Activision Blizzard, le géant empêtré dans les scandales
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Activision-Blizzard rachetéBobby Kotick, baron des jeux vidéos rattrapé par la polémique

Connu pour ses franchises à succès le studio est devenu un géant des jeux vidéo. Sa réputation est ternie par une série de scandales qui ont mis sous pression son PDG.

Bobby Kotick, actuel PDG d’Activision Blizzard.

Bobby Kotick, actuel PDG d’Activision Blizzard.

AFP

Homme d’affaires plutôt que programmeur, le PDG d’Activision Blizzard Bobby Kotick a bâti un empire des jeux vidéos fort de titres phares comme «Call of Duty» ou «World of Warcraft» avant d’être rattrapé par un scandale de harcèlement et un possible départ après le rachat par Microsoft, annoncé lundi.

La légende veut qu’une partie du destin de Robert Kotick ait été tracé par Steve Jobs lui-même, un jour de 1983. Le co-fondateur d’Apple lui a, en effet, conseillé de quitter l’université de Michigan, où il était étudiant en art, pour se consacrer à la jeune société qu’il venait de créer, a plusieurs fois raconté Robert Kotick lui-même.

Il n’en fallait pas plus pour convaincre ce natif de Long Island, dans la banlieue de New York, organisateur de soirées pour ados à New York alors qu’il était encore au lycée, et commercial hors pair.

Lancé, le jeune homme à convaincu le magnat des casinos Steve Wynn de lui faire un chèque pour se lancer dans le développement d’une interface graphique bon marché pour Apple, associé avec un ami, Howard Marks, le programmeur du projet.

Entrepreneur à l’ancienne, Bobby Kotick diffère ainsi de beaucoup de grands noms de l’informatique et des jeux vidéos, plus intéressé par les affaires que «geek». Selon Forbes, il aurait même confié, durant les années 80, que le «gaming» était pour lui une perte de temps.

Au bord de la faillite dans les années 90

Après avoir tenté de racheter le géant de la micro-informatique Commodore en 1987, il est parvenu à mettre la main sur Activision, au bord de la faillite, en 1991, pour une bouchée de pain.

Il a restructuré l’éditeur, levé de l’argent frais et changé de stratégie. L’idée était d’intégrer de petits studios sans les absorber, afin de leurs laisser la latitude nécessaire pour créer et développer des contenus originaux. C’est cette logique qui a présidé à la fusion avec Vivendi Games, qui comprenait Blizzard, et l’acquisition de King, créateur de Candy Crush.

Ce fonctionnement en autonomie, auquel se superposait un style de management très ancienne école, dominé par des hommes, souvent blancs, pourrait avoir été un terreau fertile aux dérives qui ont occasionné une série de scandales l’an passé.

«Club de mecs»

Une agence de l’Etat de Californie, la DFEH, a saisi la justice, fin juillet, rapportant des accusations de harcèlement sexuel et discriminations ethniques au sein du groupe. Interrogées par des enquêteurs, la plupart des femmes employées ont comparé, selon l’agence, Activision Blizzard à un «club de mecs».

«Des employés masculins arrivent fièrement saouls au travail, jouent aux jeux vidéo durant de longues périodes pendant leurs heures de bureau et délèguent leur travail à des femmes», détaille le document.

Débordé, Bobby Kotick a présenté des excuses au nom du groupe, mis en place une politique de «tolérance zéro», tandis que des dizaines de salariés étaient sanctionnés ou licenciés, y compris le patron de Blizzard J. Allen Brack.

Concessions peu convaincantes

Mais ces concessions n’ont pas réussi à calmer ses critiques, près de 20% des employés ayant signé une pétition réclamant son départ, au diapason de plusieurs grands investisseurs.

Selon le Wall Street Journal, le dirigeant de 58 ans dont la fortune est estimé à plusieurs centaines de millions de dollars était au courant depuis plusieurs années de signalements pour harcèlement, mais a cherché à ne pas ébruiter ces incidents plutôt qu’à prendre le problème à bras le corps.

La prise de contrôle de Microsoft pourrait offrir à Bobby Kotick une sortie honorable.

En l’état Bobby Kotick reste PDG d’Activision-Blizzard, confirme un représentant de Microsoft à Jason Schreier, journaliste de Bloomberg spécialisé dans la couverture des hauts et des bas de l’industrie du jeu vidéo: «Une fois l’accord finalisé, la direction répondra directement à Phil Spencer, patron de «Microsoft Gaming», est-il précisé. Et le journaliste de Bloomberg de commenter «Il n’est pas encore 100% clair que Bobby sera là une fois l’encre sèche». Kotick pourrait partir avec un énorme chèque, que des médias américains estimaient autour de 300 millions de dollars. Une issue encore incertaine, mais déjà dénoncée par de nombreux critiques.

Il n’en reste pas moins que, dans le communiqué de Microsoft signé Phil Spencer, apparaît une note d’intention très claire: «En tant qu’entreprise, Microsoft s’est engagé à mettre en avant l’inclusion, dans tous les aspects du jeu vidéo, qu’il s’agisse des employés ou des joueuses et des joueurs. Nous respectons profondément la culture individuelle de chaque studio. Nous pensons également que le succès dans la création et l’autonomie vont de pair avec le fait de traiter chaque personne avec dignité et respect. Toutes nos équipes et leurs responsables doivent suivre cet engagement. Nous avons hâte d’étendre notre culture inclusive proactive pour la partager avec les équipes formidables d’Activision Blizzard.» Difficile de ne pas prendre cela comme un avertissement.

(AFP)

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