11.11.2020 à 18:26

Roger Federer«À Écublens, j’avais le mal du pays»

Dans la vidéo «Becoming Roger Federer», le Bâlois revient sur les étapes de sa vie qui l’ont mené au sommet du tennis mondial. Son passage en Romandie l’a particulièrement marqué. C’est là qu’il s’est forgé un caractère.

von
Claude-Alain Zufferey

Roger Federer a tourné un court métrage pour le projet «Becoming X», lancé par l’aventurier britannique Bear Grylls. Le Bâlois a parlé de ses débuts, de son évolution et de ce qui l’a amené à être celui qu’il est aujourd’hui.

Entre humour et pensées plus philosophiques, les paroles du Maître devraient être présentées dans tous les sport-études du monde. Et pour tous ceux qui ont déjà été battus 6-0 6-0 sur un court de tennis, elles sont la preuve que la vie ne se résume pas qu’à un score.

Roger Federer a tout d’abord évoqué sa patrie, la Suisse. «Dans le milieu dans lequel j’ai grandi en Suisse, l’éducation passait toujours en premier. Le sport ne faisait pas vraiment partie de notre mode de vie. Mais malgré tout, je me rappelle quand je jouais au badminton, au ping-pong ou au tennis, dans le jardin d’un de mes amis, on disait: «Et le vainqueur de Wimbledon est… Roger Federer.» Je m’agenouillais et je faisais semblant de tenir un trophée. Je crois que je rêvais déjà de gagner Wimbledon.»

«On ne vise pas la place de numéro un mondial. Pas chez moi, pas d’où je viens en Suisse. Je ne crois pas qu’on rêve aussi grand.»

Roger Federer

Et de poursuivre sur son pays natal, plus tard dans le film: «En fait, je ne sais pas exactement pourquoi j’ai aussi bien réussi. On ne vise pas 20 grands chelems. De toute manière, on ne vise pas non plus la place de numéro un mondial. Pas chez moi, pas d’où je viens en Suisse. Je ne crois pas qu’on rêve aussi grand.»

«Le champion du monde juniors habite ici!»

Quand l’homme aux 103 titres sur le circuit ATP évoque ses débuts, il est plus amusé que nostalgique: «Pour mon tout premier match, j’ai perdu 6-0 6-0. Des rumeurs disaient que les entraîneurs de la fédération locale ont commencé à douter et à penser que je n’étais peut-être pas aussi bon que ce qu’ils avaient cru. J’ai continué à m’entraîner dur. Je me suis mis à faire plus de tournois. J’ai commencé à avoir plus de succès, déjà en tant que junior dans ma région. Au niveau national, je suis devenu champion de Suisse juniors pour la première fois à l’âge de 12 ans. En plaisantant, j’ai mis un panneau au mur qui disait: «Le champion du monde juniors habite ici!» Quand le staff de l’équipe de suisse juniors a frappé à la porte de mon dortoir, tout le monde s’est mis à rigoler.»

«Durant les neuf premiers mois à Écublens, j’ai eu énormément le mal du pays.»

Roger Federer

La suite de sa carrière, il l’a faite en Suisse romande, à Écublens. Ce n’est pas le meilleur souvenir de Roger Federer, mais ces années passées loin de chez lui l’ont marqué, l’ont façonné. «Et à 14 ans je suis parti pour le Centre national de tennis. Je vivais au sein d’une famille du lundi au vendredi, et je ne rentrais à la maison que le week-end. Durant les neuf premiers mois, j’ai eu énormément le mal du pays. Mes résultats ont chuté, je manquais de confiance. Je ne parlais pas la langue. J’avais vraiment du mal. Finalement, les résultats ont commencé à revenir et je me suis senti plus à l’aise. Ce fut donc un séjour assez difficile. Mais entre 14 et 16 ans, je pense que ce sont peut-être les deux années qui ont le plus impacté ma vie.»

Roger Federer lors de la World Youth Cup de Zurich, alors qu’il avait 15 ans.

Roger Federer lors de la World Youth Cup de Zurich, alors qu’il avait 15 ans.

KEYSTONE

Un dentiste très Suisse

L’anecdote du dentiste est également très, très suisse: «Un jour je me rappelle être allé chez le dentiste et il m’a demandé ce que je faisais dans la vie. Et je lui ai répondu que j’étais joueur de tennis. À ce moment-là, il m’a dit: «Et quoi d’autre?» Et je lui ai répondu: «Je suis juste un joueur de tennis, c’est tout ce que je fais.» Et là j’ai compris que c’était juste jouer au tennis. Mais est-ce que cela était vraiment suffisant? Et j’ai commencé à me remettre en question. Je me suis dit que je pourrais peut-être être le prochain grand joueur de tennis de mon pays.» Et pas juste jouer au tennis…

«Si je joue comme je joue aujourd’hui, c’est probablement grâce à Peter Carter.»

Roger Federer

«Quand j’avais 16 ans, Peter Carter a rejoint le Centre national de tennis. J’avais déjà travaillé avec lui auparavant au club de tennis de Bâle. Il a été un mentor très important pour moi, et si je joue comme je joue aujourd’hui c’est probablement grâce à Peter. Il est mort dans un tragique accident de voiture lors de sa lune de miel en Afrique du Sud en 2002. Sa famille et moi lui avions conseillé de faire ce voyage. Évidemment, la nouvelle m’a totalement bouleversé. Mon monde s’est écroulé. D’une certaine manière, ça a été une véritable prise de conscience. C’est en quelque sorte, je suppose, le moment où j’ai changé les choses et que je me suis dit qu’il fallait que je prenne le tennis au sérieux et que je devais maximiser mon potentiel. Je ne voulais pas être un talent gâché.»

Peter Carter (deuxième depuis la gauche) en 2002, alors qu’il était capitaine de l’équipe de Suisse de Coupe Davis.

Peter Carter (deuxième depuis la gauche) en 2002, alors qu’il était capitaine de l’équipe de Suisse de Coupe Davis.

KEYSTONE

Le message du Maître

«Si vous êtes passionnés par ce que vous faites, continuez, continuez à y croire, visez les étoiles. Restez positifs et entourez-vous des bonnes personnes. Il est important de ne pas gâcher son talent. Vous pouvez toujours contrôler votre esprit, votre forme physique et vos efforts. Si vous faites de votre mieux, au moins vous n’aurez pas de regrets et vous pourrez rétrospectivement être fiers de ce qui vous avez accompli.»

Bear Grylls est à l’initiative de ce court métrage, «Devenir Roger Federer». Il a été rendu célèbre par son émission «Seul face à la nature» («Man vs. Wild»). Il connaît bien le Bâlois puis qu’il l’a déjà entraîné avec lui dans l’une de ses aventures de survie au cœur des Alpes. Durant ce périple, le tennisman avait même dû manger un œil de poisson cru.

Dans son projet «Becoming X», Bear Grylls avait déjà donné la parole à Wladimir Klitschko, Julia Roberts, Courteney Cox ou encore Channing Tatum.

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29 commentaires
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Halep Timère III

12.11.2020 à 16:20

Je ne suis pas certain qu'il a mis son panneau "en plaisantant", ça ne colle pas avec le personnage.

Implacable

12.11.2020 à 14:00

ohhhhhhhhh, mais quelle tristesse, Dubaï est mieux ?

Implacable

12.11.2020 à 13:56

Oui, tu es mieux, moins dépaysé à Dubaï avec ta baronne qu'à Ecublens, en Suisse Ce gars n'a JAMAIS eu la fibre patriotique, il se tape complètement de notre pays, je ne vois pas pourquoi les gens se pignolent sur cet individu