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UkraineAccueil triomphal pour Ioulia Timochenko à Kiev

Le Parlement a libéré l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko qui a reçu un accueil triomphal à Kiev. Il a décidé d'une élection présidentielle anticipée en mai, destituant de facto Viktor Ianoukovitch.

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L'opposante Ioulia Timochenko a déclaré dimanche qu'elle n'était pas intéressée par le poste de Premier ministre. (23 février 2014)

L'opposante Ioulia Timochenko a déclaré dimanche qu'elle n'était pas intéressée par le poste de Premier ministre. (23 février 2014)

Keystone
Le clan du président déchu Ianoukovitch (photo) est visé par deux mandats d'arrêts, un contre l'ex-ministre ukrainien des Revenus Oleksander Klimenko et un autre à l'encontre de l'ex-procureur général Viktor Pchonka. (23 février 2014)

Le clan du président déchu Ianoukovitch (photo) est visé par deux mandats d'arrêts, un contre l'ex-ministre ukrainien des Revenus Oleksander Klimenko et un autre à l'encontre de l'ex-procureur général Viktor Pchonka. (23 février 2014)

Keystone
Le président du Parlement Olexandre Tourtchinov devient président de l'Ukraine par intérim, en remplacement de Viktor Ianoukovitch, destitué samedi (23 février 2014).

Le président du Parlement Olexandre Tourtchinov devient président de l'Ukraine par intérim, en remplacement de Viktor Ianoukovitch, destitué samedi (23 février 2014).

Keystone

Le pouvoir ukrainien a basculé samedi. Le Parlement a libéré l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko et décidé d'une élection présidentielle anticipée en mai, destituant de facto Viktor Ianoukovitch, qui, de son côté, refuse de démissionner et dénonce un «coup d'Etat».

«Ioulia libérée!», scandaient des centaines de personnes à Kharkiv (est), où Ioulia Timochenko était hospitalisée près du centre pénitentiaire. L'ancienne égérie de la «Révolution orange» de 2004, arborant sa tresse emblématique, les a saluées de la main.

«La dictature est tombée»

«La dictature est tombée non pas grâce aux hommes politiques et aux diplomates, mais grâce aux gens qui sont sortis dans la rue, qui ont réussi à protéger leurs familles et leur pays», a-t-elle souligné, rendant hommage aux centaines de milliers de personnes qui ont manifesté pendant trois mois leur opposition au régime.

Et «vous n'avez pas le droit de quitter la place Maïdan. N'arrêtez pas maintenant», a-t-elle ensuite estimé en larmes et sur un fauteuil roulant, devant quelque 50'000 personnes sur la place centrale de Kiev.

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s'est félicité de ce dénouement dans un message posté sur son compte Twitter:

La Maison Blanche a salué samedi la libération de l’opposante, lui souhaitant «de se rétablir rapidement» et rappelle qu’elle a besoin «depuis longtemps» d’un «traitement médical approprié». Washington a également rappelé que «Le principe intangible guidant les événements doit être que les Ukrainiens déterminent leur propre avenir».

Plusieurs votes

Le Parlement ukrainien avait voté plus tôt dans la journée la «libération immédiate» de l'ancienne Première ministre.

Les députés ont ensuite constaté, par 328 voix dans un Parlement qui totalise 450 sièges, ce qu'ils ont considéré comme une vacance du pouvoir et destitué de facto le chef d'Etat.

«Le président Ianoukovitch s'est écarté du pouvoir et ne remplit plus ses fonctions», indique la résolution adoptée par les députés, qui ont fixé au 25 mai l'élection présidentielle anticipée.

Mais, de Kharkiv, Viktor Ianoukovitch, dont le mandat court jusqu'en mars 2015, a assuré qu'il n'avait pas l'intention de démissionner.

Accusée par Moscou

«Le pays assiste à un coup d'Etat. (...) Je suis un président élu de manière légitime», a-t-il souligné dans une allocution télévisée.

Il a aussitôt reçu le soutien de la Russie, qui estime que «l'opposition n'a pas rempli une seule de ses obligations» figurant dans l'accord signé vendredi avec le président. Elle dénonce «les extrémistes armés et les pillards dont les actes constituent une menace directe (pesant) sur la souveraineté de l'Ukraine». La déclaration de Viktor Ianoukovitch a été enregistrée à une date inconnue.

Le nouveau président du Parlement, Olexandre Tourtchinov, a affirmé que le chef d'Etat se cachait dans la région de Donetsk (est), dont il est originaire.

Evacuation par la police

«Il a essayé de prendre un avion à destination de la Russie, mais il en a été empêché par des gardes-frontière», a-t-il assuré.

Alors que l'accord qu'il a conclu vendredi prévoit qu'il entérine rapidement des mesures adoptées par le Parlement en vue de la constitution d'un gouvernement d'union nationale, Viktor Ianoukovitch a souligné qu'il n'allait «rien signer avec les bandits qui terrorisent le pays».

«Il n'y a pas de coup d'Etat à Kiev. Les bâtiments officiels ont été abandonnés. Le président du Parlement a été légitimement élu», a aussitôt répondu le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski, qui a participé aux négociations entre opposition et pouvoir.

La police a évacué le quartier gouvernemental dans la capitale, le laissant sous le contrôle du service d'ordre des opposants.

Opposants soutenus par la police

L'armée a de son côté fait savoir qu'elle n'allait «pas s'impliquer dans le conflit politique». Les défections se sont multipliées samedi dans le camp du chef de l'Etat, au fur et à mesure que l'opposition s'emparait des leviers du pouvoir.

Deux proches de Ioulia Timochenko ont été désignés à la tête du Parlement et du ministère de l'Intérieur, avec pour objectif de rétablir le fonctionnement des institutions. La police avait auparavant affirmé être «aux côtés du peuple», sur le site internet du ministère de l'Intérieur.

Près de 80 tués récemment

A Kharkiv, des responsables des régions pro-russes de l'est ont toutefois remis en cause la «légitimité» du Parlement ukrainien, considérant qu'il travaille actuellement «sous la menace des armes».

L'Ukraine, 46 millions d'habitants, est divisée entre l'est russophone et russophile, majoritaire, et l'ouest nationaliste et ukrainophone.

Dans la banlieue de Kiev, un embouteillage a été provoqué par l'afflux de milliers d'Ukrainiens dans la luxueuse résidence présidentielle, abandonnée par la sécurité. Des affrontements ont fait près de 80 tués depuis mardi à Kiev, un niveau de violence inédit pour l'Ukraine.

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