Actualisé 06.06.2018 à 05:48

FranceAffaire Ramadan: Attaques sur les plaignantes

Alors que le prédicateur était interrogé mardi à Paris, ses défenseurs tentent de décrédibiliser la parole de ses accusatrices.

par
Renaud Michiels
Tariq Ramadan a été longuement entendu mardi par les juges d’instruction.

Tariq Ramadan a été longuement entendu mardi par les juges d’instruction.

KEYSTONE SALVATORE DI NOLFI, AFP

Tariq Ramadan a été entendu hier pour la première fois par les juges d’instruction. Dans son camp, la stratégie principale est désormais claire: tenter de décrédibiliser les accusatrices. Sur la Suissesse d’une quarantaine d’années qui affirme avoir été violée et brutalisée dans un hôtel genevois, on ne sait pas grand-chose. Sur les trois autres, par contre, les défenseurs de l’islamologue genevois accumulent les informations, thèses ou soupçons pour installer le doute. Voici ce qu’ils avancent.

HENDA AYARI:Attaques sur ses versions

Photo AFP/Joel Saget

Photo AFP/Joel Saget

Première accusatrice, Henda Ayari, 41 ans, explique que la mémoire peut flancher sur des faits anciens et traumatisants. Elle dit avoir retrouvé de vieux documents et a modifié son témoignage la semaine dernière. La date et le lieu du viol dénoncé ont changé. Il aurait désormais eu lieu le 26 mai 2012 au Crowne Plaza, à Paris. Une faille que le camp Ramadan entend exploiter. Page officielle de la défense du théologien, Free Tariq Ramadan Campaign décrit Henda Ayari comme une menteuse pathologique et récidiviste mue par la volonté de piéger le Genevois. Son avocat, Emmanuel Marsigny, estime, lui, que ce «changement de version finit de décrédibiliser complètement son témoignage». Et soulève un autre point: Henda Ayari a parlé de forte pluie le jour du viol présumé. Or il faisait beau. Une information confirmée par Météo-France, note «L’Obs».

Les défenseurs de l’islamologue affirment aussi qu’Henda Ayari aurait continué à correspondre avec son bourreau après ses abus. Plus de 200 messages envoyés, selon eux. «Bon je te propose un week-end complet. Tu m’invites dans un hôtel sympa. Si possible avec grande baignoire. On va kiffer tout le week-end», lui aurait-elle par exemple écrit, à en croire BuzzFeed. Information non confirmée pour l’instant.

«CHRISTELLE»:Attaques sur sa crédibilité

Photo DR

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La seconde plaignante, Christelle (prénom d’emprunt), affirme avoir été violée et humiliée dans un hôtel lyonnais en octobre 2009. Le MuslimPost a souligné qu’elle a un passé de militante proche de l’extrême droite – elle s’est présentée sur une liste de Nicolas Dupont-Aignan puis a soutenu Marine Le Pen. Ce serait un mobile? Christelle a expliqué qu’après l’agression, le prédicateur suisse serait parti à sa conférence en emportant ses vêtements. L’avocat de Tariq Ramadan s’appuie sur ce point précis. Il juge «invraisemblable» d’être «restée plusieurs heures dans la chambre d’hôtel à attendre seule le retour de son violeur».

Le MuslimPost, enfin, dit avoir déterré un échange entre Christelle et une amie qui se serait tenu deux semaines après l’agression présumée. Et souligne que «les propos sont détendus…» «On va s’occuper aussi de faire tomber sa carrière politique à notre façon, lol» aurait écrit Christelle.

MOUNIA:Attaques sur son passé

Photo DR

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Mère de famille quadragénaire nommée Mounia ou Marie dans la presse, la troisième plaignante dit avoir subi neuf viols entre février 2013 et juin 2014. Elle prétend qu’elle était sous l’emprise de Tariq Ramadan, qui la faisait chanter en menaçant de révéler son passé de prostituée.

Pour l’avocat du théologien, ce récit en lui-même est impossible. «Il n’est absolument pas crédible de prétendre avoir été violée neuf fois au cours de plus de 12 mois», a-t-il tranché, plaidant la relation consentie.

Le passé de Mounia a aussi été déterré. Elle a été l’une des personnes-clés de l’affaire du Carlton de Lille. Partie civile lors du procès de 2015, elle avait décrit un rapport brutal avec Dominique Strauss-Kahn – qui avait finalement été relaxé. Mais s’était montrée brouillonne lors du procès: «Des contradictions dans vos déclarations, il y en a beaucoup», lui avait lancé le président du tribunal.

Mounia est aussi manifestement en conflit avec plusieurs membres de sa famille. Europe 1 a eu accès à un message «attribué à la sœur de Mounia». Elle y prétend que ses «intentions ne sont pas honnêtes». Frère de Mounia, Mohamed s’en prend aussi violemment à elle sur les réseaux sociaux. Il l’accuse de mensonges et d’agir contre le théologien «pour l’argent».

Suffisant pour décrédibiliser la parole des plaignantes? Seule certitude: lorsqu’un procès se tiendra, elles seront confrontées sans ménagement à tous ces aspects.

Aura écornée

Si le prédicateur devait reconnaître une relation adultère, très éloignée des enseignements qui ont fait sa célébrité, ce serait un nouveau coup porté à l’aura de celui qui fut une rare figure médiatique et populaire de l’islam en Europe. Au gré des révélations sur sa vie personnelle dans cette affaire, ses soutiens se sont peu à peu effrités.

Défendu par sa fille

Fille aînée de l’islamologue genevois, Maryam Ramadan (photo) est montée hier au créneau dans «Libération» pour défendre son père. Elle l’estime victime d’«un lynchage médiatique», comme d’une enquête de «la police judiciaire menée uniquement à charge». «Comment ne pas y voir un acharnement ou l’existence de préjugés?» plaide-t-elle, avant d’affirmer n’avoir aucun doute sur l’innocence de son père. Et d’enfoncer le clou: «À ce jour, la seule vraie victime est mon père, car c’est lui qui est en prison pendant que ses accusatrices font les plateaux de télévision et les émissions de radio.»

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