11.05.2016 à 13:40

SuisseAffaire Graber: pas trace d'un accord avec l'OLP

Le groupe de travail institué par le Conseil fédéral n'a pas trouvé d'entente secrète entre le conseiller fédéral et le mouvement.

Pierre Graber en décembre 1969.

Pierre Graber en décembre 1969.

Keystone

La thèse d'un accord secret entre l'ancien conseiller fédéral Pierre Graber et l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) est fragilisée. Comme des historiens, le groupe de travail institué par le Conseil fédéral n'en a trouvé aucune trace.

Le gouvernement a pris connaissance mercredi de son rapport. Il l'a transmis aux commissions de gestion et publié.

Selon la thèse développée par un journaliste de la NZZ dans l'ouvrage «Schweizer Terrorjahre», le ministre socialiste des affaires étrangères Pierre Graber aurait passé un accord avec l'OLP pour mettre fin à une série d'attaques ayant visé la Suisse en 1969 et 1970. Il l'aurait fait sans en informer ses collègues et participé à une rencontre à Genève arrangée par son collègue de parti Jean Ziegler.

L'accord secret aurait eu des répercussions sur l'enquête sur le crash d'un avion à Würenlingen (AG) en février 1970. Une bombe avait explosé peu après le décollage, tuant 47 personnes. Les auteurs de l'attaque n'ont jamais été poursuivis en justice.

Pas de source

Le groupe interdépartemental «1970» était formé de représentants des départements des affaires étrangères, de justice et police, de la défense, du Ministère public de la Confédération et des Archives fédérales. Il n'a trouvé aucune source qui atteste ou rende vraisemblable une rencontre à Genève en septembre 1970 entre Farouk Kaddoumi de l'OLP et Pierre Graber ou de hauts fonctionnaires suisses.

Le groupe a examiné près de 400 dossiers provenant de six départements fédéraux, de la Chancellerie fédérale et des «fiches» de la Police fédérale. Il a étendu ses recherches au fonds privé de l'ancien conseiller fédéral et aux archives du Comité international de la Croix-Rouge.

Il a également obtenu des réponses écrites de Farouk Kaddoumi, qui se contente de dire «je ne me souviens pas», de Walter Buser - seul participant encore en vie des réunions du Conseil fédéral en 1970 - et de Pierre-Yves Simonin, conseiller personnel de M. Graber en 1970.

Protection des sources

Le groupe de travail a par ailleurs demandé au journaliste de la NZZ de dévoiler ses sources anonymes, ce que Marcel Gyr a refusé pour les protéger. Le groupe ne peut donc certifier si la source qui aurait des notes manuscrites sur les événements de septembre 1970 détient des informations crédibles.

Dès la fin 1969, alors que planent sur la Suisse des menaces d'attaques palestiniennes pour libérer trois membres du Front populaire de libération palestinienne incarcérés à Zurich, le département de Pierre Graber a cherché à établir des contacts très discrets avec des organisations palestiniennes.

Mais il en a informé le Conseil fédéral. Les autorités fédérales et zurichoises ont même adopté un dispositif pour relâcher les détenus en cas de prise d'otage, ce qui a été fait lors du détournement de plusieurs avions dont une machine de Swissair vers la Jordanie le 6 septembre 1970.

Pas de pression pour Würenlingen

Selon le groupe, les investigations de police judiciaire effectuées sur la catastrophe aérienne de Würenlingen ont été complètes. Les dossiers consultés n'ont révélé aucun indice d'une possible influence politique du Conseil fédéral sur l'enquête. Il n'y a en particulier aucun indice d'une entrave des enquêtes et procédures des autorités de poursuite pénale de la Confédération.

Les responsables présumés de l'attaque ont pu être rapidement identifiés, mais les demandes d'entraide judiciaire sont demeurées vaines. En 1995, le Ministère public de la Confédération a repris ses investigations et émit un mandat d'arrêt international. Faute d'indice sur le lieu de séjour des deux concernés, la procédure pénale a été classée en 2000.

Les faits étant imprescriptibles, le mandat d'arrêt a été maintenu. Les deux auteurs principaux n'ont toutefois pas pu être mis en accusation par défaut. Ils n'avaient en effet jamais pu être inclus dans la procédure pénale et donc pas pu faire valoir leur droit de se défendre.

Historiens du même avis

Les commissions de gestion se pencheront sur le sujet le 19 mai. Les conclusions du groupe interdépartemental rejoignent celles d'historiens des Documents diplomatiques suisses et de différentes universités suisses qui avaient qualifié fin mars les indices du journaliste de purement «spéculatifs» et estimé un cavalier seul de Pierre Graber «hautement improbable».

M. Gyr n'en maintient pas moins sa thèse. Il salue un rapport «généralement approfondi», mais regrette que le groupe interdépartemental ne l'ai pas interrogé directement ni convoqué Jean Ziegler.

(ats)

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