Procès Lelandais en France - A Chambéry, la défense tire à boulets rouges sur la presse

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Procès Lelandais en FranceÀ Chambéry, la défense tire à boulets rouges sur la presse

«Tu avais une vie plutôt banale, n’en déplaise au tableau monstrueux dressé par la presse» lance l’avocat à Nordahl Lelandais au cinquième jour de son procès pour le meurtre d’Arthur Noyer.

Le 7 mai 2021, au cinquième jour du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d’Arthur Noyer en 2017.

Le 7 mai 2021, au cinquième jour du procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d’Arthur Noyer en 2017.

AFP

Le procès de Nordahl Lelandais pour le meurtre d’Arthur Noyer à Chambéry aurait été différent sans le tourbillon médiatique de l’affaire Maëlys. Toutes les parties en conviennent, mais l’avocat de l’accusé, Alain Jakubowicz, en fait un axe de défense. «Je suis fier d’assister un homme qui a été trainé dans la boue, que l’on traite aujourd’hui de "serial killer" sans l’ombre d’un commencement de preuve», avait-il déjà affirmé en 2018. Le premier jour du procès, il l’a répété: les avocats de la défense sont «très fiers d’être ce dernier rempart» contre l’arbitraire.

«Tu avais une vie plutôt banale», a lancé l’avocat à Nordahl Lelandais vendredi au cinquième jour du procès, «n’en déplaise au tableau monstrueux dressé par la presse». Alain Jakubowicz, visage connu depuis ses interventions au procès Barbie en 1987, avait accepté en septembre 2017 de défendre Nordahl Lelandais, alors mis en examen pour la disparition de Maëlys, 8 ans, une affaire qui a ému la France. Quand, en décembre 2017, son client est mis en examen pour assassinat dans l’affaire Noyer, les médias interrogent: est-il un tueur en série? Aucun élément tangible n’a depuis été mis au jour par les enquêteurs, mais l’idée tarde à s’évaporer.

«Mise en condition»

Pour Alain Jakubowicz, une «mise en condition de l’opinion publique» n’a épargné ni les jurés, ni les témoins appelés à la barre depuis lundi devant la cour d’assises de Savoie, qui juge Nordahl Lelandais jusqu’au 12 mai. Le procès de l’accusé pour la mort de Maëlys de Araujo pourrait, lui, avoir lieu en 2022 à Grenoble. «Le dossier, tout le dossier, rien que le dossier», répète à l’envi l’avocat de 68 ans. Il ne parlait pas à la presse depuis trois ans. Devant la cour d’assises, Alain Jakubowicz l’a placée sur le banc des accusés. «À la minute où nous parlons, tourne en boucle, sur une chaîne d’information en continu, un bandeau accablant: "il a cherché à me tuer"», lance-t-il mardi pendant l’audition d’une ex de son client. Il s’adresse à elle: «Y a-t-il eu un acte de violence, un geste?». L’intéressée dément.

«Avez-vous été influencée par tout ce que vous avez entendu dans les médias?» lui avait demandé le président de la cour, François-Xavier Manteaux, recadrant à plusieurs reprises des témoins à la barre qui avaient parfois «lu dans les journaux» ce qu’ils affirmaient à la barre. Pourtant, l’enjeu juridique du procès est ailleurs: renvoyé pour homicide volontaire (meurtre), Nordahl Lelandais assure qu’il n’avait aucune volonté de tuer Arthur Noyer. Depuis lundi, sa défense récuse l’intention d’homicide.

Des jurés «abreuvés»

Martelée par la défense, parfois reprise par l’accusation, une question prend peu à peu corps dans la salle d’audience: ceux qui aimaient l’accusé ont-ils, consciemment ou non, noirci le portrait de Nordahl Lelandais devant les enquêteurs, puis cette semaine devant la cour, car la presse le classait aux marges de l’humanité ? N’ont-ils choisi de ne retenir que le pire de l’accusé, parce qu’il est difficile d’admettre qu’on a aimé quelqu’un qui a tué? «Je n’ai pas décelé quelqu’un de dangereux», dira de l’accusé un ancien partenaire sexuel, ajoutant, ému: «j’aurais très bien pu finir comme le caporal Noyer». Sur les bancs de la défense, Me Jakubowicz s’agace: «Qu’est-ce qui vous autorise à dire ça? La presse? Parce que finalement, vous n’en savez rien».

En 2018, alors que les ossements de Maëlys De Araujo venaient d’être retrouvés, l’avocat avait déjà prévenu des journalistes: «Nous portons tous et vous portez tous une lourde responsabilité», «parce que ça pèse sur l’enquête, parce que ça pèse sur la vérité.» Aux jurés de Chambéry, Me Alain Jakubowicz leur a lancé dès le premier jour du procès: «Depuis des années, vous êtes abreuvés d’informations». «On va vous demander de faire abstraction de tout ce que vous avez entendu.» «On a essayé de faire de Lelandais quelqu’un qu’il n’est pas, on s’est tous dit que c’était trop» de la part des médias, avait même admis, avant le procès, l’avocate générale Marianne Thirard.

À l’un de ses anciens grands amis qui doutait de sa version des faits et qui lui demandait, mercredi, de dire la vérité, Nordahl Lelandais a demandé: «Quelle vérité? BFMTV et tout ça?»

(AFP)

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