26.05.2017 à 12:33

ItalieÀ Rome, les calèches sont en péril

La Mairie de la capitale italienne promettait depuis des années d’interdire ces «voitures» traînées par un cheval. Aujourd’hui, l’édile Virginia Raggi jure que d’ici à la fin juin, ce sera chose faite.

von
Ariel Dumont
Les promenades en calèche constituent une des attractions touristiques romaines. Cette tradition est menacée.

Les promenades en calèche constituent une des attractions touristiques romaines. Cette tradition est menacée.

Henri Tabarant/AFP

Malgré les multiples pressions des associations animalières et les plaintes des Romains affirmant que les chevaux sont maltraités par les voituriers, cette promesse n’a jamais été remplie. En 2012, pour ne citer que cet exemple concret, le maire de centre droit de la Ville éternelle, Gianni Alemanno, avait dû jeter l’éponge pour éviter de devoir affronter la colère des 41 voituriers romains sur le pied de guerre.

Un prototype électrique

La situation actuelle évolue. Virginia Raggi, la très contestée maire de Rome, membre du Mouvement 5 étoiles, a juré que d’ici au mois de juin prochain, la circulation des calèches en ville sera interdite. Les voituriers devront donc se contenter des parcs romains comme Villa Borghese.

Mais pour leur éviter le chômage, la Municipalité leur donne la possibilité d’acheter une «calèche électrique». Une voiture à la ligne très rétro, les constructeurs s’étant inspirés des premières automobiles en circulation au tout début du siècle dernier. Le prototype a été construit en 2012 et son coût a été d’environ 330 000 francs suisses. «En un mois, nous pouvons construire deux autres prototypes. Le prix d’une calèche électrique – comme l’a rebaptisée la mairie – tourne autour des 22 000 francs suisses», affirme l’ingénieur Fabio Massimo Mascioli, l’un des auteurs du projet.

«Ce n’est pas cette jeunette…»

Mais, selon cet éminent professeur qui enseigne à l’Université romaine La Sapienza, la flotte d’une quarantaine de voitures ne sera pas prête avant quatre à cinq ans. «On a encore de beaux jours devant nous!» ironise Roberto, un voiturier tout en muscles et gouaille. À Rome, il fait déjà très chaud et, aujourd’hui, peu de calèches circulent dans la ville. Normal par les temps qui courent, caractérisés par une indéniable austérité. Difficile de savoir le prix exact d’une promenade, les voituriers ne se montrant pas très bavards sur ce chapitre. Mais on murmure sous le manteau que les touristes paient entre 80 et 120 euros, «au noir», naturellement.

Pour ces conducteurs particuliers, la décision de Viriginia Raggi n’a aucune valeur. «Cela fait des années qu’on essaie de nous retirer notre gagne-pain et aucun maire n’y est arrivé. Ce n’est pas cette jeunette qui va réussir à nous chasser de Rome», confie un voiturier qui préfère rester anonyme. Coté touristes, on refuse de se mêler des «affaires des Romains». En revanche, les associations animalières n’économisent pas les déclarations. «En 2015, nous avons recueilli 10 000 signatures. Les chevaux sont maltraités, il y a eu beaucoup d’accidents et la population veut que cela cesse. Voyons si cette fois-ci sera la bonne», affirme Claudio Locuratolo de l’OIP, une organisation animalière.

330'000 francs, le prix d'un prototype de «calèche électrique» construit en 2012.

10'000 signatures ont été recueillies en 2015 par une organisation animalière dénonçant la maltraitance des chevaux.

80-120 euros, la fourchette de prix pour une promenade à travers la Ville éternelle.

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