Chronique - Adrian Ursea: «Quand ça brûle, c’est trop tard»
Publié

ChroniqueAdrian Ursea: «Quand ça brûle, c’est trop tard»

Retrouvez la chronique que le célèbre formateur et entraîneur roumain tient dans Le Matin Dimanche.

par
Adrian Ursea
AFP

C’est la grande question: est-ce que la France va réussir à gagner l’Euro 2020? Sur le papier, les Tricolores n’ont pas d’égal. Quand on observe, par exemple, l’apport des remplaçants lors des derniers matches de préparation, plus personne n’en doute, même pas José Mourinho! Le sélectionneur Didier Deschamps dispose de plus de solutions dans l’excellence que n’importe qui dans le monde du football. Reste que, s’il y a question, c’est qu’il y a doute. Parce que l’incertitude est l’essence du jeu et que le succès ne se forge pas que sur la pelouse.

Avec l’équipe de France, les clés se trouvent d’ailleurs moins sur le terrain que dans la gestion d’un groupe exceptionnel. Car l’équilibre peut à tout moment être rompu par les rivalités, réelles ou fictives, qui résonnent dans les médias. Chez les Bleus, le danger, c’est l’attaque, où chaque geste des stars qui la composent est scruté au microscope, chaque mot des Giroud, Benzema, Griezmann ou Mbappé est analysé par des experts du langage. Et même si tout se passe plutôt bien jusqu’à présent, on sent que la corde est tendue, à la merci de la capacité de Karim Benzema à marquer rapidement, sachant qu’Olivier Giroud, - qu’on l’aime ou pas - est toujours là pour faire le job. Les prochains jours diront si ces joueurs exceptionnels, qui font les beaux jours dans les plus grands clubs du monde, arrivent à canaliser leurs ego pour se mettre au service de l’équipe, quoi qu’il arrive.

Il s’agit là du principal défi de Didier Deschamps. Personnellement, je crois qu’il va le relever. Car l’homme a de la bouteille. Vis-à-vis de l’extérieur, il a le don de dire beaucoup de choses sans rien dire à la fin. Ce qui est un avantage pour ne pas donner les armes pour se faire battre dans les médias et le public. À l’intérieur du groupe aussi, il maîtrise. La preuve par les résultats des dernières années.

Deschamps a les mots et la stature pour convaincre les joueurs que le bien suprême, c’est l’équipe. Son passé de vainqueur, comme joueur et comme coach, accroît sa légitimité. Et probablement qu’il a déjà anticipé tous les problèmes potentiels qu’il pourrait rencontrer. L’homme et son staff sont en «état d’alerte» depuis des semaines, à l’affût des premiers signes de mécontentement et de chaque micro-information. Car l’homme sait que, quand l’incendie est déclaré, il est déjà trop tard. Prise d’information et anticipation sont essentiels. Comme dans le jeu.

Didier Deschamps sait qu’il doit aussi se tenir à une ligne de conduite totalement cohérente. Avec à une telle brochette de champions, un coach se trouve dans une cage aux lions. Il sait que la situation peut dégénérer au moindre écart. Définir les bases de l’intérêt commun a probablement été l’une des parties les plus importantes de la préparation des Bleus. Parce qu’en football, la sérénité mène souvent au succès. Et que le succès vivifie le vivre ensemble, au contraire des contre-performances qui réveillent les démons. Ce mardi face à l’Allemagne, il n’y aura pas que le jeu à observer.

Votre opinion