28.03.2018 à 06:35

FranceAffaire libyenne: des morts bien pratiques

Ceux qui pourraient avoir des infos sur le financement de la campagne présidentielle de Sarkozy par Kadhafi sont morts ou incapables de parler. Une situation qui alimente tous les soupçons.

par
Renaud Michiels
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Le colonel Kadhafi a été exécuté par un agent français, pour être certain qu'il ne parle jamais. Cette hypothèse est presque aussi vieille que la mort du despote libyen, le 20 octobre 2011. Que sait-on exactement de sa fin? Kadhafi était à Syrte, au nord du pays. Il a tenté de quitter la ville avec ses combattants, un convoi de dizaines de véhicules, qui aurait été repéré par un drone américain. Bombardé par les forces aériennes américaines et françaises, le convoi a été stoppé puis attaqué par les hommes du Conseil national de transition (CNT), qui avait pris le pouvoir deux mois auparavant.Avec ses proches gardes du corps, Kadhafi s'est réfugié dans une buse de drainage, un petit tunnel sous une route. Qui a été prise après des échanges de tirs. Kadhafi a-t-il été touché à ce moment-là? On sait qu'il a encore été frappé, torturé, puis qu'il est décédé. Exécuté? Il est mort d'une blessure par balle. Mais on ne sait pas quand la balle mortelle a été tirée. La dépouille du tyran a ensuite été inhumée dans le désert, à un endroit tenu secret. Des sources libyennes avaient prétendu à un assassinat par un agent français. Mais plus de six après sa mort, on n'en sait toujours rien. Américains, Britanniques: bien d'autres avaient intérêt à ce qu'il disparaisse. En premier lieu les combattants du CNT qui étaient sur place.

Le colonel Kadhafi a été exécuté par un agent français, pour être certain qu'il ne parle jamais. Cette hypothèse est presque aussi vieille que la mort du despote libyen, le 20 octobre 2011. Que sait-on exactement de sa fin? Kadhafi était à Syrte, au nord du pays. Il a tenté de quitter la ville avec ses combattants, un convoi de dizaines de véhicules, qui aurait été repéré par un drone américain. Bombardé par les forces aériennes américaines et françaises, le convoi a été stoppé puis attaqué par les hommes du Conseil national de transition (CNT), qui avait pris le pouvoir deux mois auparavant.Avec ses proches gardes du corps, Kadhafi s'est réfugié dans une buse de drainage, un petit tunnel sous une route. Qui a été prise après des échanges de tirs. Kadhafi a-t-il été touché à ce moment-là? On sait qu'il a encore été frappé, torturé, puis qu'il est décédé. Exécuté? Il est mort d'une blessure par balle. Mais on ne sait pas quand la balle mortelle a été tirée. La dépouille du tyran a ensuite été inhumée dans le désert, à un endroit tenu secret. Des sources libyennes avaient prétendu à un assassinat par un agent français. Mais plus de six après sa mort, on n'en sait toujours rien. Américains, Britanniques: bien d'autres avaient intérêt à ce qu'il disparaisse. En premier lieu les combattants du CNT qui étaient sur place.

AFP
Ex-ministre du Pétrole de Kadhafi, Choukri Ghanem est l'auteur d'une pièce maîtresse contre Sarkozy: un carnet dés­ormais dans les mains de la justice française. Fin avril 2007, il avait consigné que trois versements d'un total de 6,5 millions d'euros auraient été envoyés au candidat Sarkozy, élu président une semaine plus tard. Ghanem avait ensuite fui le régime de Kadhafi en 2011. Puis s'était réfugié en Europe.Le 28 avril 2012, entre les deux tours d'une nouvelle présidentielle entre Hollande et Sarkozy, Mediapart a affirmé que Kadhafi avait décidé de débloquer 50 millions d'euros pour la campagne de Sarkozy. Le lendemain, le corps sans vie de Choukri Ghanem, 69?ans, a été retrouvé dans le Danube, à Vienne. Étrange? La police autrichienne a conclu à un accident – crise cardiaque suivie de noyade. Mais d'autres jugent ce décès hautement suspect. À l'image de l'ambassadeur américain alors en poste en Libye, qui avait écrit que «pas un seul des Libyens à qui j'ai parlé» ne croit aux conclusions autrichiennes. De là à pointer un éventuel commanditaire, il y a un pas que personne ne franchit.

Ex-ministre du Pétrole de Kadhafi, Choukri Ghanem est l'auteur d'une pièce maîtresse contre Sarkozy: un carnet dés­ormais dans les mains de la justice française. Fin avril 2007, il avait consigné que trois versements d'un total de 6,5 millions d'euros auraient été envoyés au candidat Sarkozy, élu président une semaine plus tard. Ghanem avait ensuite fui le régime de Kadhafi en 2011. Puis s'était réfugié en Europe.Le 28 avril 2012, entre les deux tours d'une nouvelle présidentielle entre Hollande et Sarkozy, Mediapart a affirmé que Kadhafi avait décidé de débloquer 50 millions d'euros pour la campagne de Sarkozy. Le lendemain, le corps sans vie de Choukri Ghanem, 69?ans, a été retrouvé dans le Danube, à Vienne. Étrange? La police autrichienne a conclu à un accident – crise cardiaque suivie de noyade. Mais d'autres jugent ce décès hautement suspect. À l'image de l'ambassadeur américain alors en poste en Libye, qui avait écrit que «pas un seul des Libyens à qui j'ai parlé» ne croit aux conclusions autrichiennes. De là à pointer un éventuel commanditaire, il y a un pas que personne ne franchit.

