Actualisé 10.06.2020 à 17:01

EditorialA Berne, on ne lâche rien sur la moralité des affaires

L'attitude des milieux économiques envers l'initiative «pour des entreprises responsables» rappelle le sort de l'initiative Minder sur les «rémunérations abusives». Au vote, le peuple avait envoyé balader les partis bourgeois.

par
lematin.ch
Mardi devant Bernexpo, une des rares manifestations pour interpeller les parlementaires: les jeunes verts suisses ont placé des ballons couverts de faux billets pour signifier «STOP» aux investissements dans les armes et les énergies fossiles.

Mardi devant Bernexpo, une des rares manifestations pour interpeller les parlementaires: les jeunes verts suisses ont placé des ballons couverts de faux billets pour signifier «STOP» aux investissements dans les armes et les énergies fossiles.

lematin.ch/le eric felley

A Berne, les bonnes consciences font plus de bruit que les bonnes affaires, mais leurs résultats sont nettement moindres. Que de causes à défendre: climatique, pacifique ou égalitaire. Mais ceux qui sont aux manettes de l’économie ont peu d'écoute pour les états d’âme. Dans leur vision, il demeure peu de place pour les sentiments, encore moins après l'épisode du coronavirus, qui nourrit un nouveau discours d'austérité.

Suisses peu proactifs

Depuis des décennies, les Suisses n’ont guère été proactifs dans la moralité de leurs affaires. Que ce soit dans le dossier des fonds juifs, de l'évasion fiscale ou du blanchiment d’argent, les appels à davantage de conscience ne sont entendus que lorsque des sanctions internationales deviennent tangibles. Le refus de l’initiative «pour des entreprises responsables» s'inscrit dans cette tradition. On ne lâche rien! Tel est le mot d'ordre de la faîtière économiesuisse, quitte à proposer à la fin un tout petit compromis. Une majorité du Parlement a opté pour un rapport annuel pro domo de bonne gouvernance en guise de contre-projet à l'initiative. Un autre contre-projet aurait permis son retrait. Dorénavant, devant le peuple, c’est à quitte ou double.

L'exemple des «rémunération abusives»

Cette initiative et son contexte présente bien des similitudes avec celle «contre les rémunérations abusives» de Thomas Minder, votée en 2013. Le texte avait été déposé en 2008 déjà. Il avait traîné cinq ans au Parlement, avant qu'on lui colle un contre-projet un peu mou. Contre l'avis des partis bourgeois (à l'exception de certaines sections cantonales) le peuple avait suivi Thomas Minder avec 67.9% de oui! Une claque. Une majorité de Suisses et Suissesses avait compris que la moralité des affaires étaient en jeu face l'égoïsme de certains. Depuis, la Suisse ne s’est pas effondrée et n’a pas manqué de dirigeants capables et toujours bien rémunérés.

L'attractivité de la Suisse menacée

Aujourd'hui les arguments des opposants et du Conseil fédéral à l'initiative sur les entreprises responsables sont similaires à ceux avancés contre Minder: elle nuit à l'attractivité de la place économique et financière, qui plus est fragilisée par le coronavirus. Ce sera un peu court pour convaincre l'opinion. D'autant plus qu'une droite modérée, plus humaniste qu'affairiste - représentée par le PLR tessinois Dick Marty ou le PDC fribourgeois Dominique de Buman - défend une plus grande responsabilité des multinationales helvétiques dans leurs activités de par le monde.

La campagne s'annonce toutefois très disputée. Economiesuisse a créé un site, où les multinationales - UBS, Lonza, Syngenta, Novartis et autres - apparaissent carrément comme des institutions bienfaitrices de l'humanité, une posture qui frise la caricature. Évidemment, ce n'est ni tout blanc, ni tout noir. Et le peuple aura la difficile tâche de démêler le vrai du faux.

Eric Felley

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