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AfghanistanA Kaboul, des jeunes "oublient la guerre" grâce au parkour (MAGAZINE)

Par Mushtaq MOJADDIDI ATTENTION - Photos par Wakil Kohsar.

Vidéo par Diane Désobeau. /// Kaboul, 9 juil 2015 (AFP) - Ils bondissent d'une épave de guerre à un muret antique face au palais royal en ruines. A Kaboul, de jeunes Afghans font souffler un vent de liberté en s'adonnant au parkour, un sport qui consiste à se déplacer en milieu urbain par des sauts et des acrobaties autour d'obstacles divers. Le terre-plein qui dévale depuis les marches du palais de Dar-ul-Aman se prête particulièrement bien à ce sport né dans les banlieues françaises dans les années 1990. La pelouse est parsemée de vieux bâtiments en briques aux murs défoncés. Les jeunes grimpent sur le rebord des parois et se laissent tomber en exécutant des saltos dignes des meilleures cascades de films d'action. Dans un décor grandiose, les jeunes ont un terrain de jeu rêvé avec le palais royal détruit pendant la guerre civile des années 90 et les contreforts du massif de l'Hindou Koush en toile de fond. Mais pour Ali Amiri et la vingtaine d'amateurs de parkour que compte Kaboul, le parkour est avant tout un moyen de s'évader, d'oublier les horreurs du conflit qui met aux prises les forces de sécurité afghanes et les rebelles islamistes et dont les civils sont les premières victimes. "Quand on pratique ce sport, on essaie de faire avancer notre pays. On développe le parkour ici, et comme ça, c'est aussi notre pays qui se développe", explique le jeune homme de 19 ans. "Avec le parkour, on oublie tout, on oublie la guerre et tous les problèmes de notre pays...", souffle-t-il. Khaïr Mohammad Zahidi, un amateur âgé de 21 ans, juge que la pratique de ce sport permet d'augmenter la confiance en soi. "C'est génial, on adore ça. A chaque entraînement, on essaie de réaliser des figures plus complexes", lance-t-il. Depuis la fin du régime des talibans (1996-2001), qui prohibait toute forme d'activité physique hormis le football et la musculation, et l'invasion de l'Afghanistan pilotée par les Etats-Unis en 2001, l'exposition à la culture occidentale a augmenté. Pour autant, les Kaboulis sont toujours aussi circonspects lorsqu'ils voient Khaïr et ses amis s'élancer du mobilier urbain et des ruines pour effectuer leurs figures. "Ce sport est nouveau en Afghanistan. Quand on pratique le parkour, beaucoup de spectateurs se massent autour de nous", explique Khaïr. "Ils trouvent ça curieux, ils pensent que nous sommes montés sur ressorts!" De Gaza à Paris en passant par Bagdad, le parkour compte des milliers d'aficionados à travers le monde. Mais en Afghanistan, il reste encore confidentiel. Khaïr et ses amis l'ont découvert sur internet et ont appris eux-mêmes à imiter les figures en regardant des vidéos mises en ligne. Grâce aux réseaux sociaux, le groupe commence à se faire connaître à Kaboul et d'autres jeunes veulent s'y mettre. Parfois même des filles, un défi dans un pays où les femmes sont encore généralement peu libres de leurs mouvements. Pour aider les nouvelles recrues féminines à s'entraîner, Habib Afzali, un étudiant en sciences de l'environnement passionné de parkour, estime qu'il vaut mieux se retirer "à l'intérieur", loin des regards inquisiteurs. "Notre société est conservatrice. Si les filles s'entraînent à l'extérieur, les gens vont penser qu'elles ont des moeurs légères ou que ce ne sont pas des filles bien", explique Habib. Gulbahar Ghulami, 18 ans, est l'une de ces adeptes. Elle a troqué sa tenue de gymnaste de l'équipe nationale afghane pour celle d'amatrice de parkour, aimantée qu'elle était par les périlleuses acrobaties du petit groupe. "Les filles n'ont pas vraiment l'occasion de faire du parkour en Afghanistan. C'est pour ça que j'ai voulu rejoindre ce groupe", explique Gulbahar, un foulard noir autour de la tête. "Je veux être la première femme à en faire ici", dit-elle fièrement. mam/gde/gl/ak

(AFP)

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