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ChroniqueAlan Roura: «En mode MacGyver»

Retrouvez la chronique que le marin genevois tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Alan Roura
KEYSTONE

Pas simple, ce début de Vendée Globe. J’ai eu pas mal de peine à rentrer dans ma course, peut-être à cause de ce départ sans public? J’avais plutôt l’impression de partir faire un simple convoyage que de partir faire le tour du monde. Avec ensuite un enchaînement de mauvais temps, des options de routes différentes, une grosse dépression tropicale et une belle zone sans vent pour finir. Et comme toujours, c’est sur moi qu’elle est tombée, cette zone sans vent!

Ça m’a fait perdre beaucoup de terrain sur ceux de devant, après m’être battu pendant plusieurs jours pour rester accroché au bon train de la flotte. Mais Éole en a décidé autrement. Tant pis, j’ai le couteau entre les dents, j’attaque cette dernière partie de l’Atlantique Nord avant la zone de convergence intertropicale (ou Pot au Noir). C’est bon, j’ai bien compris que je n’étais pas en convoyage, je suis désormais bien en mode course, guerrier! Le bateau est au top. À part le plexiglas de mon «pare-brise» qui s’est cassé à un endroit, rien à signaler à bord de «La Fabrique».

Avec un champ de vision aussi restreint, j’ai dû passer en mode MacGyver. J’adore ça, le temps serait long sans avoir un minimum de bricoles. Le bonhomme aussi va bien, même si une bonne nuit de sommeil ne serait pas de refus. Parce que, quand je regarde la suite du parcours, il va falloir bien se reposer avant d’aborder la descente du Brésil, avec les cargos et les vents instables.

Je regarde un film de temps en temps, histoire de m’évader un peu quelques minutes, entendre des voix, ressentir des émotions… J’essaie de dessiner un peu aussi, mais sur ma tablette, avec le bateau qui bouge fort, c’est mission presque impossible. Quelques réglages de voiles, l’analyse des fichiers météo, l’étude de ma stratégie et de ma trajectoire, deux ou trois repas et plusieurs microsiestes plus tard, et la journée est vite passée.

Ce matin j’ai pris ma deuxième douche depuis le départ. Ça fait du bien! Un homme tout propre! Il faut en profiter, car ce n’est pas dans le grand Sud qu’on pourra prendre des douches à gogo. Le Sud me semble encore bien loin, et en même temps ça va arriver tellement vite… Au moment où je vous écris, je suis à 23 nœuds de vitesse. C’est dingue. Ces bateaux sont magiques, fabuleux, bien que tellement durs. J’essaie de trouver des routes «faciles» en termes de manœuvres, changer de voiles toutes les cinq minutes est inutile, il faut jouer avec les conditions qu’on rencontre, quitte à faire certains micro-détours de temps en temps. Je crois que c’est comme ça que Jean Le Cam fait, et pour l’instant ça semble assez bien marcher.

Je serai bientôt dans les eaux brésiliennes, bientôt la samba. Mais de loin, cette fois, pas comme en 2016!

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura, Stefan Küng et Jolanda Neff.

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