Actualisé 09.12.2016 à 18:59

Canton de FribourgAbus de faiblesse: un ex-policier condamné en appel

Le sexagénaire accusé d'avoir obtenu des faveurs sexuelles d'un requérant d'asile a vu sa condamnation confirmée en appel.

Pouvoir judiciaire Etat de Fribourg

Le 9 mars dernier, le Tribunal pénal de la Sarine avait condamné un ex-policier de 63 ans à 15 mois de prison avec sursis pour abus de détresse et corruption passive. Le Ministère public avait lui aussi fait appel pour faire grimper la sanction à 24 mois, ce que le Tribunal cantonal fribourgeois a rejeté vendredi.

Les contacts noués par le prévenu avec le plaignant, son intérêt pour lui, son intervention au service de la population et des migrants, le fait que le plaignant ait pu retrouver son domicile et le décrire: tout cela ne trouve d'explication que dans les faits tels que relatés par le plaignant, écrit la Cour dans son jugement.

Renvoi imminent

L'affaire remonte à 2010, alors que le prévenu était encore policier. Les deux hommes se sont rencontrés près du bâtiment de la police à Granges-Paccot (FR). Le requérant, débouté et menacé d'un renvoi imminent, venait pour un formulaire administratif.

Ils ont discuté et le requérant semblait pouvoir livrer des informations sur un trafic de drogue. Le prévenu y a vu un moyen de redorer son blason, puisque sa hiérarchie l'avait mis au placard. Ils se sont revus ultérieurement pour aller boire un verre.

Le prévenu a dit avoir coupé les ponts à partir de là. Le plaignant a affirmé au contraire que le prévenu lui avait fait une fellation à trois dates différentes, lui promettant qu'en échange il interviendrait dans sa procédure administrative.

«Un coup monté»

Vendredi en audience, le prévenu s'est à nouveau déclaré innocent. Cette procédure, qui a démarré à quelques jours de son départ à la retraite, l'a sali après 37 années de service irréprochables, a plaidé son avocate Cyrielle Friedrich.

Selon la défense, c'est un coup monté. Le requérant d'asile irakien s'est servi de cette procédure pour échapper à son renvoi. Le trentenaire était «prêt à tout» pour rester, «il a gagné sept longues années» avec «toutes ses manigances», d'après l'avocate.

Ses récits comportent de multiples incohérences et changements de versions. Le flou règne sur ce qui s'est produit, quand, et où: fellation active ou passive, dans le logement du policier ou dans sa voiture, à la première date, la deuxième ou la troisième.

Les juges de première instance ont pris en compte la dernière version du plaignant en laissant de côté toutes les autres, a critiqué l'avocate. Ils ont cru les explications «surréalistes» données à ses incohérences (raisons linguistiques ou de pudeur).

Malentendu

En début de procédure, il était question de fellations faites par le requérant au prévenu. Puis le requérant a dit que c'était le prévenu qui les lui avait faites.

Pour le procureur Fabien Gasser, cette apparente contradiction est imputable à lui-même et à l'avocat qui défendait le requérant à l'époque. Ils auraient interprété à tort «Il m'a demandé une fellation» par «Il m'a demandé de lui faire une fellation».

«Lorsque les questions lui sont posées clairement, il répond clairement», a dit Albert Nussbaumer, le nouvel avocat du requérant. Vendredi en début d'audience, le plaignant a répondu aux questions de la juge sur sa situation actuelle. Puis il a quitté la salle, faisant valoir son droit de ne pas répondre aux questions intimes.

(ats)

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