Actualisé 20.03.2019 à 13:58

Affaire Khashoggi: la Suisse ménage la chèvre et le chou

Berne

Répondant à nombre de questions de la gauche, Ignazio Cassis a justifié la position prudente de la Suisse à l'égard de l'Arabie saoudite, alors que le voyage d'Ueli Maurer à Riyad est toujours d'actualité.

par
Eric Felley
L'affaire du journaliste Jamal Khashoggi, assassiné le 2 octobre dernier à Istanbul, n'a pas encore livré toute sa vérité. La Suisse a condamné cet acte, mais il ne doit pas assombrir plus que tant les relations avec Riyad.

L'affaire du journaliste Jamal Khashoggi, assassiné le 2 octobre dernier à Istanbul, n'a pas encore livré toute sa vérité. La Suisse a condamné cet acte, mais il ne doit pas assombrir plus que tant les relations avec Riyad.

Keystone

«Le fait que la Suisse n'ait pas signé la déclaration commune au Conseil des droits de l'homme des Nations unies ne signifie pas qu'elle n'en soutient pas le contenu...» Répondant à une série de questions venant de la gauche, le chef du DFAE, Ignazio Cassis, a justifié le fait que la Suisse n'a pas signé le 7 mars dernier la déclaration du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies adressée à l'Arabie saoudite.

36 pays, dont les 28 de l'UE, le Canada ou l'Australie, demandent à Riyad de faire toute la lumière sur l'assassinat le 2 octobre 2018 du journaliste Jamal Khashoggi et de libérer les militantes des droits des femmes. Le chef du DFAE a rappelé que dans son discours d'ouverture de la 40ème session du Conseil des droits de l'homme le 25 février dernier, il avait été clair sur la question des droits de l'homme en Arabie saoudite.

Relations normalisées ?

Des paroles claires, mais pas de signature? Pour la conseillère nationale Sybel Arslan (Verts/BS): «Le Conseil fédéral se montre régulièrement préoccupé par la situation des droits de l'homme en Arabie saoudite, mais ne traduit pas ses paroles en actes». Ces remarques font écho aux déclarations à Davos du président de la Confédération, Ueli Maurer, qui avait créé la polémique: «Le cas Khashoggi a été traité depuis longtemps. Nous nous sommes mis d’accord avec l’Arabie saoudite pour normaliser à nouveau notre relation», avait-il dit. Face aux critiques, il avait évoqué une certaine convergence de vues au Conseil fédéral: «Nous avons parlé de ce cas et nous le gardons en mémoire, bien entendu. Mais nous ne pouvons pas le traîner pendant encore cent ans.»

Bientôt le voyage d'Ueli Maurer

A Berne, le voyage d'Ueli Maurer à Ryad cette année est toujours d'actualité, «au stade la planification», confirme le porte-parole du Département fédéral des finances, Roland Meier, mais la date n'est pas encore connue. Dans ce contexte, Ignazio Cassis a ajouté: «La situation des défenseurs des droits de l'homme en Arabie saoudite a été abordée le 12 mars dans le cadre d'une démarche avec le chargé d'affaires saoudien. La difficile situation des droits de l'homme est également un sujet de discussion important pour les consultations politiques prévues à Riyad.»

Des bons offices entre Riyad et Téhéran

Hormis les intérêts économiques qui lient la Suisse et l'Arabie Saoudite, il y aurait une raison supérieure aussi pour que la Suisse garde de bons contacts avec le prince Mohammed ben Salman, soupçonné par beaucoup d'avoir commandité l'assassinat du journaliste: «La Suisse est consciente de son rôle particulier de constructeur de ponts. Certains aspects des bons offices, en particulier les mandats conférés à l’Arabie saoudite et à l’Iran, doivent être pris en compte dans cette approche.»

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!