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ModeAkris, l'élégance helvétique

La maison de couture suisse Akris fait son bonhomme de chemin chez les stars. Il n'y a pas qu'Armani dans le prestigieux dressing de Charlène de Monaco. Portrait.

par
Catherine Hurschler
Keystone

Dimanche dernier, sur le tapis rouge des Oscars à Los Angeles, la princesse portait une splendide robe blanche griffée Akris, une maison de haute couture suisse qui cultive avec brio excellence et discrétion.

Une belle carte de visite pour l'entreprise basée à St-Gall, mais Akris ne compte pas pour autant exploiter à outrance cette apparition. Car chez Akris, qui s'apprête à fêter ses 90?ans de création, la règle d'or est de mettre en valeur la femme, pas le vêtement en soi. En septembre dernier, interrogé dans le magazine économique Bilan, Albert Kriemler, le designer de la maison, petit-fils de la fondatrice Alice Kriemler-Schoch, tenait un discours qui va à l'encontre de cette course au «buzz» qu'affectionnent tant de marques: «La mode doit être ainsi faite que l'on voit d'abord la personne. Si, en plus, on constate qu'elle porte un beau vêtement, c'est bien. Que l'on sache alors que c'est signé Akris est secondaire». Dans le cas de Charlène aux Oscars, Albert Kriemler a dessiné un modèle sur mesure que l'actrice Grace Kelly, la maman du prince Albert II, aurait certainement pu porter avec autant de classe. Car il s'agissait de marquer un événement important: depuis 1955, année où Grace Kelly est repartie avec une statuette dorée, plus aucun membre de la famille princière de Monaco n'avait fait le déplacement à Hollywood.

Un style qui rassure

Entre la jeune princesse et la marque suisse, c'est une histoire d'amour qui dure parce que tous les deux misent sur des valeurs sûres: de belles matières pour Akris, des coupes intemporelles pour sublimer la silhouette longiligne de Charlène. De quoi la rassurer pour ses sorties officielles: «Au début, j'étais terrorisée à l'idée de faire une erreur. Jusqu'à ce que je trouve ce que j'aimais et ce qui fonctionnait. J'ai commencé à jouer avec la fraîcheur et l'audace de looks avant-gardistes», disait-elle en juin dernier au magazine Vogue. En octobre 2011, la princesse se glissait sans bruit au premier rang du défilé parisien d'Akris pour applaudir le prêt à-porter printemps-été 2012. Là encore, pas question pour Albert Kriemler de le crier sur les toits: «Nous ne voulons pas d'histoires people». Net et précis. Sauf que les stars raffolent de l'élégance version helvétique et la liste des clientes est parfois surprenante: l'ancienne secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, Condoleezza Rice, la conseillère fédérale Doris Leuthard, Angelina Jolie, Julia Roberts et Susan Sarandon, pour les plus connues. Toutes des femmes au caractère bien affirmé, comme si le luxe feutré de la marque ne se laissait pas dompter par n'importe qui. Luxe. Le mot est lâché, pourtant il fâche Albert Kriemler. «Je préfère parler d'une certaine forme de raffinement», poursuit-il dans «Bilan». Le raffinement, ce n'est pourtant pas le premier mot qui vient à l'esprit quand on évoque Angelina Jolie et son passé trash. En 2009, c'est pourtant dans un ensemble blanc Akris qu'elle s'est présentée au Festival du Film de Berlin, comme pour donner une dimension plus sage à son personnage.

Les achats d'Angelina

Quelques mois plus tôt, la star avait acheté deux trench coats. Fait rare dans un monde où les célébrités sont habituées à recevoir le meilleur sans jamais payer. De l'aveu même d'Albert Kriemler, interrogé dans la «Weltwoche» en mars 2010, Angelina Jolie ne savait à l'origine que très peu de choses sur Akris, si ce n'est l'essentiel: les vêtements sont confortables et ils lui valent de nombreux compliments. A St-Gall comme à New York, la maison refuse depuis toujours de démarcher les personnalités. «Les stars qui correspondent à notre philosophie viennent toutes seules», résume le styliste suisse, dont le talent a été maintes fois récompensé. Susan Sarandon a découvert la marque suisse en faisant du shopping chez Bergdorf Goodman à New York. Pas tout à fait comme Mme Tout-le-monde mais presque. Avec la princesse de Monaco qui lui reste fidèle dans les moments forts de sa vie, la maison Akris a encore de très beaux jours devant elle. La crise, très peu pour elle…

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