AFP
Que sait Béchir Saleh, ex-grand argentier du régime de Kadhafi, qui vit en Afrique du Sud depuis six ans? Mediapart croit savoir qu'il y a un mois, il aurait voulu fournir des informations à la justice française. Si c'est exact, il n'en a pas eu l'occasion. Le 23 février, Saleh circulait dans la banlieue de Johannesburg lorsqu'il a été la cible d'une vraie opération commando. Un autre véhicule s'est approché et plusieurs hommes ont mitraillé le Libyen de 71 ans avant de décamper. Il a été touché au thorax et à l'abdomen. Hospitalisé puis opéré, il s'en est sorti. Puis s'est volatilisé – il pourrait se terrer et se retaper aux Émirats arabes unis.Qui a voulu sa peau? Les autorités locales privilégient la piste crapuleuse. Mais rien n'a été volé et aucune plainte n'aurait été déposée… Peut-on imaginer une implication française? L'Express juge le scénario «romanesque» mais improbable, d'autant que Sarkozy n'est plus au pouvoir. Un «contrat parisien», écrit l'hebdomadaire: «Se heurte à un écueil opérationnel quasi rédhibitoire: la difficulté de monter sans laisser de traces un homicide en territoire sud-africain, et l'énorme risque encouru, même en cas de succès.»

Que sait Béchir Saleh, ex-grand argentier du régime de Kadhafi, qui vit en Afrique du Sud depuis six ans? Mediapart croit savoir qu'il y a un mois, il aurait voulu fournir des informations à la justice française. Si c'est exact, il n'en a pas eu l'occasion. Le 23 février, Saleh circulait dans la banlieue de Johannesburg lorsqu'il a été la cible d'une vraie opération commando. Un autre véhicule s'est approché et plusieurs hommes ont mitraillé le Libyen de 71 ans avant de décamper. Il a été touché au thorax et à l'abdomen. Hospitalisé puis opéré, il s'en est sorti. Puis s'est volatilisé – il pourrait se terrer et se retaper aux Émirats arabes unis.Qui a voulu sa peau? Les autorités locales privilégient la piste crapuleuse. Mais rien n'a été volé et aucune plainte n'aurait été déposée… Peut-on imaginer une implication française? L'Express juge le scénario «romanesque» mais improbable, d'autant que Sarkozy n'est plus au pouvoir. Un «contrat parisien», écrit l'hebdomadaire: «Se heurte à un écueil opérationnel quasi rédhibitoire: la difficulté de monter sans laisser de traces un homicide en territoire sud-africain, et l'énorme risque encouru, même en cas de succès.»

AFP

Qui pourrait détenir des informations sur un éventuel financement de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy par le clan Kadhafi? Muammar Kadhafi lui-même, évidemment. Mais il est mort. Son ancien ministre, Choukri Ghanem, qui tenait un carnet embarrassant pour l’ancien président français? Mort également. Alors peut-être l’ancien financier du régime Béchir Saleh? Sauf qu’il vient d’échapper à une tentative d’assassinat. Et on ne sait plus où il est…

À ces disparus s’ajoute un quatrième nom, un éventuel témoin clé, que la justice française aimerait beaucoup entendre: Alexandre Djouhri. Ce Franco-Algérien de 59 ans – qui a vécu à Genève – aurait servi d’intermédiaire entre la France et différents pays du Proche et Moyen-Orient. Recherché en Europe, cet homme d’affaires a été pincé fin décembre à Londres. Le Royaume-Uni dira le 17 avril prochain s’il accepte son extradition vers la France. S’il est encore en vie… Victime de malaises cardiaques à répétition, il a été hospitalisé et placé dans le coma artificiel. Lui non plus n’est plus en état de parler.

Présumé innocent

Ça fait beaucoup. Et le tout donne l’impression de servir les intérêts de Nicolas Sarkozy. Une situation qui, forcement, engendre le doute, le soupçon. Ou fait naître des théories plus ou moins crédibles qui font au moins le bonheur des complotistes: et si le clan Sarkozy était mêlé à tout ça?

Nous faisons donc le point (voir la galerie) de ce que l’on sait de la mort de Kadhafi et de Choukri Ghanem ainsi que sur la tentative d’éliminer Béchir Saleh. Mais n’oublions pas qu’il existe bien d’autres protagonistes. Quant à M. Sarkozy, rappelons qu’il est présumé innocent. Et qu’il a été mis en examen pour «corruption passive», «financement illégal de campagne électorale» et «recel de détournement de fonds publics libyens». Rien d’autre.

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