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FOOTBALL«A la fin de mes contrats, j’étais carbonisé et je veux l’éviter cette fois-ci»

Ottmar Hitzfeld s'explique un peu plus son choix de partir à la retraite après la Coupe du monde 2014. L’Allemand semble se réjouir de laisser derrière lui le stress et la pression inhérents à son métier.

Keystone

C’est «le coeur lourd» que le sélectionneur national a pris la décision de quitter son poste après le Mondial brésilien. L’Allemand estime que la fin de son mandat interviendra au bon moment. «Le bateau que je vais quitter n’est pas en train de couler», affirme-t-il en relevant qu’il laisse derrière lui une «génération en or».

Ottmar Hitzfeld, pouvez-vous détailler la réflexion qui vous a conduit à annoncer votre retrait après la prochaine Coupe du monde?

«Ce sont toujours des moments difficiles. J’y ai longtemps pensé. Dois-je continuer? Dois-je m’arrêter? Je m’étais déjà fixé, il y a quatre semaines, de dévoiler mon choix après les éliminatoires. J’ai beaucoup réfléchi et mon choix de prendre ma retraite définitive a été arrêté avant la rencontre contre l’Albanie.»

Le moment de l’annonce interpelle.

«L’équipe de Suisse est dans une dynamique extrêmement bonne. La jeune génération est superbe. Nous pouvons créer la sensation à la Coupe du monde. Les perspectives sont vraiment excellentes et je suis surtout encore en pleine possession de mes moyens. J’ai déjà fait l’expérience de cycles trop longs à Dortmund et à Munich. A la fin de mes contrats, j’étais carbonisé et je veux l’éviter cette fois-ci. Je suis en bonne santé et je me fais une joie immense en pensant au Brésil. Pour moi, c’est le meilleur moment pour partir à la retraite.»

Votre intuition a toujours joué un rôle important dans votre carrière. Vos sentiments ont-ils été une fois de plus les facteurs essentiels qui ont fait pencher la balance?

«C’est exact, j’ai toujours suivi mon intuition et mon âme. Ce que me dictait ma tête? ’Tu dois continuer, parce que tout le monde attend de toi que tu continues. Mais, de l’autre côté, mon âme me disait: ’Non, pars en paix et laisse une fois pour toutes le stress et la pression derrière toi! Il faudrait toujours arrêter quand on est au zénith. C’est le cas actuellement et c’est pour cela que j’ai pris cette décision.»

Vous avez parlé du moment le plus dur de votre carrière.

«C’était sûrement l’un des moments les plus durs de ma carrière d’entraîneur. Choisir de rester ou non... Après mes six années à Borussia Dortmund et la victoire en Ligue des champions, j’ai eu besoin d’une pause. En 2004 idem, quand je me suis retrouvé brisé par six années à Bayern Munich, qui m’ont paru être vingt ans. J’ai sans cesse dû prendre des décisions impopulaires. En 1997, j’ai repoussé une offre du Real Madrid parce que je n’étais pas en pleine possession de mes moyens. En 2008, j’ai quitté le Bayern après le doublé Coupe-championnat alors que les dirigeants voulaient que je prolonge. J’ai à chaque fois pris la bonne décision. Ces expériences ont été d’une très grande aide.»

Les émotions qui vous ont submergé laissent entendre que vos liens avec l’ASF dépassent le strict cadre de la relation de travail. Partagez-vous cette impression?

«Beaucoup de passion et d’émotions... J’ai toujours investi beaucoup d’énergie et je me suis identifié, naturellement, avec tout le monde: l’ASF, l’équipe, le staff. Nous avons bâti une communauté. Les gens qui travaillent ici mettent leur coeur à l’ouvrage. C’est aussi pour cela que ce jour est un jour extrêmement pénible pour moi.»

Comment va réagir l’équipe quand elle va apprendre que le stratège quitte le projet?

«L’équipe va tout simplement prendre connaissance de ma décision. Ce sont de jeunes joueurs mais qui sont déjà habitués, en club, à changer de coach au minimum tous les deux ans. Ils doivent en permanence regagner leur place et trouver de nouvelles sources de motivation. Cela fait cinq ans que je suis en poste. Cela fera du bien à l’équipe de voir un nouveau visage.»

L’avenir est assuré, même sans vous?

«Je peux partir sereinement, avec le sentiment de laisser derrière moi une équipe intacte. Nous possédons une génération en or, avec les Xherdan Shaqiri, Granit Xhaka, Ricardo Rodriguez, Haris Seferovic, et maintenant aussi Pajtim Kasami ou Josip Drmic. Ils sont encore tous très jeunes, 21, 22 ans. Ils jouent déjà au haut niveau. Le mélange avec les joueurs plus expérimentés comme Benaglio, Lichtsteiner, Barnetta, Inler ou Behrami est parfait. L’équipe peut, juste avec cet effectif, jouer encore quatre ou cinq ans. Le bateau que je vais quitter n’est pas en train de couler. Ce que je quitte, c’est une équipe émergente.»

Vous allez quitter votre poste après le Mondial. Sera-ce véritablement la fin de votre carrière?

«Oui, j’arrêterai totalement. La Coupe du monde sera mon dernier challenge, mon dernier grand objectif. Après, je prendrai du recul et n’officierai plus que comme consultant à la télévision allemande. Ainsi qu’en tant que chroniqueur dans la presse suisse. Mais à d’autres la pression quotidienne.»

(SI)

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