Cyclisme: «Albasini a tout de suite 'pris feu' pour cette idée»

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Cyclisme«Albasini a tout de suite 'pris feu' pour cette idée»

Stefan Küng est sur les routes suisses cette semaine, pour y accompagner Michael Albasini. Il en profite pour reprendre le rythme avant une fin de saison ultra-dense.

par
Robin Carrel
Les deux compères au départ de «leur» Tour de Suisse

Les deux compères au départ de «leur» Tour de Suisse

Keystone

Stefan Küng a le respect des aînés. C'est lui qui a eu l'idée de la tournée d'adieux de son ami Michael Albasini (39 ans), sur le parcours du Tour de Suisse. Le Thurgovien, passé mercredi par Moudon, accompagne son pote sur les routes helvétiques cette semaine, histoire aussi de reprendre contact avec la route, lui qui affichait une superbe forme avant la pause liée au Covid-19.

Interview du troisième des derniers Mondiaux, qui en a profité pour faire passer un message sur la fin...

Comment vous est venue l'idée d'organiser ce Tour de Suisse pour Michael Albasini?

(Il souffle) Pendant la pandémie, on était chacun de notre côté... Un jour, à l'entraînement, j'étais avec Olivier Senn (réd: organisateur du Tour de Suisse) et j'ai appris qu'il n'y aurait pas de Tour de Suisse cette année. Là, j'ai tout de suite pensé à «Alba», parce qu'il devait arrêter sa carrière à la fin de ce Tour! Il a eu une carrière énorme. Il fait du vélo depuis qu'il a dix ans (réd: il en a aujourd'hui 39), ce qui fait qu'il est sur une bicyclette depuis presque trente ans, dont dix-sept ou dix-huit saisons chez les pros. Je me suis donc dit: «Ce serait trop dommage qu'il s'arrête comme ça». Surtout, pour un coureur suisse, les courses au pays sont les plus spéciales. Ce sont celles qu'on aime le plus, surtout lui, qui y a connu incroyablement de succès. Michael compte trente victoires chez les professionnels, dont quatorze en Suisse, je crois. Il a dû gagner neuf fois sur le Tour de Romandie, trois sur le Tour de Suisse et deux fois le Grand Prix de Gippingen. Pour lui comme pour moi, ce sont parmi les courses les plus importantes du calendrier.

J'ai donc eu l'idée qu'on fasse le Tour de Suisse de A à Z, chaque étape comme elles auraient dû l'être et que, chaque jour, ceux qui l'ont accompagné lors de sa carrière nous rejoignent. Une petite tournée d'adieux... J'ai regardé avec son père, Marcello (réd: sélectionneur de l'équipe de Suisse), le Team Micarna, pour voir s'ils pouvaient nous aider, on en a parlé avec «Alba» et l'idée a germé. Il a tout de suite «pris feu» pour cette idée et ça s'est développé comme ça. Au départ, on a organisé quelque chose de tout petit, parce qu'on ne savait pas encore si on pouvait courir avec des groupes un peu plus grands. On s'est dit, au pire, on le fait à deux et chaque jour, deux-trois coureurs nous accompagneront.

Vous attendiez-vous que ça marche si bien?

Franchement, nous on s'était mis dans la tête de le faire en groupe de cinq! On se disait: «Tant pis, au moins on ne se laisse pas arrêter par le virus!» Quand le Conseil Fédéral a ouvert la porte, ça a été super pour nous. A Frauenfeld, on devait être 299 (rires)! C'était vraiment génial, quand on voit le nombre de gens qui prennent du plaisir... Ils sont tellement contents pour «Alba», qu'il puisse faire ça. C'est un signe que les choses recommencent, que ça continue et qu'on ne se laisse pas abattre. C'est génial. Ainsi, je pense que Michael profite encore davantage de ce Tour de Suisse, que s'il avait participé à la «vraie course», parce que tous les jours, des gens viennent prendre du plaisir avec lui. Des anciens coureurs, des copains...

Ça montre aussi qu'il y a une petite culture de la bicyclette dans ce pays, malgré tout...

Ouais, absolument! Et puis nous, on se connaît tous bien... Il n'y a pas tant de professionnels que ça en Suisse. On s'entend bien et c'est cool que tout le monde participe à cet événement.

Ca a aussi un côté pratique... Ca fait faire pas mal de kilomètres en vue de la reprise de la saison. De la montagne, aussi. Et ça vous réhabitue à courir en peloton!

Mhhh... Franchement, quand on a eu cette idée, je n'ai pas pensé du tout à ça. J'ai juste pensé à faire «comme si». Après, je regarde comment sont les sensations un jour après l'autre et tu te dis en fin de compte que ça va faire une semaine de presque quarante heures de vélo. C'est un très gros bloc d'endurance, mais ce n'est pas plus mal. J'ai regardé avec mon entraîneur et il m'a dit qu'il n'y avait pas de soucis. Des fois, on fait aussi des petits jeux, on reste des pros... Des fois, on fait des petits sprints jusqu'à un panneau des choses comme ça. Mais bon, ce n'est pas comparable à une course, parce que les deux premières étapes, on a mis six heures pour faire le parcours. Mercredi, on a mis cinq heures et demie, jeudi sept heures... Ce sont toujours de longues journées et la météo n'est pas terrible depuis quelques temps. Mais on a du plaisir et Albasini en a aussi, c'est ça le plus important.

