectares, pour une production de 500’000 véhicules électriques par an et abritera «la plus grande fabrique de batteries au monde». Le chantier a été réalisé au pas de charge, selon les souhaits d’Elon Musk, patron de l’entreprise californienne. En un an et demi, les vastes forêts de conifères ont laissé place à plusieurs fondations de béton sur un sol ocre, auxquelles les camions accèdent par la «Tesla Strasse» (rue Tesla).

Lenteur bureaucratique

Le constructeur américain bénéficie pour son chantier d’une procédure exceptionnelle d’autorisation préalable, qui lui a permis de débuter les travaux avant même de recevoir un permis de construire. L’agrément définitif est cependant toujours à l’étude, les autorités devant contrôler l’impact environnemental du projet: si le permis n’était pas accordé, Tesla devrait en théorie démonter à ses frais l’installation.

Mais «une pression s’exerce (sur les autorités de régulation)», affirme à l’AFP Michael Greschow, représentant de l’ONG Grüne Liga. Fin mars, Tesla s’est dit «irrité» par la lenteur des procédures en Allemagne, appelant dans une lettre à une «réforme» favorisant les projets utiles pour l’environnement, ce qui, selon lui, est le cas de sa «giga-factory». Le ministre de l’Économie Peter Altmaier a admis que son gouvernement «n’avait pas fait assez» pour réduire la lenteur bureaucratique dans le pays.

Malgré la réputation d’efficacité de l’Allemagne, les grands projets d’infrastructures y sont souvent ralentis par une bureaucratie jugée excessive par le monde économique. Les exemples sont nombreux, tels que le nouvel aéroport de Berlin, qui a ouvert en octobre dernier après huit ans de retard, et la gare de Stuttgart, dont le chantier, lancé en 2010, n’est toujours pas achevé. Le ministre de l’Economie du Brandebourg, Jörg Steinbach, a d’ailleurs évoqué en février la possibilité que l’usine de Tesla ouvre en retard pour cette raison.

(AFP)

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