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SWISSLEAKSAffaire HSBC: Sommaruga dénonce les complices suisses

Pour le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE), le PLR et l'UDC sont des «complices politiques» dans l'affaire HSBC. Vives réactions des partis bourgeois.

par
Eric Felley
AFP

L'ampleur du scandale SwissLeaks touchant le siège helvétique de la banque HSBC à Genève fait bondir le conseiller national Carlo Sommaruga (PS/GE). Sur sa page Facebook, il lance cette interrogation provocatrice: «Et quand les complices politiques helvétiques de cette gigantesque fraude fiscale internationale organisée depuis la Suisse répondront de leurs actes?»

Qui sont ces «complices politiques»? Contacté par «Le Matin», le Genevois précise sa pensée: «Comme on l'a vu avec UBS aux Etats-Unis et en France, et aujourd'hui avec HSBC, un système s'est développé en Suisse. C'est un système général qui organise la fraude massive des fiscs étrangers. Ce système est défendu par le PLR et l'UDC d'une manière idéologique. Encore aujourd'hui à travers leur initiative pour la sauvegarde de la sphère privée et du secret bancaire. Ces partis sont responsables d'un système qui prive de ressources les Etats et les services publics pour en faire profiter des ploutocrates.»

«C'est pathétique, réagit la vice-présidente du PLR, Isabelle Moret. Nous défendons le respect de la sphère privée de tout le monde. La manière dont les personnes utilisent ou placent leur argent fait partie de cette sphère privée au même titre que nos chaussettes! C'est cette liberté que nous prônons. Mais, en parallèle, il est de la responsabilité de chaque citoyen de payer ses impôts.»

Le vice-président du groupe UDC aux Chambres fédérales, Guy Parmelin (UDC/VD), précise que ce n'est pas l'UDC qui a lancé l'initiative visant à sauvegarder le secret bancaire, mais un groupe rassemblant des représentants de tous les partis bourgeois. Dans l'affaire HSBC, il estime que la Suisse a agi dans un cadre légal établi: «Je remarque qu'il n'y a pas eu de procédure lancée en Suisse dans cette affaire et ce n'est pas aux politiques, mais à la justice d'agir en cas de violation de l'Etat de droit. Nous ne sommes pas en France, où le ministre des Finances peut décider d'agir contre quelqu'un. Nous tenons à la séparation des pouvoirs.»

Mais pour Carlo Sommaruga, ce sont des mots sans effet: «La violation des lois des autres pays est devenue une industrie. Le PLR et l'UDC font tout à reculons sur ces questions-là. Ils attendent la pression internationale ou l'établissement de listes noires pour réagir. Et ils accusent de traîtrise Mme Widmer-Schlumpf quand elle essaie d'accrocher le wagon suisse au train de l'OCDE.»

Année électorale

Isabelle Moret recadre le débat sur un plan politique en cette année électorale: «Le PS veut capitaliser sur la jalousie des plus riches et il prône la transparence à tout va. Nous, nous disons que la levée du secret bancaire doit être décidée par l'autorité indépendante d'un juge et non pas d'un simple fonctionnaire de l'administration. Le juge est le garant de la liberté que nous demandons.»

Le juge devrait être aussi celui qui sanctionne. Carlo Sommaruga regrette «la nonchalance du ministère public et de l'Autorité de surveillance des marchés financiers (FINMA) dans l'application de la loi sur le blanchiment.» L'ancien procureur du Tessin, Dick Marti, a abondé dans ce sens hier, en déclarant dans une interview à La Liberté qu'il existe un «évident soupçon de blanchiment d'argent soulevé par ces révélations». Il a critiqué la FINMA qui «pinaille volontiers quand il s'agit de petits dysfonctionnements», mais qui «ne voit pas passer un éléphant».

Au Royaume-Uni, siège de HSBC, les députés britanniques de la Chambre des communes ont déjà annoncé l'ouverture d'une enquête d'urgence.

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