Genève / Valais - Affaire Giroud: le hacker charge le détective et l’espion
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Genève / ValaisAffaire Giroud: le hacker charge le détective et l’espion

Le procès de l’encaveur accusé d’avoir commandité le piratage informatique de deux journalistes s’est poursuivi mardi.

par
Jérôme Faas
L’encaveur Dominique Giroud dans son entreprise à Sion le 22 août 2013.

L’encaveur Dominique Giroud dans son entreprise à Sion le 22 août 2013.

LMS / Pierre-Antoine Grisoni

«Pour moi, il s’agit d’un traquenard dont Dominique Giroud était la cible principale et moi le dégât collatéral. (…) Je suis le bouc émissaire évident.» Ce mardi au Tribunal de police de Genève, au deuxième jour du procès de l’encaveur valaisan accusé d’avoir, en 2014, commandité les tentatives de piratage des ordinateurs de deux journalistes de la RTS et du Temps, le hacker suspecté d’avoir été le bras armé du projet (qui visait à débusquer leurs sources) a fermement nié toute participation.

L’informaticien admet que, alors que Dominique Giroud se trouvait depuis plusieurs mois dans une tempête juridico-médiatique en raison de ses discutables pratiques fiscales et viticoles, «l’attaque a très clairement été envisagée». Mais il assure que l’idée «a été abandonnée». Deux de ses trois coprévenus (le détective privé et l’ex-espion du SRC) affirment pourtant qu’il leur a dit être passé à l’acte. «Ils tentent de se disculper», rétorque-t-il. Lui conteste vivement toute action, assurant que les mails équipés d’un logiciel malveillant ont été envoyés par un autre que lui. «C’est un hacker au rabais qui a agi, car le piratage était rudimentaire, bâclé. Je ne suis même pas sûr que l’objectif ait été qu’il fonctionne.»

La thèse de «l’agent provocateur»

Mais qui aurait alors envoyé ces courriels, questionne la présidente du tribunal? Le détective privé «était en contact avec ce genre de hackers», avance l’informaticien, qui suggère qu’Yves Steiner, le journaliste de la RTS, l’était également. Et de le qualifier «d’agent provocateur» – car, dans les écoutes, «il se réjouit très manifestement des attaques ayant visé Marie Parvex», la rédactrice du Temps. Il envisage ainsi ouvertement que derrière ce piratage raté se trouvent l’ex-espion et le détective, sachant que ce dernier a longtemps mené un double jeu, renseignant durant tout le processus Dominique Giroud et Yves Steiner à l’insu l’un de l’autre.

Quant aux 10’000 francs reçus de Dominique Giroud, il assure qu’ils couvraient l’achat de deux ordinateurs sécurisés et d’une formation servant à protéger les données de l’encaveur de toute intrusion. Le détective privé a d’ailleurs confusément confirmé cette dernière explication en cours de matinée (juste après avoir dit que l’argent correspondait à une avance pour l’attaque informatique), tout en s’en tenant à une argumentation de défense basique: «J’ai pas été payé, j’ai rien négocié, j’ai rien fait dans ce projet.» Lundi, l’ex-espion avait choisi une ligne similaire, quoique développée avec plus d’aisance: «Au début, je n’ai pas pris ce projet au sérieux, dans un second temps, j’ai clairement informé les trois autres que j’étais contre.»

Le réquisitoire du procureur et les plaidoiries des avocats se dérouleront mercredi.

La victime sur le gril

«Vous êtes-vous envoyé vous-même ce logiciel malveillant?» Le premier procureur Stéphane Grodecki a posé frontalement au journaliste Yves Steiner, qui comparaît en tant que partie plaignante, la question découlant des insinuations insistantes des prévenus. «Non», a-t-il répondu. Il a aussi expliqué avoir donné peu d’informations à la police au moment du dépôt de plainte (alors qu’il en savait beaucoup du fait de sa relation soutenue avec le détective privé) «parce qu’on n’en était qu’au stade du soupçon et que je devais protéger mes sources». Et pourquoi n’a-t-il pas averti Marie Parvex qu’elle allait être la cible d’une tentative de piratage, lui a demandé la présidente du tribunal? «Parce que fin janvier, il n’y avait plus de projet. Il y avait aussi la concurrence entre médias, et j’avais vraiment peur de griller ma source», soit le détective.

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