Suisse: «À Genève, le dossier Ramadan est vide»

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Suisse«À Genève, le dossier Ramadan est vide»

Des personnalités ont demandé l'ouverture d'une enquête sur la période où l'islamologue enseignait au collège de Saussure à Genève. Impossible, selon la ministre genevoise de l'éducation.

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L'islamologue suisse de 57 ans arrive au tribunal de Paris, en compagnie de sa femme et de son avocat, pour être entendu pour des accusations de viols. (Jeudi 13 février 2020)

L'islamologue suisse de 57 ans arrive au tribunal de Paris, en compagnie de sa femme et de son avocat, pour être entendu pour des accusations de viols. (Jeudi 13 février 2020)

AFP
Tariq Ramadan était convoqué le 23 janvier, mais il avait fait ce jour-là un malaise au rez-de-chaussée du tribunal et l'audition avait été annulée. (Jeudi 13 février 2020)

Tariq Ramadan était convoqué le 23 janvier, mais il avait fait ce jour-là un malaise au rez-de-chaussée du tribunal et l'audition avait été annulée. (Jeudi 13 février 2020)

AFP
Le Tribunal fédéral a donné tort à Tariq Ramadan, qui demandait que la plaignante genevoise et ses avocats soient contraintes au silence durant la procédure. (Mercredi 5 février 2020)

Le Tribunal fédéral a donné tort à Tariq Ramadan, qui demandait que la plaignante genevoise et ses avocats soient contraintes au silence durant la procédure. (Mercredi 5 février 2020)

Keystone

Critiquée pour sa gestion de l'affaire Tariq Ramadan, la ministre genevoise de l'instruction publique a expliqué qu'il était juridiquement impossible d'aller plus loin. Elle pointe les erreurs de la direction du collège de l'époque.

«La direction du collège de Saussure a failli», a déclaré lundi devant les médias Anne Emery-Torracinta. «Il y a dix, vingt ou trente ans, on ne prenait pas avec autant de sérieux ce type d'événements», a-t-elle souligné. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, selon la magistrate.

Sur les quatre témoignages d'anciennes élèves accusant Tariq Tamadan d'abus sexuels, un seul a pu être confirmé. Le DIP connaît l'identité de cette ex-élève qui affirme avoir été sous l'emprise de son ancien professeur. Mais aucune des victimes ne s'est toutefois manifestée, a précisé Mme Emery-Torracinta.

Suite à ces témoignages anonymes relayés dans la presse, le DIP a procédé a un «examen très sérieux de la situation». Mais aucun dossier ne confirme les faits reprochés à l'islamologue qui avait enseigné dans les années 1990 au collège de Saussure. Le dossier de M. Ramadan est vide, a répété la conseillère d'Etat.

Un dossier vide

Impossible dans ces conditions d'ouvrir une enquête administrative, selon Mme Emery-Torracinta, qui rappelle aussi que le délai de prescription est largement dépassé. Une enquête administrative ne peut être ouverte qu'à l'encontre de collaborateurs en poste, ce qui n'est pas le cas de Tariq Ramadan.

Une lettre signée par une quinzaine de personnalités de tous bords, rendue publique dimanche soir par la RTS, critiquait sévèrement la gestion du DIP dans cette affaire. Ces citoyens dénonçaient une «omerta institutionnelle» et réclamaient une enquête administrative.

La socialiste, qui y décèle une attaque électorale, n'accepte pas ces accusations. Elle répondra ultérieurement à cette missive. «Je n'ai rien à cacher», affirme-t-elle.

Une ligne d'écoute

Si le DIP ne peut pas aller plus loin dans l'affaire Ramadan, il peut tout faire pour que cela ne se reproduise pas, a relevé la conseillère d'Etat. Dans le sillage de la libération de la parole fin 2017, le DIP a ainsi lancé un plan d'action en plusieurs axes, dont l'ouverture d'une ligne d'écoute en partenariat avec le centre d'aide aux victimes LAVI.

Depuis sa mise en service en décembre 2017, la ligne «Abus Ecoute - Parler en toute confiance» a reçu une cinquantaine d'appels, dont seize concernaient des situations relevant de la loi sur l'aide aux victimes. Un cas dénonçait un abus sexuel impliquant un enseignant et une élève dans les années 1980.

Bilan d'ici l'été

Sur les seize cas relevant de la LAVI, dix ont débouché sur une proposition de rendez-vous et huit entretiens ont déjà eu lieu. Les personnes ont été orientées vers une consultation juridique, un service de soutien psychologique, vers le DIP ou directement vers la justice. Un bilan final sera tiré d'ici cet été.

(ats)

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