08.09.2018 à 13:50

FootballÀ Shaqiri et Xhaka de prendre le pouvoir

L’équipe de Suisse est en phase de renouvellement de ses leaders. Le premier match de Ligue des Nations contre l'Islande doit marquer une évolution logique dans la vie du groupe.

von
Tim Guillemin
Saint-Gall
Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka doivent prendre le pouvoir au sein de l'équipe de Suisse.

Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka doivent prendre le pouvoir au sein de l'équipe de Suisse.

Keystone

Après son été troublé, la Suisse a deux certitudes: Valon Behrami et Gelson Fernandes ne sont plus là. Les deux milieux de terrain ont pris leur retraite internationale, les deux de leur propre initiative contrairement à ce qu’a tenté de faire croire le Tessinois dans un premier temps.

Ces deux absences vont mécaniquement changer la vie interne du «Team Suisse», tant ces deux hommes occupaient une place à part, importante. Là où Gelson Fernandes était vu comme un «sage» qui ne risquait pas d’être un concurrent sur le terrain, Valon Behrami prenait énormément de place, attirant la lumière sur et en dehors du rectangle vert. Désormais, il existe un vide, qu’il faut combler.

Lichtsteiner en tribune

Vladimir Petkovic a décidé de rajeunir son effectif après la Coupe du monde, ce qui était inévitable. En fait, le «Mister» n’avait plus le choix. En protégeant son groupe de 2016 à 2018, il s’est attiré le respect des cadres et leur allégeance. Même lorsque Haris Seferovic, Fabian Schär, Blerim Dzemaili, Johan Djourou et Stephan Lichtsteiner, pour ne citer qu’eux, jouaient moins en club, ils étaient sélectionnés. Et souvent sur le terrain. Cette stratégie était pensée et assumée par Vladimir Petkovic, qui était le sélectionneur européen à avoir convoqué le plus de joueurs similaires (17) entre l’Euro 2016 et la Coupe du monde 2018. Forcément, après 2018, il allait devoir ouvrir son contingent, ce qu’il a fait en appelant Kevin Mbabu, Djibril Sow et Albian Ajeti, soit un espoir par ligne.

Ce ne sont pas ces trois-là qui vont prendre le leadership dans l’équipe, en tout cas dans l’immédiat. La place est désormais libre pour Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, deux titulaires indiscutables qui ont désormais tout pour s’installer «sur le trône». Le capitaine est toujours Stephan Lichtsteiner, mais Vladimir Petkovic a laissé entendre (et c’est déjà beaucoup) que le concurrence était désormais ouverte au poste de latéral droit, toujours dans ce processus de renouvellement (d'ailleurs, Lichtsteiner ne figure pas sur la feuille de match officielle de ce soir et suivra donc le match des tribunes). Kevin Mbabu a une vraie carte à jouer, tout comme Michael Lang. Cela ne veut pas dire que Stephan Lichtsteiner va «sauter», mais désormais, c’est envisageable, ce qui ne l’était pas il y a encore deux mois.

Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri, tous deux dans la force de l'âge, ont désormais la possibilité de devenir les leaders de cette équipe, avec Yann Sommer dans son rôle particulier de gardien de but. Ce n’est ainsi pas un hasard si Vladimir Petkovic envisage de replacer «XS» au cœur du jeu plutôt que sur le côté droit. Techniquement, ces deux joueurs ont évidemment les capacités requises pour porter l’équipe de Suisse. L’interrogation se situe plus au niveau de l’état d’esprit et de l’image dégagée.

Xhaka et le contraste corporel

Granit Xhaka a le potentiel pour devenir un immense joueur et ce n’est pas un hasard si Unai Emery en fait un de ses hommes de base à Arsenal. Le Bâlois a une qualité de passe qui peut être qualifiée d’excellente, mais il possède encore une marge d’amélioration dans ce qu’il dégage sur le terrain. Il peut changer, il l’a prouvé en prenant beaucoup moins de cartons rouges qu’à ses débuts, mais le contraste corporel entre les matches où il a envie de briller et les autres est pour l’instant trop flagrant. Et ce n'est pas un détail, loin de là.

Ainsi, à la Coupe du monde, il était partout contre la Serbie, montrant à Nemanja Matic qui était le boss du milieu, avant de disparaître lors des deux matches suivants contre le Costa Rica et la Suède. Où était passé le flamboyant milieu de terrain qui venait chercher tous les ballons? Et où était Xherdan Shaqiri durant ces deux rencontres?

Même s’ils s’en défendent, l’impression est que ces deux joueurs avaient réussi leur Coupe du monde une fois la Serbie battue. Que ce constat soit vrai ou pas importe peu: il appartient désormais au passé. Et dans le football, seuls comptent aujourd’hui et demain.

La maladresse de Shaqiri

Granit Xhaka et Xherdan Shaqiri sont là aujourd’hui et ils doivent être les leaders de demain, ceux qui doivent faire aimer cette équipe de Suisse. C’est encore possible, même si l’aventure post-Coupe du monde 2018 a commencé avec une maladresse en conférence de presse, celle de Xherdan Shaqiri s’excusant pour son geste de l’aigle bicéphale si d’aventure celui-ci avait heurté «quelqu’un, je ne sais pas où, dans les montagnes».

Évidemment, c’est une bêtise, car des citadins ont aussi le droit d’avoir été heurtés par ce geste politique, et parler de «gens des montagnes» est sans doute méprisant et malvenu de la part de Xherdan Shaqiri, mais il faudrait aussi voir à ne pas trop en faire au sujet d'une petite phrase, fût-elle maladroite, qui découle sans doute aussi du flot d’insultes s’étant abattue depuis les réseaux sociaux sur les joueurs albanophones de l’équipe de Suisse.

Car finalement, seul le terrain compte. Et c’est là que l’on veut voir les leaders. Dès ce samedi soir contre l’Islande. Techniquement et sur le plan de l’attitude.

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