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FranceAccusé d’inceste, le politologue Olivier Duhamel dans la tourmente

En annonçant qu’il quitte ses fonctions, cette figure du paysage audiovisuel hexagonal anticipe les remous provoqués par un livre à paraître dans lequel il est accusé d’abus sexuels répétés sur son beau-fils. Le procureur de Paris annonce ouvrir une enquête.

Olivier Duhamel, politologue, constitutionnaliste reconnu, animateur d’une émission sur Europe1 tout en étant chroniqueur sur LCI.

Olivier Duhamel, politologue, constitutionnaliste reconnu, animateur d’une émission sur Europe1 tout en étant chroniqueur sur LCI.

AFP via Getty Images

Accusé d’inceste sur un de ses beaux-fils dans un livre à paraître jeudi, le politologue français de renom Olivier Duhamel a annoncé lundi mettre fin à l’ensemble de ses fonctions, dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).

«Étant l’objet d’attaques personnelles, et désireux de préserver les institutions dans lesquelles je travaille, je mets fin à mes fonctions», écrit sur Twitter le politologue, qui anime par ailleurs une émission sur la radio Europe 1 et est chroniqueur sur la chaîne d’information LCI.

MAJ: Le mardi 5 janvier, dans un communiqué, le procureur de Paris a annoncé qu’il rouvre le dossier: «À la suite de la publication des différents articles de presse le 4 janvier mettant en cause Olivier Duhamel, le parquet de Paris a ouvert ce jour une enquête des chefs de viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans». Il y précise qu’une «précédente procédure portant sur les faits ainsi dévoilés, qui n’avait pas donné lieu à dépôt de plainte de la victime ni à audition du mis en cause, a été classée sans suite en 2011 par le parquet de Paris».

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«J’avais 14 ans et j’ai laissé faire»

Le quotidien Le Monde et L’Obs ont dévoilé lundi les bonnes feuilles de l’ouvrage de la juriste Camille Kouchner, «La Familia grande» (Ed. Seuil), dans lequel elle accuse son beau-père, Olivier Duhamel, d’avoir agressé sexuellement son frère jumeau.

«J’avais 14 ans et j’ai laissé faire (...). J’avais 14 ans, je savais et je n’ai rien dit», écrit Camille Kouchner, maîtresse de conférences en droit de 45 ans, selon des extraits du livre.

Elle et son frère sont les enfants de l’ex-ministre et médecin humanitaire Bernard Kouchner et de la professeure de droit Evelyne Pisier (morte en 2017), qui avait ensuite épousé le politologue Olivier Duhamel.

Pendant des années

Dans son livre, Camille Kouchner assure que les agressions sexuelles se sont répétées pendant des années. «Mon livre raconte à quel point beaucoup de gens étaient au courant», assure-t-elle dans un entretien à L’Obs.

«Bien sûr, j’ai pensé que mon livre pouvait paraître obscène à cause de la notoriété de ma famille. Puis je me suis dit: c’est justement pour ça qu’il faut le faire», dit-elle aussi.

Pas un inceste selon le droit suisse

Les abus qui sont reprochés à Olivier Duhamel sont qualifiés d’inceste. Le terme est-il approprié alors que les actes qui sont reprochés au politologue recouvreraient des agressions sexuelles répétées d’un beau-père sur son beau-fils? Pas selon le droit suisse dans lequel le code pénal spécifie: «L’acte sexuel entre ascendants et descendants, ou entre frères et sœurs germains, consanguins ou utérins, sera puni d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire.»

«Le lien parental doit être biologique. Il n'y a donc pas d'inceste en cas d'adoption. Le but du code pénal est de protéger les générations à venir des conséquences de la consanguinité.», précise pour sa part un juriste suisse, contacté par «LeMatin.ch»

Il y a cependant inceste selon le droit français dont le code pénal précise: «Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d'incestueux lorsqu'ils sont commis au sein de la famille sur la personne d'un mineur par un ascendant, un frère, une sœur ou par toute autre personne, y compris s'il s'agit d'un concubin d'un membre de la famille, ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait».

LeMatin.ch

«Un lourd secret qui pesait sur nous depuis trop longtemps a été heureusement levé», a réagi Bernard Kouchner dans un communiqué transmis à l’AFP par son avocate Maryline Lugosi. «J’admire le courage de ma fille Camille», a-t-il également indiqué. «Il faut toujours écouter, entendre et protéger celles et ceux qui ont souffert et souffrent», a pour sa part tweeté Alexandre Kouchner, l’aîné de la fratrie.

Sollicité par Le Monde et L’Obs, Olivier Duhamel a, lui, indiqué n’avoir «rien à dire» et n’a pas souhaité réagir à ces accusations. Il n’a pu être joint par l’AFP lundi soir.

La Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), dont Olivier Duhamel était le président, a pris acte de sa démission «pour raisons personnelles», selon un message interne consulté par l’AFP.

La FNSP a la responsabilité des grandes orientations stratégiques et de la gestion administrative et financière de Sciences Po. Son directeur, Frédéric Mion s’est dit «sous le choc» à la lecture de ces révélations.

Se référant au tweet publié par Olivier Duhamel, la chaîne d’information LCI a indiqué à l’AFP que le politologue ne serait plus sur son antenne.

«Il quitte également la présentation de l’émission Mediapolis sur Europe 1", a annoncé de son côté la radio sur son site internet.

(AFP/JChC)

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