Polémique: À la poubelle, la prévention!
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PolémiqueÀ la poubelle, la prévention!

Des dizaines de milliers de francs ont été investis à Lausanne pour une campagne contre les viols. Mais la Municipalité a tout stoppé au dernier moment. Gâchis!

par
Renaud Michiels
Pierre-Antoine Hildbrand assume la censure de l'Exécutif. Mais admet que les sommes investies passeront en «pertes et profits».

Pierre-Antoine Hildbrand assume la censure de l'Exécutif. Mais admet que les sommes investies passeront en «pertes et profits».

Odile Meylan

Une «centaine de milliers de francs d’argent public» jeté à la poubelle. Deux ans et demi de travail pour rien. La Municipalité lausannoise a censuré à la dernière minute un film de prévention sur le viol, écrivait Lausanne Cité la semaine dernière. Et la question s’est invitée mardi soir au Conseil municipal.

Alors? Que s’est-il passé? Un clip de prévention a bien été réalisé. Des affiches imprimées. Un concours et des stands prévus. Une conférence de presse devait avoir lieu la semaine dernière pour présenter la campagne. Mais l’exécutif a tout bloqué. «Ce sujet me touche. Nous avons vu le film puis en avons discuté avec l’ensemble de la Municipalité. Il faut marteler que 100% des causes des viols sont dues aux violeurs. Or nous avons trouvé le message ambigu, pas adéquat. Il ciblait les victimes. Nous avons donc décidé de stopper la diffusion et nous assumons pleinement ce choix», explique Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois chargé de la Sécurité et de l’Économie.

Femme ivre et isolée

Mais que diable montrait ce film? Nous n’avons pas pu le voir. Mais il mettait en scène une jeune femme de plus en plus saoule, qui finit par se retrouver seule lors d’une soirée. Et le drame survient. Le message «inadéquat» incriminé serait donc sous-entendu: la victime aurait en quelque sorte une part de responsabilité car elle a bu et s’est isolée… Les auteurs du film, pourtant, s’insurgent contre cette critique. «Le message, c’était: on part ensemble, on rentre ensemble. Et il ne s’adressait pas du tout à la future victime mais aux autres membres du groupe», souligne Jérôme Piguet, coauteur du clip avec Raphaël Sibilla.

Résultat: tout le travail effectué est perdu. Avec quelque 100 000 francs à la poubelle? «On parle plutôt du quart de ce montant, corrige Pierre-Antoine Hildbrand. Mais, effectivement, on ne peut pas simplement modifier une partie du film. Nous voulons toujours effectuer un travail de prévention sur cette problématique. Mais il faudra réinventer une campagne qui s’adresse aux violeurs potentiels. Donc oui, ce montant passera malheureusement au compte des pertes et profits.» Jérôme Piguet, lui, peste contre «un lamentable gâchis avec l’argent du contribuable». Il ne connaît pas le coût total de la campagne mais note que le clip pèse à lui seul «quelque 25 000 francs».

Scénario longuement négocié

Mais pourquoi a-t-il fallu si longtemps avant de tout stopper? N’y a-t-il eu aucun suivi, aucun contrôle? «Personnellement, je suis en poste depuis un peu plus d’un an et n’étais évidemment pas au courant des détails. Mais il est vrai qu’il nous faudra réfléchir à un meilleur suivi ou une meilleure coordination pour que ça ne se reproduise plus», répond le magistrat PLR.

Là encore, Jérôme Piguet n’a pas la même vision des choses. «Si ça a pris deux ans et demi, évidemment pas à plein temps, c’est qu’il y a eu des séances et des séances et encore des séances. Au final, notre scénario avait été approuvé par à peu près tous les acteurs imaginables: des représentants de la police judiciaire de Lausanne, de la Direction de l’enfance, de la jeunesse et des quartiers, de la Fondation vaudoise contre l’alcoolisme ou encore de Profa. Et cette liste n’est pas complète… Alors ne me parlez pas d’un manque de coordination.»

L’amertume des auteurs

Aujourd’hui, Jérôme Piguet se montre en tout cas amer. «La réalité, pointée par la police judiciaire, c’est que des adolescentes ou jeunes femmes très alcoolisées sont abusées à Lausanne. Des outils de préventions ont été créés pour tenter de lutter contre ce phénomène. Et ils ne seront jamais utilisés», conclut-il

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