Football: A la table du Servette, personne ne reste sur sa faim

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FootballA la table du Servette, personne ne reste sur sa faim

Avec une recette éprouvée, le club grenat continue de séduire. Son nul contre YB (1-1) confirme la tendance.

par
Sport-Center

Après un bon repas consommé avec appétit, que reste-t-il de la fête des papilles? Le souvenir évanescent de saveurs discrètes, de mélanges audacieux, offrant un voyage de découvertes et de parfum subtils, l'emporte souvent à l'instant de régler l'addition. Au terme d'un Servette-YB (1-1) qui a décollé en deuxième période pour atteindre un sommet d'intensité dramatique dans les ultimes instants, c'est exactement ce que l'on a pu se dire en quittant la Praille.

Dans les cuisines du Stade de Genève, on peut en déduire qu'Alain Geiger est un remarquable chef cuistot, s'autorisant toutes les audaces quand il s'agit de marier les saveurs et de faire saliver l'assistance.

Il y en a pour tous les goûts

A l'heure du coup de feu, pas de grosse tambouille mais un menu du soir soigné. Parfois comme ce fut le cas mardi, les ingrédients (et les hommes) certes changent mais la recette demeure invariablement la même. La table du Servette, c'est un bon une étoile au guide de la Super League, offert au prix d'une brasserie de quartier. Il y en a surtout pour tous les goûts. Et l'on s'y restaure goulûment tant les portions offertes sont généreuses, personne ne demeurant sur sa faim.

Au soir du 2 août, peut-être avant, on ignore si YB sera récompensé d'un troisième titre national d'affilée. Mais ce que l'on sait déjà, c'est que le champion sortant a déjà abandonné sept points cette saison contre un Servette en passe de devenir sa bête noire. Pour mettre YB en échec, il a suffi que les Genevois parviennent à boucler les côtés et empêchent les Bernois de s'abandonner à leur péché mignon: arroser les seize mètres de centres, ce qui avait parfaitement fonctionné contre Xamax, peut-être aussi en raison de la faiblesse de l'opposition.

Cette fois, les marmitons de la Praille, faute d'une intensité suffisante et de circuits nécessitant encore quelques ajustements, n'ont pas toujours appliqué ce qui avait fait leur succès jusque-là mais ils ont su remplacer leurs qualités habituelles par un supplément de bravoure. Quand les schémas préférentiels seront rétablis, les Genevois n'en seront que plus dangereux.

Dans ce nouveau championnat qui use les organismes et où le classement final pourrait bien dépendre de la richesse des contingents, Servette n'avance bien sûr pas aussi vite qu'il l'aurait souhaité en enchaînant les matches nuls - c'était son cinquième d'affilée - mais ce qu'il propose ressemble déjà à une victoire. Car au-delà des points, gagnés (dans l'optique du maintien) ou égarés (dans l'optique de l'Europe), il y a la volonté permanente de rester fidèle à ce qui fait sa marque. Il est question d'identité de jeu, de plaisir aussi à soigner le service et ce que l'on a préparé. Quand une recette plaît, pourquoi la retirer de la carte?

Servette sort ses nouveaux millésime

Confrontés à l'absence de plusieurs de ses cadres, Alain Geiger n'a pas hésité à faire appel à la jeune garde en allant chercher son bonheur du côté de l'Académie plutôt que de se plaindre de l'étroitesse de son contingent. Chez les Grenat, les millésimes 2000, 2001 et 2002 sont ainsi déjà à l'honneur. Pour sa première titularisation, Nicolas Vouilloz (19 ans) n'a peut-être pas tout fait juste mais, opposé à l'expérimenté Nsame, il s'est comporté en routinier. Et contrairement à son opposant, le jeune défenseur a pu terminer la rencontre…

Au moment de mettre en valeur les fruits de sa formation, Servette ne pourra toutefois pas s'épargner un examen de conscience, lorsqu'il s'agira de mieux équilibrer les forces en présence pour en définir les manquements. On pourrait évoquer l'absence d'un «tueur», d'un froid finisseur, devant les buts adverses (un constat qui revient souvent) mais il y en a d'autres. Et il faudra y penser pour combler les palais les plus exigeants.

Au Stade de Genève, un homme a résumé le sentiment ambivalent qui pouvait accompagner chaque supporter genevois au coup de sifflet final, un petit goût d'inachevé le disputant au plaisir d'avoir retrouvé «son» Servette. Cet homme, c'est Jérémy Frick, si souvent présenté comme le sauveur cette saison mais qui par son geste inconsidéré - rien moins qu'«une grosse connerie» aux yeux de son entraîneur - et l'expulsion qui s'en est suivie a sans doute coupé le bel élan des siens. En voulant rattraper son erreur initiale due autant à une sortie intempestive qu'à une interprétation erronée du rebond, le portier n'a pu faire autre chose que de se sacrifier.

Manifestement, il faudra encore beaucoup d'autres sacrifices pour s'assurer qu'il ne manque de rien à la table du Servette. Sans doute le prix à payer pour éviter le coup d'assommoir.

Nicolas Jacquier, Genève

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Servette – Young Boys 1-1 (0-0)

Stade de Genève, 750 spectateurs. Arbitre M. Horisberger.

Buts 55e Kone (penalty) 1-0, 58e Sulejmani 1-1.

Servette Frick ; Sauthier, Vouilloz, Routis, Tasar ; Stevanovic (86e Kiassumbua), Cespedes (63e Imeri), Ondoua, Cognat ; Kone, Kyei (53e Schalk). Entraîneur : A. Geiger.

Young Boys Von Ballmoos ; Janko, Camara (56e Sörensen), Lefort (67e Elia), Lotomba (67e Garcia); Aebischer, Lustenberger, Sierro (56e Gaudino) ; Ngamaleu (56e Sulejamani), Nsame, Fassnacht. Entraîneur : G. Seoane.

Notes Servette sans Sasso, Iapichino (blessés), Gonçalves, Severin (convalescents), Rouiller (suspendu), ni Castanheira, Omeragic, Souici, Lang, Wüthrich, Park, Ajdini (pas convoqués). Young Boys sans Hoarau, Lauper et Petignat (blessés). 32e reprise de Nsame sur le poteau. 77e Von Ballmoos dévie sur le poteau un essai de Schalk. Avant le coup d'envoi, une minute de silence est observée en mémoire d'Ilija Petkovic, ancien coach du Servette, décédé samedi dernier à l'âge de 74 ans.

Avertissements 25e Ondoua, 43e Sierro, 62e Lotomba.

Expulsions Nsame (70e, faute sur Sauthier), Frick (86e, faute de main hors des seize mètres).

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