Les Championnats de Suisse l'année passée... L'«AlbaTour de Suisse cette semaine... Vous allez finir organisateur de courses!

(Il rigole) Non... Ce sont des choses qui me tiennent à coeur... Cette fois, je n'ai pas organisé grand-chose, finalement. J'ai dit à Michael Albasini que c'était vraiment pour lui et que c'est lui qui devait tout décider. Ce qu'il voulait faire, combien de gens et tout. Mon but, c'était que ce soit lui au centre de tout ça, que ce soit lui aux commandes et pas d'autres gens. J'ai certes eu l'idée de départ, mais c'est ensuite lui qui a tout fait ou presque.

On voit d'ailleurs, avec sa famille autour de lui, qu'il prend un sacré plaisir.

C'était important pour lui que les siens soient avec lui. Ce n'est pas quelqu'un d'extraverti et c'est sympa que tous fassent quelque chose, que les comités d'organisation des étapes annulées du Tour de Suisse aient pu faire quelque chose tout de même.

C'est comme le Tour de Suisse virtuel... Ça permet tout de même de faire un peu d'image malgré tout.

Mais je préfère largement ça au Tour de Suisse virtuel (réd: il y avait tout de même gagné deux étapes)!

Parlons de la fin de saison... Vous savez déjà quand vous pourrez voir vos collègues?

Oui, on va faire un tout petit camp d'entraînement avec le groupe qui participera au Tour de France, à la fin du mois de juillet, normalement, avant que les courses ne reprennent. Ensuite, personnellement, j'enchaînerai sur les Strade Bianche, Milan-Sanremi, le Dauphiné, le Tour de France, les Championnats du monde. C'est ça la trame. Bon, j'espère que tout pourra avoir lieu... On ne sait pas encore!

Tout le monde a l'air assez optimiste.

Depuis le début du déconfinement, on est tous à faire presque comme si le coronavirus c'est déjà du passé...

Aller en Italie au début du mois d'août, ça vous inquiète?

Pour mon cas personnel, non. Je suis jeune, je suis sain... Je ne risque pas grand-chose. Le risque est de l'attraper, de devoir être mis en quarantaine et de rater le Tour de France, par exemple. C'est ça le danger. Quand tout a commencé, notre docteur nous a dit: «Vous êtes tous en bonne santé, vous êtes jeunes, vous ne risquez pas grand-chose si vous attrapez ce virus.» Le pire qui peut nous arriver, c'est d'être coincé quelque part, comme des coureurs du Tour des Emirats à Abou Dhabi, dont une partie de notre équipe. Actuellement, on se fixe sur cette première course le 1er août, on s'entraîne en fonction de cette date, et après il faudra voir. Il faut se montrer flexible et pouvoir s'adapter au cas où.

Vous avez toujours la même forme que quand vous avez dominé sur le Tour de Suisse virtuel?

Après ça, j'ai coupé. J'en ai profité pour me faire enlever une plaque dans la mâchoire. Actuellement, je suis en plein bloc d'endurance, je fais l'approche comme si la saison devait commencer en août.

Dernière question, le sujet qui fâche... Le contre-la-montre des Mondiaux en Suisse est toujours prévu le jour de l'arrivée du Tour de France sur les Champs-Elysées!

(Il s'anime) Je demande vraiment aux organisateurs des Championnats du monde de programmer le «chrono» le mercredi. Comme il l'a toujours été. Comme ça, on pourra éviter tous les problèmes qui vont fatalement se poser. Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas faisable, parce que nous aussi, on doit se montrer flexibles, cette saison. Nous aussi on doit faire des compromis. Je préférerais aller jusqu'aux Champs-Elysées et terminer mon quatrième Tour de France! Mais je pense que ça ne sera pas possible cette année. SI la situation reste comme ça, je préfère finir la course, surtout parce que c'est un grand Tour, surtout parce que c'est le Tour de France. Mais si vraiment il faut faire ça, je le ferai... Donc je leur demande à eux aussi d'être un peu flexibles! Je pourrai très bien abandonner le Tour au pire le dernier jeudi et rentrer chez moi, même si mon leader Thibaut Pinot est en jaune. Mais je ne peux pas abandonner la Grande Boucle une semaine avant! On doit déjà demandé une dérogation à l'Union cycliste internationale, pour pouvoir prendre le départ d'une course, si la course que tu as quittée n'est pas terminée. Là, déjà, il y a un problème. Après, il y a l'équipe. Si Thibaut est en jaune, je ne vais pas le quitter comme ça et lui souhaiter bonne chance.

Robin Carrel

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