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PolémiqueA peine baptisé, le «Grand Genève» divise

Le nom retenu par 5000 habitants de la future agglomération franco-valdo-genevoise est loin de faire l’unanimité.

par
Benjamin Pillard

Après le Grand New York, le Grand Londres et le Grand Tokyo, le Grand Genève. Un nom qui remplace depuis hier la pompeuse appellation d’«agglomération franco-valdo-genevoise», un projet de coopération transfrontalière en gestation depuis 2007. Les 915?000 habitants que compte la future métropole avaient jusqu’à mardi pour baptiser cette nouvelle entité politico-administrative en se rendant sur le site choisirnotrenom.com.

«Le nom choisi porte parfaitement l’ambition et les valeurs de l’agglomération franco-suisse», lit-on dans le communiqué de presse paru à l’issue du scrutin. Un nom «impactant», «facilement mémorisable», «tourné vers Genève». Cette dernière précision ne surprendra personne, quand on sait que les trois noms soumis au vote – choisis par les 18 membres du «comité de pilotage» du projet – n’étaient autres que «Genev­Agglo», «Le Genevois» et «Le Grand Genève». Conséquence: en cinq semaines, seuls 5000 internautes ont répondu à l’appel, soit 0,5% du bassin de population concerné (211 communes, issues du canton de Genève évidemment, mais aussi du district vaudois de Nyon et surtout des départements français de la Haute-Savoie et de l’Ain).

Le Grand Genève, «un territoire auquel on peut facilement s’identifier», jure encore le communiqué. Une analyse qui ne semble pas partagée par grand monde. «D’après les échos que j’ai eus autant du côté français que du district de Nyon, les gens ne s’y retrouvent pas», témoigne le président du gouvernement vaudois, Pascal Broulis. «Quoi, le Grand Genève? Je m’étrangle!» s’offusque la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’libérale/VD), domiciliée à Saint-George, dans le district de Nyon. «C’est très maladroit; une erreur politique majeure! Les gens ne se sentiront jamais concernés. Je vois mal des députés vaudois voter un crédit pour le Grand Genève. On est déjà considérés comme des rupestres par les Genevois; ils n’en ont rien à faire de la campagne vaudoise… il ne faudra pas compter sur nous pour résoudre leurs problèmes.» Et de proposer spontanément un acronyme: «FraVauGe, ou quelque chose dans le genre, à la manière du projet de transports neuchâtelois TransRUN».

«Il faudra être à la hauteur de ce nom, estime pour sa part Pierre Maudet, maire de Genève. Car cette région s’est jusqu’ici construite de manière anarchique.» Quant à la question de savoir si les habitants concernés vont tous s’unir sous la bannière du Grand Genève, l’élu PLR n’en doute pas. «Pour les Vaudois, c’est la zone «022», donc rien de nouveau. Quant à nos voisins et amis français, ils sont déjà habitués au label Genève, avec le district «Le Genevois» qui se trouve en Haute-Savoie.» Raté, à en croire le premier adjoint du maire de Gex (F): «C’est un nom qui s’impose, mais qui ne fait pas la part belle à la symbolique de la coopération franco-suisse.»

«Le plus simple aurait été de ne pas choisir de nom», conclut Guy Parmelin, conseiller national UDC domicilié à Bursins (VD), sur les hauts de Rolle. «Tout ce qu’on gagne, c’est de créer des divisions au sein des régions concernées. Enfin, nous sommes dans un pays qui a la chance d’avoir de tels problèmes à résoudre.»

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