par
Une enquête de Camille Krafft
29.06.2017 à 07:32

À Payerne, les «rois de la Broye»

Chapitre 5

À Payerne, à l’heure de l’apéro, tout le monde en parle. Une entreprise qui brasse des millions; le géant Dassault derrière; une «petite Silicon Valley» dans la Broye vaudoise. «Les journaux écrivaient du positif sur la région, se souvient Sylvain Hostettler, président des Brandons, le carnaval local. Ici, les gens aiment leur ville, leur coin de terre. On était très enthousiastes.»

«La première fois que j’ai vu Pascal Jaussi, il m’a frappée par sa force de conviction, sa passion et ses compétences techniques.»

Christelle Luisier, syndique de Payerne

Pour la commune de Payerne, le projet de Swiss Space Systems s’intègre parfaitement au développement de la zone industrielle dédiée à l’aéronautique. «La première fois que j’ai vu Pascal Jaussi, il m’a frappée par sa force de conviction, sa passion et ses compétences techniques», relève la syndique Christelle Luisier. Comme d’autres, l’élue est impressionnée dès le début par le faste entourant la société. «Les locaux étaient très beaux, très bien équipés.» Dans la région, les visages des directeurs de la start-up commencent à être connus. «Certains se pavanaient dans les rues. C’étaient les rois de la Broye», résume un ancien collaborateur.

Implication locale

Les liens entre Swiss Space Systems et la commune sont assurés par un «Broyard pure souche», omniprésent dans les sociétés et les manifestations payernoises. C’est cet adjoint qui sera chargé notamment du Spaceport, un projet à 70 millions qui aurait dû générer de nombreux emplois dans la région. En mai 2014, une vente à terme conditionnelle est signée entre la commune de Payerne et Swiss Space Systems pour un terrain d’une valeur de 5 622 000 francs. Comme le prévoit le contrat, un acompte de 1 124 000 francs est versé par Swiss Space Systems dès la signature.

«On se disait: l’avion est là, cela signifie qu’ils ont eu les moyens de l’amener jusqu’ici. Attendons et espérons que tout se passe bien.»

Christelle Luisier, syndique de Payerne

Mais l’entreprise rencontre de plus en plus de difficultés économiques, qui s’ébruitent aussi à l’heure de l’apéro. Les dettes s’accumulent, fournisseurs et employés ne sont pas payés. Le 29 avril 2015, une séance extraordinaire a lieu en présence de la Municipalité et de trois représentants de S3, dont Philippe Petitpierre, que Christelle Luisier connaît pour l’avoir croisé aux repas de soutien du PLR. «Ils nous ont expliqué qu’il y avait eu un problème avec Dassault, se rappelle la syndique. Ils avaient des soucis de liquidités qu’ils pensaient compenser par des appels aux investisseurs. Ils avaient l’air stressés mais convaincus que ça allait marcher.» Désireuse d’«aider une start-up à réaliser son projet», la Municipalité rembourse à Swiss Space Systems l’acompte versé au moment de la vente.

Le coup de l'Airbus

Deux mois après la recapitalisation de la filiale S3 Solutions, le 24 juin 2016, la syndique sera présente à l’inauguration du tarmac et du taxiway civil de Payerne, et verra se poser sur la piste un Airbus prétendument acquis par la société – il ne s’agit en fait que d’un leasing. Elle se souvient: «A ce moment-là, on se disait: l’avion est là, cela signifie qu’ils ont eu les moyens de l’amener jusqu’ici. Attendons et espérons que tout se passe bien.»

Sommaire

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!