France: A Paris, des demandeurs d’asile «condamnés à la rue»
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FranceA Paris, des demandeurs d’asile «condamnés à la rue»

Dans la capitale française, de nombreux demandeurs d’asile sont contraints de vivre dans la rue. Une situation d’extrême précarité qui fait craindre aux associations une «bombe à retardement».

En proie à une très grande précarité, de nombreux demandeurs d’asile sont condamnés «à la rue».

En proie à une très grande précarité, de nombreux demandeurs d’asile sont condamnés «à la rue».

AFP

Les «jambes congelées» sur son matelas posé devant une brasserie par un froid polaire, John saisit le thé qu’on lui tend. À Paris depuis trois semaines pour demander l’asile, ses efforts sont vains: le Nigérian se sent «condamné à la rue».

Depuis le 1er janvier et l’entrée en vigueur en France du nouveau schéma national d’accueil des demandeurs d’asile, qui doit permettre, selon le gouvernement, de «désengorger» la région parisienne en orientant largement ces exilés vers les régions, les associations d’aide aux migrants craignent une bombe à retardement.

Si les dossiers les plus simples sont transférés en régions, les plus complexes – comme ceux de John et des autres «Dublinés» qui ont déjà demandé l’asile dans un autre pays européen – restent en région parisienne, dans une impasse.

Règlement de Dublin

Avec le risque de concentrer, dans Paris et ses alentours, une hyper-précarité, terreau de la reformation de campements, un scénario que les autorités veulent à tout prix éviter. Le «règlement de Dublin» confie au premier pays d’entrée d’un migrant dans l’UE la responsabilité de traiter sa demande d’asile.

«Partir ailleurs qu’à Paris, je ne demande que ça si ça veut dire que je ne dors plus dehors», dit à l’AFP John (un prénom d’emprunt), transi sous une couette devant la Gare du Nord, ce mardi soir de déclenchement du plan grand froid, lorsque des bénévoles associatifs lui proposent une boisson chaude.

«J’ai appelé le 115 (numéro d’urgence sociale), expliqué que je voulais demander l’asile, mais on me dit qu’il n’y a pas de place», dit le Nigérian, qui a fui son pays et traversé la Méditerranée.

«Explosif»

«On est favorables au schéma», mais «on risque de se retrouver avec une concentration des situations administratives les plus compliquées en Île-de-France (région de Paris), et une prise en charge difficile», observe Delphine Rouilleault, directrice générale de France terre d’asile, association opératrice de l’État.

Le plan du gouvernement est de «desserrer la pression» en région parisienne, où se présente la moitié des demandeurs d’asile, mais qui ne concentre que 19% du parc d’hébergement dédié.

«Sur le papier, c’est très beau, dans les faits, c’est explosif, car cela ne prend pas en compte que le système dysfonctionne et que les gens n’arrivent pas à déposer leur demande», déplore Clotilde Hoppe, responsable pour l’Île-de-France de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS). «On a peur qu’il y ait une reconstitution de campements», dit-elle.

«Outre la question des Dublinés, les primo-arrivants ne sont visiblement plus orientés des accueils de jour vers les centres où sont examinées les situations administratives. On a 75 cas pour la seule première semaine de février. Et il y a ceux qui refusent l’orientation vers la province et qui n’auront plus droit à l’hébergement. On fait comme si ces personnes disparaissaient, mais elles sont bien là, ancrées dans l’errance», ajoute Clotilde Hoppe.

«Rappelez plus tard»

Le directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), Didier Leschi, qui orchestre cette prise en charge, reconnaît que la situation dans la région parisienne est «un sujet de préoccupation». En janvier, 991 personnes ont été orientées vers les régions françaises, soit environ quatre fois plus que la moyenne mensuelle de 2020.

«On n’envoie pas en région les ‘‘Dublinés’’, car c’est une procédure compliquée. Mais ils n’ont pas droit à rien: ils touchent l’allocation pour demandeurs d’asile», répond le patron de l’OFII.

Selon lui, 15% des 1’150 personnes sollicitées ont elles-mêmes refusé un transfert, se voyant automatiquement retirer toute allocation ou possibilité d’hébergement.

«On s’arrête tous les 50 mètres»

Calfeutré avec quatre compagnons d’infortune sous une station du métro aérien, Najah Mohamad, un Somalien de 24 ans, essaie d’obtenir une prise en charge depuis son arrivée à Paris quatre mois plus tôt.

«On me dit ‘‘Rappelez plus tard’’. Je garde espoir mais j’ai déposé une demande d’asile et je suis toujours dehors», dit l’homme vêtu d’un simple sweat à capuche par -2°C.

Sur le terrain, à Paris et dans ses alentours, où Philippe Caro et son association Solidarité migrants Wilson distribuent des repas, il n’y a plus de campements mais les exilés «sont partout»: «C’est simple, on s’arrête tous les 50 mètres, dans les recoins cachés», résume-t-il après une maraude. «On veut les rendre invisibles mais les plus fragiles se retrouvent à la rue.»

(AFP)

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