France: Affaire Maëlys: dans les pas du monstre
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FranceAffaire Maëlys: dans les pas du monstre

Une semaine après les aveux de Lelandais et la découverte des ossements de la fillette en Savoie, nous sommes retournés là où elle a été enlevée. Et là où elle a été déposée en forêt.

par
Evelyne Emeri
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Samedi, le procureur Jean-Yves Coquillat a fait part de son mécontentement de manière appuyée et sèche concernant la révélation de la date potentielle de la reconstitution. Il vient d'ouvrir une deuxième enquête pour violation du secret de l'instruction.

Samedi, le procureur Jean-Yves Coquillat a fait part de son mécontentement de manière appuyée et sèche concernant la révélation de la date potentielle de la reconstitution. Il vient d'ouvrir une deuxième enquête pour violation du secret de l'instruction.

Capture/BFMTV/25.10.2017
Les restes de Maëlys ont été découverts le 14 février dans le secteur de la cascade de La Pissoire. La gendarmerie et la justice ont été conduites dans la forêt d'Attignat-Oncin (Savoie) par le tueur acculé.

Les restes de Maëlys ont été découverts le 14 février dans le secteur de la cascade de La Pissoire. La gendarmerie et la justice ont été conduites dans la forêt d'Attignat-Oncin (Savoie) par le tueur acculé.

Le Matin/Maxime Schmid
La petite victime a été contrainte, dans la nuit du 26 au 27 août 2017, de suivre Lelandais dans son Audi A3 à Pont-de-Beauvoisin (Isère). Elle participait à une fête de mariage à la salle polyvalente, devenue un impressionnant lieu de recueillement.

La petite victime a été contrainte, dans la nuit du 26 au 27 août 2017, de suivre Lelandais dans son Audi A3 à Pont-de-Beauvoisin (Isère). Elle participait à une fête de mariage à la salle polyvalente, devenue un impressionnant lieu de recueillement.

Le Matin/Maxime Schmid

«La gendarmerie a créé un leurre mercredi dernier pour contenir la meute des journalistes. Maëlys n’a pas été retrouvée à Saint-Franc (Savoie)», affirme le maire Pierre-Auguste Feugier. Elle a été découverte à quelques kilomètres, à Attignat-Oncin (Savoie), un village où les habitants sont taiseux. Le nom de leur commune sera à jamais assimilé au meurtre de Maëlys, 8 ans, tuée par Nordahl Lelandais dans la nuit du 26 au 27 août 2017. À la sortie du bourg, nous grimpons direction le hameau «Morotiot» et le Mont-Grêle. Il faudra parquer et continuer à pied. Nous nous enfonçons dans la forêt. Nous sommes entre 600 et 800 m d’altitude.

La science, ultime espoir

Les empreintes de chaussures et les pattes de chiens sur la neige sont parfaitement visibles: c’est dans ce secteur de la cascade de la Pissoire que les gendarmes d’Isère et de Savoie, les juges d’instruction de Grenoble et le procureur Jean-Yves Coquillat ont suivi le prévenu de 35 ans. Confondu par une microtrace de sang de Maëlys dans sa voiture, il a parlé.

Le secteur de la cascade de la Pissoire où ont été retrouvés les ossements de Maëlys. (Le Matin/Evelyne Emeri)

Des aveux contraints pour avouer son geste prétendument «involontaire». Des aveux parcellaires, appuyant encore sur la souffrance de la famille de la fillette. Des parents qui, après l’assassinat de leur petite, après la découverte, non pas de sa dépouille mais de ses ossements, doivent désormais supporter un nouveau calvaire. Comment est-elle morte et dans quelles circonstances? Les experts en sciences forensiques français répondront, peut-être.

À Pont-de-Beauvoisin (Isère), les abords de la salle polyvalente s’étaient déjà mués en lieu de recueillement depuis fin août. Parce que c’est ici que tout a débuté lors d’une fête de mariage. Depuis une semaine, les marques de soutien ont pris une ampleur folle. En quelques minutes, nous rencontrons un habitant de la région: «Je suis grand-papa. J’ai des petits-enfants. C’est tout.» Et de fondre en larmes. Il voulait se recueillir seul et préfère filer. Juste après, un Marseillais et sa fille s’arrêtent. Ils rentrent du Jura et font le détour pour témoigner de leur empathie. Ils pleurent, aussi. De la famille proche? «Non, non, mais c’est comme si», réplique le papa. Son ado se blottit contre lui, muette. «Le défilé est incessant, nous indique le maire de la commune, Michel Serrano. Nous nous sentons tous concernés par tant de barbarie.»

Pendant ce temps, Nordahl Lelandais souffre d’angoisses post-aveux. «C’est un homme, pas un monstre», scande son avocat, Me Alain Jakubowicz, rappelant «qu’il fait partie de l’humanité». Transféré au Vinatier, établissement psychiatrique lyonnais, son client a provisoirement quitté sa cellule de Saint-Quentin-Fallavier, à 35 km de Lyon. Là-bas, Maëlys est partout sur des panneaux de fortune. Son visage et des avis de disparition sont toujours le long de la route qui mène au centre pénitentiaire. Le message à Lelandais est clair. «Nous ne te lâcherons pas.» Comme à Pont-de-Beauvoisin et sur les réseaux sociaux.

Trahie par son fils

Nous faisons un stop à Domessin (Savoie) dans le quartier maudit. Sur la boîte aux lettres, plus de patronyme. L’ancien maître-chien de l’armée vivait de nouveau dans la villa familiale au moment de son arrestation. Non loin du domicile de son bourreau, Maëlys a rendu son dernier souffle, selon la reconstitution actuelle. Enlevée au mariage à 5 km de là, puis tuée et cachée près de chez lui, avant le départ dans la forêt. Nous sonnons à la porte. Christiane Lelandais, la mère de Nordahl, nous ouvre et sourit. Elle sait qui nous sommes. La trahison de son fils se lit sur son visage. Elle hésite, mais ce sera non. Elle ne veut plus parler. «Merci de votre compréhension, au revoir.»

Dans le Jura français, près de la frontière suisse, les parents de Maëlys sont brisés. Joachim de Araujo, le papa, répond au téléphone. Il ne sait pas, il ne sait plus: «Ce n’est pas le moment.» Le 19 décembre, il confiait au «Matin» leur besoin de savoir ce qu’il était advenu de leur fille. Ils le savent désormais. «Nous avons besoin de savoir ce qu’il s’est passé» était leur deuxième demande à Lelandais. Le silence du bourreau pour unique réponse. La même torture que pour les proches d’Arthur Noyer assassiné près de Chambéry, en avril 2017. Mis en examen dans l’affaire du caporal de 24 ans, le tueur – le serial killer? – est talonné par une dizaine d’autres familles qui ont aussi perdu l’un des leurs en Isère et en Savoie.

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