Argentine - À Buenos Aires, le marché au bétail de Liniers tire ses dernières cartouches
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ArgentineÀ Buenos Aires, le marché au bétail de Liniers tire ses dernières cartouches

En 1889, le marché au bétail de Liniers était dans la campagne argentine. Maintenant, Buenos Aires l’entoure. Du coup, le marché va déménager, semant un parfum de nostalgie…

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Le marché de Lieners accueille des ventes de bétail depuis 122 ans.

Le marché de Lieners accueille des ventes de bétail depuis 122 ans.

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Pendant la nuit, les gauchos, juchés sur leur cheval, bottes aux pieds et béret sur la tête, répartissent veaux, vaches et taureaux dans les différents enclos.

Pendant la nuit, les gauchos, juchés sur leur cheval, bottes aux pieds et béret sur la tête, répartissent veaux, vaches et taureaux dans les différents enclos.

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La pandémie a fait tourner au ralenti l’activité du marché de Liniers.

La pandémie a fait tourner au ralenti l’activité du marché de Liniers.

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C’est une page de l’histoire argentine qui va bientôt se tourner: le marché de Liniers, à Buenos Aires, où se déroulent depuis plus d’un siècle les ventes aux enchères de bétail, va quitter la capitale d’ici la fin de l’année.

«Mon grand-père Carlos amenait les vaches depuis le rond-point de La Tablada» pour un trajet d’une vingtaine de kilomètres jusqu’au marché, se souvient Ezequiel Martinez, 27 ans. «Je vais beaucoup pleurer, car j’y ai tellement de souvenirs.»

Une enclave dans le sud de la capitale

Il a commencé à travailler avec son père au marché de Liniers quand il avait 12 ans. Il représente la quatrième génération de la famille à faire ce métier de gardien de bétail, entré dans la légende de l’histoire argentine.

Le marché a été inauguré en 1889, dans ce qui n’était encore que la campagne des environs de Buenos Aires. Mais la capitale, qui compte désormais trois millions d’habitants intra-muros (14 millions pour l’agglomération), s’est fortement étendue.

Les 33 hectares du marché sont désormais enclavés en plein milieu du quartier de Mataderos, dans le sud de la capitale.

Problèmes environnementaux, de circulation

Cette présence rurale en pleine ville provoque des problèmes environnementaux, notamment la pollution des cours d’eau avec les matières fécales des animaux. Sans parler des problèmes de circulation, en raison du trafic incessant des camions qui transportent le bétail.

Le déménagement pour de nouvelles installations modernes à Cañuelas, à 60 km de Buenos Aires, déjà reporté plusieurs fois, doit se faire d’ici la fin de l’année. Et n’est pas sans créer de l’incertitude chez les travailleurs, très attachés à la tradition.

«Les contremaîtres les plus âgés ont commencé à l’âge de 8 ou 9 ans et ne pensaient jamais devoir partir. Même quand ils sont retraités, ils continuent à faire quelque chose ici», raconte Ezequiel Martinez.Agustin Lalor, qui a appris lui aussi son travail avec son père, s’occupe des ventes aux enchères aux sociétés frigorifiques, qui emmènent ensuite le bétail à l’abattoir.

«Un endroit unique au monde»

Pendant la nuit, les gauchos, juchés sur leur cheval, bottes aux pieds et béret sur la tête, répartissent veaux, vaches et taureaux dans les différents enclos.

A 8h, la cloche sonne le début de la vente. Mégaphone en main, Agustin décrit les caractéristiques du bétail et les vend aux plus offrants. «C’est un endroit unique au monde», dit-il. Les prix qui se négocient à Liniers servent ensuite de référence pour le cours de la viande dans le reste du pays et sont publiés dans la presse spécialisée.

La pandémie a tout chamboulé

Le marché fonctionne normalement de lundi à vendredi, et près de 20’000 têtes de bétail sont négociées chaque jour. Mais la pandémie de coronavirus a tout bousculé: il ne fonctionne désormais que trois jours par semaine, et les ventes ont diminué de moitié.

Le marché et l’abattoir qui lui a longtemps été accolé ont marqué la vie du quartier de Mataderos (Abattoirs) où s’alignent frigos, boucheries et charcuteries. Le départ du marché va sonner l’heure d’une reconversion encore incertaine.

Une valeur historique

«Il va falloir trouver de nouvelles activités pour la zone, afin d’éviter qu’elle ne tombe en déshérence», explique Silvia Fajre, spécialiste en patrimoine urbain.

Même si elle considère le marché de Liniers comme «absolument anachronique» et peu rentable, elle propose de sauver sa valeur historique avec la conservation des bâtiments emblématiques. «On peut imaginer que cela devienne un pôle touristique de la ville, en faire un musée. Il faut créer des emplois dans un quartier où», souligne-t-elle, «les habitants sont peu qualifiés.»

«Ici, c’est ma deuxième maison, j’y ai ma chambre, mon lit, mes affaires…»

Cristian Nahuel Agrei, employé du marché de Liniers

Depuis trente ans, aux abords du marché, non loin de la statue du Resero (le gardien de troupeau), se tenait un marché de l’artisanat et des traditions populaires. Là aussi, la pandémie a tout suspendu

Cristian Nahuel Agrei, 21 ans, travaille depuis quatre ans comme journalier au marché de Liniers, un lieu où il se sent chez lui. «A Cañuelas, ce ne sera pas pareil. On ne va pas pouvoir rester sur place. Ici, c’est ma deuxième maison, j’y ai ma chambre, mon lit, mes affaires», souffle-t-il, déjà nostalgique.

(AFP)

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