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DjihadAl-Qaïda relance sa marque pour concurrencer l'EI

En perte de vitesse et relégué au second plan par l'Etat islamique, Al-Qaïda lance sa nouvelle branche en Asie.

Les jihadistes de l'EI ont relégué Al-Qaïda au second plan au Moyen-Orient.

Les jihadistes de l'EI ont relégué Al-Qaïda au second plan au Moyen-Orient.

Reuters

La création d'une nouvelle branche d'Al-Qaïda en Asie du Sud trahit l'inquiétude du numéro un mondial du jihad. Il est désormais concurrencé par l'Etat islamique (EI) au Moyen-Orient et en perte de vitesse jusque dans son fief d'origine, au Pakistan, selon des analystes.

En août 1988, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri et quatre autres combattants formaient officiellement «Al-Qaïda» - 'la base' en arabe - à Peshawar, carrefour du nord-ouest pakistanais à la porte de la frontière afghane.

A l'époque, les troupes soviétiques commençaient leur retrait d'Afghanistan. Les combattants venus du monde entier pour appuyer la rébellion afghane cherchaient à étendre la «guerre sainte» à l'international. Depuis, la «base» islamiste s'est étendue au Moyen-Orient, sur le continent africain et a perpétré des attentats sur le sol européen et nord-américain.

Depuis, Zawahiri a pris la succession de Ben Laden, tué par un commando américain en mai 2011 dans le nord pakistanais et le mouvement a été doublé par l'EI, un groupe djihadiste, ultraradical, en Syrie et en Irak.

Moins d'attentats

Ces dernières années, Al-Qaïda est devenu moins directement impliqué dans des attentats au Pakistan et en Afghanistan, ses bastions d'origine. Il se concentre davantage sur le financement et la propagation de son idéologie de combat.

De plus, «le départ de combattants d'Al-Qaïda basé dans la région vers la Libye et d'autres pays arabes a affaibli le mouvement ici», estime Amir Rana, un expert pakistanais de la mouvance djihadiste, .

Mais Al-Qaïda peut toujours y compter sur le soutien de «petits frères» locaux comme le mouvement des talibans du Pakistan (TTP), qui lui a fait allégeance à sa création en 2007 et a multiplié les attentats dans le pays, y devenant le premier groupe rebelle.

«Au fil des ans, des groupes locaux, comme le TTP, se sont renforcés», même si ce dernier a été affaibli ces derniers mois par les défections et les offensives de l'armée, souligne Amir Rana.

Nombre d'observateurs estiment que Zawahiri, un des hommes les plus recherchés au monde, et d'autres leaders du réseau se cachent au Pakistan. Selon Washington, Al-Qaïda y serait protégé par le TTP.

Rôle en coulisses

Dans l'Afghanistan voisin, les estimations sur la puissance et l'importance d'Al-Qaïda varient. Les experts lui voient davantage jouer un rôle en coulisses, faute d'y disposer encore de nombreux combattants sur le terrain.

La présence de combattants internationaux aux côtés des insurgés talibans y «est vraiment minimale», estime Graham Smith, analyste à l'International Crisis Group (ICG) à Kaboul.

Pour Jawed Kohistani, un spécialiste afghan des questions de sécurité, Al-Qaïda compte environ 2000 combattants en Afghanistan, principalement dans les provinces de Badakhshan (nord-est), Kunduz (nord), Logar (proche de la capitale Kaboul) et du Nouristan (est, à la frontière pakistanaise).

Si les djihadistes de l'Etat islamique (EI) ont relégué Al-Qaïda à un rôle de second plan en Syrie et en Irak, telle une start-up défiant le monopole d'une multinationale, ils ont aussi commencé à faire sentir leur présence dans les fiefs historiques de Ben Laden.

Tracts de l'EI en Afghanistan

L'EI est au départ issu de la branche irakienne d'Al-Qaïda, mais il a coupé les ponts avec le siège en février dernier, avant de déclarer un califat islamique sur des pans entiers de la Syrie et de l'Irak. Et ces dernières semaines, des tracts de l'EI ont même fait leur apparition en Afghanistan et le nord-ouest pakistanais, rédigés dans les langues locales pachto et dari.

La semaine dernière, Ayman al-Zawahiri a officiellement annoncé la création d'une nouvelle branche d'Al-Qaïda en Asie du Sud (Inde, Bangladesh, Birmanie), région comptant plus de 300 millions de musulmans, mais jusqu'à présent insensibles aux appels au jihad mondial.

Amir Rana y voit sans aucun doute la volonté d'Al-Qaïda de renouveler sa «marque» et reprendre l'ascendant sur l'EI. «Mais cela montre son désespoir, car il perd le contrôle de ses mouvements affiliés ici et ailleurs dans le monde», dit-il.

Recrutement dynamisé

Le chef de la nouvelle branche pour l'Asie du Sud, le Pakistanais Asim Umar, un jeune propagandiste connu pour ses prêches en ligne, devra redoubler d'efforts pour ouvrir un «nouveau front» vers l'Inde.

Le défi est d'autant plus grand qu'à l'approche du retrait des forces de l'OTAN d'Afghanistan, les talibans du Pendjab pakistanais, accusés par le passé d'opérations en Inde, ont affirmé ce week-end vouloir désormais concentrer leurs attaques ailleurs, sur le sol afghan.

Cette compétition apparente entre Al-Qaïda et l'EI pourrait par ricochet contribuer à rajeunir le jihad mondial en amenant de nouveaux combattants à ses concurrents. Les changements de dynamique «permettent de recruter de nouveaux combattants, de nouveaux affiliés, et donc de donner une nouvelle vie» aux groupes djihadistes , note Amir Rana.

D'autant que si Al-Qaïda a été donné vaincu à plusieurs reprises depuis le 11-Septembre, il a jusqu'ici toujours fait mentir ses détracteurs.

L'Etat islamique, une organisation ultra-violente

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L'objectif des djihadistes est d'établir un Etat islamique entre la Syrie et l'Irak. (Raqqa, Syrie, 29 juin 2014)

L'objectif des djihadistes est d'établir un Etat islamique entre la Syrie et l'Irak. (Raqqa, Syrie, 29 juin 2014)

Reuters
Les militants viennent d'Irak, de Syrie, d'Europe et du Caucase.

Les militants viennent d'Irak, de Syrie, d'Europe et du Caucase.

Reuters
Ses ressources importantes permettent à l'organisation de bénéficier d'armes dernier cri. (Raqqa, Syrie, 30 juin 2014)

Ses ressources importantes permettent à l'organisation de bénéficier d'armes dernier cri. (Raqqa, Syrie, 30 juin 2014)

Reuters
(ats)

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