03.03.2016 à 06:48

Cuba«Adios» Marx, bienvenue à Obama et aux Rolling Stones

Trois jours après la visite du président américain, les Rolling Stones se produiront pour la première fois à Cuba et donneront un concert gratuit à La Havane.

Les Rolling Stones se produiront à Cuba pour la première fois le 25 mars lors d'un concert gratuit à La Havane.

Les Rolling Stones se produiront à Cuba pour la première fois le 25 mars lors d'un concert gratuit à La Havane.

AFP

Les Cubains ont encore du mal à y croire. Leur pays, seul Etat communiste du continent américain, recevra en mars un président des Etats-Unis et, pour la première fois, les Rolling Stones: deux de ses «démons» contre lesquels il a lutté durant des décennies.

Depuis le rapprochement de Cuba avec les Etats-Unis initié en 2014, l'adjectif «historique» a été répété à satiété par les médias pour décrire le lent processus d'ouverture politique et économique de l'île. Mais, selon les observateurs, le pays vivra un chapitre réellement historique lors de la semaine du 21 mars.

Celle-ci s'ouvrira avec l'arrivée de Barack Obama à la Havane, la première visite d'un chef d'Etat américain depuis 90 ans. Il s'agira de la deuxième rencontre avec son homologue Raul Castro après le sommet des Amériques au Panama en 2015.

Cette visite de deux jours viendra tourner la page de décennies de tensions et d'affrontements qui ont marqué le continent depuis la révolution cubaine de 1959.

Embargo économique

Mais la normalisation des relations entre ces deux anciens ennemis de la Guerre froide reste notamment suspendue à deux conditions. D'une part, la levée de l'embargo économique imposé en 1962 par Washington - qui dépend du Congrès - et, d'autre part, la restitution de la base américaine de Guantanamo, dans l'extrême sud-est du pays.

«Ca va être le Zénith en mars. Nous espérons avoir un mois de mars comme celui-là tous les trimestres, car c'est un vrai fait historique qu'un président américain en fonction vienne, un président comme Barack Obama qui a une attitude beaucoup plus ouverte vis-à-vis de Cuba», déclare Eduardo del Llano, réalisateur et blogueur cubain.

«Impérialisme américain»

Mais la diplomatie sur l'île passera aussi par la musique. Trois jours après la visite du président Obama, les Rolling Stones se produiront à Cuba pour la première fois le 25 mars lors d'un concert gratuit à La Havane.

Le légendaire groupe de rock britannique fut un temps censuré par le gouvernement communiste dans les années 1970. L'interdiction ne visait pas uniquement les Rolling Stones, mais tous ceux qui chantaient en anglais, considérés comme des armes de l'«impérialisme américain».

Rock marginalisé

«Cuba a marginalisé le rock, car le rock venait des Etats-Unis et ce pays avait une attitude hostile vis-à-vis de l'île», explique Guillermo Vilar, alias «Guille». Il dirige une émission de radio sur le rock.

Bien qu'il n'y ait jamais eu de décret interdisant explicitement le rock en anglais, les Cubains se rappellent qu'autrefois les Beatles ou les Rolling Stones s'écoutaient dans l'intimité des appartements sur des cassettes qui circulaient sous le manteau.

Le genre musical a progressivement été toléré jusqu'à s'imposer dans les médias d'Etat au cours de la dernière décennie. L'ancien président Fidel Castro s'était même excusé publiquement pour cette censure musicale.

Des interrogations

De son côté, Mick Jagger avait effectué début octobre dernier une visite à Cuba, au cours de laquelle il avait notamment assisté au concert de timba (genre musical proche de la salsa, Ndlr.) du groupe Bamboleo dans une salle de l'ouest de La Havane.

«Nous avons joué dans de nombreux endroits spéciaux au cours de notre longue carrière, mais ce spectacle à La Havane fera date, pour nous, comme pour, nous l'espérons, nos amis à Cuba», déclare le groupe dans un message publié sur son site.

Mais l'ouverture cubaine suscite déjà des interrogations sur l'avenir de l'ïle. «A plus long terme, il faudrait se demander si nous n'allons pas devenir un parc d'attractions sur le communisme, où les gens viendront visiter les restes d'un lointain passé et où nous serons obligés, pour attirer les touristes, de nous déguiser», s'interroge Eduardo del Llano.

(ats)

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