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JusticeAffaire Luca: «C'est le début du combat»

Président de la fondation Luca, Fred Reichenbach réagit face aux rebondissements. 11 ans après le drame, la justice auditionnera trois témoins-clés et a ordonné de nouvelles analyses ADN.

par
Anne-Florence Pasquier
Luca et sa maman

Luca et sa maman

Sabine Papilloud

Un revirement soudain dans l'affaire Luca, attendu depuis 11 ans. La justice valaisanne s'apprête enfin à auditionner trois témoins-clés et ordonne de nouvelles analyses ADN. «On est révolté qu'il a fallu attendre aussi longtemps, mais ce n'est que le début du combat», réagit Fred Reichenbach, président de la fondation Luca. «C'est honteux qu'on commence à creuser sérieusement la piste que j'ai indiquée en 2002.» Car dans les mois qui ont suivi ce jour du 7 février 2002 où Luca Mongelli a été retrouvé inconscient et demi-nu dans la neige à Veysonnaz, ce détective privé a lancé une contre-enquête.

Cet ancien inspecteur de la police genevoise est convaincu que «ces témoignages peuvent faire exploser toute l'histoire à condition que le Procureur Dubuis se décide enfin à faire son travail de «super flic» et à montrer en audition sa ferme volonté d'obtenir la vérité.» Une vérité que s'engage à faire éclater l'avocat italien de la famille Mongelli, Nino Marazzita: «Les autorités suisses ont finalement compris la bourde qu'ils ont faite à l'époque et que cela n'avait aucun sens d'accuser le chien.»

Un troisième témoin présent

C'est à la suite de plusieurs requêtes émanant du père de Luca que le procureur général adjoint valaisan Nicolas Dubuis, en charge de l'affaire, demande une nouvelle analyse du dossier. Il auditionnera également deux policiers ambulanciers encore jamais entendus, rapportait hier le «Nouvelliste». Des témoignages cruciaux, car l'un des deux ambulanciers avait indiqué que du Slim, sorte de glu vendue en magasin de jouets, se trouvait sur les fesses de Luca. Surtout pour le détective privé, il ne fait aucun doute que «les témoignages de ces deux policiers ambulanciers attestent la présence d'un autre médecin, le Dr. K.» Ce même docteur, jamais auditionné, qui soudainement intéresse la justice valaisanne et sera interrogé.

Il nie en bloc

Contacté le principal intéressé réfute: «Je n'étais pas à l'hôpital. Je n'ai jamais été de garde depuis 1980. Je serais content d'être confronté à cet ambulancier, pour voir s'il me reconnaît. Il est arrivé qu'on me confonde avec le Dr. Guy Delèze, je l'ai souvent remplacé.»

Présent le soir du drame à l'hôpital, le Dr Guy Délèze contredit lui aussi ce qu'avance le détective Reichenbach: «Ça part d'une fausse rumeur. Une confusion de personnes est possible, sachant que nous avons toujours travaillé en étroite collaboration. On ne pouvait pas être là les deux, sauf en cas d'un plan catastrophe quand il se produit un accident à victimes nombreuses et que tous les médecins-chefs sont mobilisés en même temps.» Le détective Fred Reichenbach reste certain que le Dr K., bien présent à l'hôpital ce soir-là, se serait même fâché contre l'anesthésiste, le Dr. R. qui nettoyait alors les fesses de Luca, faisant disparaître des preuves de cette agression. «Les institutions ne veulent pas reconnaître leurs erreurs et certaines personnes dans le milieu médical, pourraient être sérieusement éclaboussées», lance le président de la fondation Luca.

Au Dr Guy Délèze de rétorquer: «Quoi qu'il en soit je ne vois pas ce que ça change. Certainement que son corps n'était pas propre, mais on devait se précipiter sur les fonctions vitales de cet enfant en état d'hypothermie, qui ne respirait plus, dont le cœur ne battait plus. J'étais dans un rôle de médecin sauveteur.» Lié au secret de fonction, l'un des ambulanciers ne souhaite pas s'exprimer à la presse.

Du côté de l'Italie, «le Ministère de la justice a perdu du temps car il a dû faire traduire toute la partie des documents qui n'étaient pas en italien», ajoute l'avocat Nino Marazzita qui espère «qu'avec la décision suisse, les Italiens vont rapidement réagir.» Et officiellement ouvrir une enquête.

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