Actualisé 04.09.2020 à 19:35

ChroniqueAlan Roura: «Dans vingt ans, j’aurais dit quoi à ma fille?»

Retrouvez la chronique que le marin genevois tient dans «Le Matin Dimanche».

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Alan Roura
Alan Roura. 

Alan Roura.

Keystone

Cette année de Vendée Globe, la dernière me liant par contrat à «La Fabrique» et à mes autres partenaires, marquait la fin d’un cycle exceptionnel de quatre ans et s’annonçait exceptionnelle. Deux Transatlantiques, un tour du monde, et de nombreux événements étaient au programme. Mais cette saison 2020 n’aura finalement pas été celle que l’on espérait. Ici à Lorient, pôle qui s’impose peu à peu comme première base de course au large en Bretagne Sud, l’épidémie de Covid-19 ne nous a pas épargnés.

J’ai beau naviguer en solitaire, c’est toute une équipe qui m’entoure et m’accompagne dans tous mes projets. Donc entre l’interdiction de naviguer et la présence de profils à risque au sein du team, je n’ai pas eu d’autre choix que de «fermer boutique» et de mettre ma préparation en stand-by. Pour mieux repartir derrière. Sauf qu’avec l’annulation des deux courses transatlantiques initialement prévues (The Transat, puis New York - Vendée), un nouvel événement était créé pour début juillet: la Vendée Arctique.

Mais juillet, dans mon calendrier, n’était pas un mois comme les autres, car Aurélia et moi attendions un heureux événement. Une petite fille, dont l’ETA (Estimated time of arrival) était prévu au 15 juillet. Me voilà bien dans l’embarras! Que faire? Manquer la seule grande course de préparation de l’année au Vendée Globe pour assister à sa naissance? Ou prendre le départ de la course et rater l’arrivée de mon premier enfant? Ce qui m’a fait me décider, c’est Eric, de l’équipe voisine, qui m’a dit: «Dans vingt ans, tu préfères dire quoi à ta gamine? Que tu étais en mer pour une simple course? Ou que tu as préféré voir sa belle gueule arriver sur cette terre?»

À ce moment-là, en accord avec l’ensemble de mes partenaires, je n’ai plus hésité: JE RESTE! Et j’ai bien fait, car les entraînements se sont enchaînés et notre jolie petite Billie est arrivée le 9 juillet, en plein milieu de la course. Je ne regrette donc rien, tellement ce moment est simplement inoubliable dans la vie d’un homme. Encore plus quand on se sent utile avec la maman. Rester à terre, ce n’est pas simplement attendre son enfant et être là pour l’accouchement, mais c’est aussi soutenir, apprendre et être présent dans les premières semaines.

Un bébé et un contrôle général du bateau plus tard, et me voilà reparti pour une nouvelle phase d’entraînements, le couteau entre les dents. Nous touchons bientôt au but, le bateau est prêt, le marin aussi: je compte les jours jusqu’au départ du Vendée Globe début novembre, le sourire aux lèvres, et la niaque de ne jamais rien lâcher. La prochaine (et dernière) confrontation entre IMOCA sera le Défi Azimut du 9 au 13 septembre à Lorient.

Je vous donne rendez-vous très bientôt pour la suite des aventures du petit Suisse en mer, avec comme objectif principal de l’année le Vendée Globe, évidemment. Avec l’envie de bien faire les choses et viser le tour du monde en 80 jours!

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Ana-Maria Crnogorcevic, Stefan Küng et Jolanda Neff.

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2 commentaires
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Philou56

05.09.2020 à 08:10

C’est important dans la vie de savoir placer ses priorités ! BRAVO !

Thomas

04.09.2020 à 20:42

Bon choix :-) et bienvenue à votre petite...