Suisse – Accueil des enfants ukrainiens: un défi pour nos écoles
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SuisseAccueil des enfants ukrainiens: un défi pour nos écoles

Scolariser les mineurs ukrainiens en Suisse est essentiel mais exige davantage de moyens pour nos écoles, notent les experts, qui annoncent aussi l’arrivée massive de réfugiés d’ici la fin 2022. 

La solarisation des petits réfugiés ukrainiens constitue un véritable défi pour les écoles.

La solarisation des petits réfugiés ukrainiens constitue un véritable défi pour les écoles.

20min/Marco Zangger

Actuellement, la majorité des réfugiés d’Ukraine sont des femmes et des enfants: environ 3600 réfugiés mineurs sont ainsi déjà enregistrés dans notre pays, note la « NZZ am Sonntag ». Et beaucoup d’entre eux devront être scolarisés. Dans certains cantons, on s’attend ainsi à 5 à 10% d’élèves supplémentaires, indique Dagmar Rösler, présidente de l’Association suisse des enseignantes et des enseignants (LCH) à la «SonntagsZeitung» du jour.

Or, les écoles, qui jouent un rôle clé dans l’immense tâche d’intégration des réfugiés, manquent déjà cruellement d’enseignants. «Depuis deux ans, les écoles ne connaissent plus de fonctionnement normal en raison de la pandémie, note Elsbeth Stern, professeure à l’EPF Zurich. Elles doivent gérer les retards d’apprentissage. Accueillir maintenant des enfants qui ont fui et qui ne comprennent pas la langue du pays pousse les écoles à leurs limites.» Dès lors, se posent des questions concrètes aux enseignants et aux autorités: faut-il intégrer les enfants dans des classes normales? Et comment gérer les enfants traumatisés?

Moyens supplémentaires indispensables 

Pour Dagmar Rösler, les cantons doivent doter les écoles de moyens supplémentaires pour engager plus de personnel, dont des enseignants à la retraite qui aimeraient s’engager auprès des enfants ukrainiens. «Il faut également chercher et trouver maintenant des assistants et d’autres bénévoles», estime-t-elle.

Certains cantons, tel Zurich, étudient aussi la possibilité de faire appel à des spécialistes ukrainiens. Lucerne a déjà ouvert des postes d’enseignants supplémentaires. Et la plupart des cantons envisagent, selon le nombre d’enfants réfugiés, tant de les intégrer dans les classes existantes que l’ouverture de classes spéciales. Ce qui nécessitera aussi l’extension des locaux scolaires, dont le pays manque également déjà, selon Stephan Huber, directeur de la recherche et du développement à la Haute école pédagogique de Zoug.

Aide spécifique aux enfants traumatisés

Aux défis de l’accueil des réfugiés ukrainiens mineurs s’ajoute le fait que beaucoup d’entre eux sont traumatisés. Et nécessitent ainsi une prise en charge spécifique. Dagmar Rösler suggère donc de donner des formations adéquates aux enseignants, ainsi qu’un soutien des écoles par des psychologues, des assistants sociaux scolaires supplémentaires et des services de traduction. Mais là aussi, le personnel spécialisé est déjà fortement mis à contribution.  Comme l’explique Peter Sonderegger, président de l'Association suisse de psychologie de l’enfant et de l’adolescent, les psychologues et psychothérapeutes pour les enfants sont déjà «totalement débordés» à cause des effets de la pandémie. Mais ils mettront des offres en place si nécessaire. De son avis, si les personnes concernées n’ont pas toutes vécu la même chose, « ce que tous partagent certainement, c’est le souci pour ceux qu’ils ont dû laisser derrière eux. Ce sont en général les pères ».

Nombre de réfugiés Ukrainiens revu à la hausse

La Suisse devrait connaître l’afflux de réfugiés le plus important depuis des décennies, écrit la « NZZ am Sonntag ». La conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a déclaré la semaine passée que la Suisse comptera environ 50’000 réfugiés Ukrainiens d’ici juin prochain. Les cantons, qui hébergeront une grande partie des personnes ayant fui leur pays, estiment quant à eux qu’ils seront entre 250’000 et 300’000 d'ici la fin 2022, selon Marcel Suter, président de l’Association des services cantonaux de migration (ASM).

Héberger ces personnes constituera un autre défi. Actuellement, sur les 9000 lits créés par la Confédération, 1500 restent disponibles. Mais, note David Keller, chef de l'état-major de crise, la situation pourrait devenir critique si d’un coup 2000 à 3000 personnes arrivaient de Pologne ou de Roumanie. Les cantons cherchent donc des places supplémentaires. Outre les centres d’hébergement pour demandeurs d’asile existants, des hôtels vides, des immeubles collectifs ou des camps de vacances se prêteraient à l’accueil des victimes de cette guerre. Et les autorités discutent de l’utilisation d’abris de protection civile souterrains à cette fin.

(ewe)

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