Etats-Unis - A bord de «L’express de la démocratie», le train secret du Congrès
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États-UnisÀ bord de «L’express de la démocratie», le train secret du Congrès

Il est fréquenté par des présidents, des parlementaires, des juges, des stars, le train souterrain du Capitole. Pourtant, la plupart des Américains ignorent son existence.

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À l’image de la sénatrice démocrate et ancienne candidate à la présidence Amy Klobuchar (Minnesota), les élus gagnent du temps en empruntant ce petit train.

À l’image de la sénatrice démocrate et ancienne candidate à la présidence Amy Klobuchar (Minnesota), les élus gagnent du temps en empruntant ce petit train.

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Alors sénateur, le futur président Barack Obama en profitait pour relire du courrier ou des rapports.

Alors sénateur, le futur président Barack Obama en profitait pour relire du courrier ou des rapports.

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Même des célébrités (ici l’acteur Denzel Washington) ont goûté aux plaisirs de ce train inattendu.

Même des célébrités (ici l’acteur Denzel Washington) ont goûté aux plaisirs de ce train inattendu.

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Le système ferroviaire souterrain du Capitole, un réseau de petits trains qui parcourent les entrailles du siège du Congrès à Washington, transporte les parlementaires depuis plus d’un siècle. Une tentative d’assassinat ratée, un spectacle improvisé et l’occasion pour un président américain de disparaître un instant: ses wagons ont parfois fait les gros titres, mais ils réjouissent aussi des visiteurs anonymes au quotidien.

«Les enfants adorent ça, alors il y a toujours des sénateurs prêts à faire venir des proches avec leurs enfants, nièces et neveux, pour prendre» ce train, confie Dan Holt, l’un des historiens du Sénat. «C’est vraiment quelque chose de spécial.»

Près d’un kilomètre

Les rails parcourent près d’un kilomètre, et les 90 secondes nécessaires pour passer d’une station à l’autre, sous la lumière des néons, offrent juste assez de temps pour un débat politique, de petits potins, une conférence de presse improvisée ou un moment de rêverie.

«Laissez passer les sénateurs, fiston!»

Des membres des services de sécurité au jeune sénateur John Fitzgerald Kennedy…

L’effervescence règne dans sa station principale, installée dans les sous-sols du Sénat, lorsque les parlementaires siègent. À chacune des arrivées de train, rythmées par des sonneries, une nuée de journalistes se ruent sur les sénateurs pour les interroger sur les sujets brûlants du jour. Mais les échanges ne sont pas toujours conviviaux.

Tentative d’assassinat

En 1950, une sénatrice républicaine, Margaret Chase Smith, s’apprêtait à donner dans l’hémicycle un discours très critique à l’égard de son collègue Joe McCarthy, qui menait une chasse aux sorcières contre les communistes. «Margaret, vous avez l’air très sombre», lui avait lancé l’intimidant sénateur à bord du même train. «Allez-vous faire un discours?» «Oui», répondit-elle, selon son récit rapporté par Dan Holt. «Et vous n’allez pas beaucoup apprécier.»

Trois ans plus tôt, un ex-policier du Capitole, William Kaiser, avait ouvert le feu sur un sénateur, John Bricker. Ce candidat malheureux à la présidentielle s’était alors engouffré dans un wagon de train à l’arrêt, criant au chauffeur de démarrer, tandis qu’une deuxième balle passait au-dessus de sa tête. «Seule la chance et les mauvaises qualités de tireur de son assaillant ont sauvé le sénateur», avait rapporté, à l’époque, le «New York Times».

Quand un président s’évapore

En d’autres temps plus apaisés, les politiques ont aussi pu trouver dans ces trains un havre de paix, loin du rythme frénétique de Washington. William Howard Taft, le 27e président des États-Unis, avait ainsi provoqué la panique de son entourage en disparaissant un samedi de janvier 1911, pendant une heure environ, pour aller voir les trains du Capitole.

«Une intense vague de peur avait submergé la ville lorsque aux questions anxieuses lancées à la Maison-Blanche, on répondit qu’on ne savait pas où se trouvait le président…»

Le «Washington Times»

«Une intense vague de peur avait submergé la ville lorsque aux questions anxieuses lancées à la Maison-Blanche, on répondit qu’on ne savait pas où se trouvait le président», écrivait le «Washington Times».

Des prétendants à la Maison-Blanche comme Ronald Reagan, mais aussi, bien entendu, Barack Obama et John McCain, sénateurs pendant leurs campagnes, ont voyagé à bord du train du Congrès. On en avait en revanche refusé l’entrée au jeune sénateur John Fitzgerald Kennedy, en lui disant «laissez passer les sénateurs, fiston!»

Pour fuir le chaud

Le premier réseau souterrain du Congrès fut inauguré le 7 mars 1909, pour les sénateurs qui espéraient éviter ainsi la forte chaleur moite de l’été à Washington, en se rendant depuis leurs bureaux jusqu’à l’hémicycle. Il s’agissait au départ d’automobiles électriques Studebaker, qui furent remplacées trois ans plus tard par un système monorail. Puis, en 1960, quatre petits trains électriques, que l’aumônier du Sénat surnomma «l’express de la démocratie», furent inaugurés pour un coût de 75’000 dollars de l’époque.

Du côté de la Chambre des représentants, une ligne fut mise en place cinq ans plus tard. Et en 1993, une ligne sans chauffeur à 18 millions de dollars fut inaugurée en grande pompe.

Même des acteurs ont pris le train

Le train n’a pas que des inconditionnels. Certains ont regretté l’impact néfaste de leur passage sur leurs coiffures soignées. Un ancien parlementaire républicain, Mike DeWine, avait interdit aux membres de son équipe de le prendre pour protester contre ce qu’il prenait pour du gaspillage d’argent public.

Richard Gere, Chuck Norris, Denzel Washington ou le musicien Bono: des célébrités aussi ont goûté aux plaisirs de ce train inattendu. Le compositeur et acteur Lin-Manuel Miranda, auteur de la comédie musicale «Hamilton», s’est même filmé en 2017 en chantant à tue-tête à bord de ce qu’il décrivait comme le «train secret du Congrès».

La politique des petits pas

Certains habitués voient pourtant leur fréquentation diminuer, à mesure que les parlementaires deviennent plus nombreux à compter leurs pas pour rester en forme, et choisissent donc de marcher à côté des voies du train. La clientèle ne disparaîtra toutefois pas tant que les élus devront sillonner les entrailles du Capitole entre un vote et une réunion, estime Dan Holt. «Si vous êtes pressés, c’est parfait.»

(AFP)

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