Commentaire: Albert Rösti ou le loup dans la bergerie

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CommentaireAlbert Rösti ou le loup dans la bergerie

Opposé à toute la politique menée par le DETEC ces dernières années, son nouveau chef pro nucléaire va au-devant de pas mal de contradictions.

par
Eric Felley
Albert Rösti, nouveau conseiller fédéral.

Albert Rösti, nouveau conseiller fédéral.

Chancellerie fédérale

Les grands vainqueurs de la répartition des départements au sein du Conseil fédéral, ce sont les chasseurs des montagnes. Albert Rösti, le nouveau chef du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication, hérite du dossier du loup. Avec Doris Leuthard et Simonetta Sommaruga, le prédateur avait des fées protectrices à Berne, où les autorisations de tir étaient délivrées avec parcimonie et réticence. Dorénavant, un coup de fil à Albert pourrait bien sceller le sort d’une meute.

Au DETEC, le changement de régime doit en alerter plus d’un sur les nouvelles orientations du chef. Au 1er janvier, le loup va entrer dans la bergerie et les moutons seront aux abois. Sur tous les dossiers chauds, l’élu de l’Oberland et son groupe ont toujours voté contre les propositions du DETEC ces dernières années. Sur l’énergie, l’environnement ou le climat, l’UDC privilégie la dérégulation ou le laisser-faire, plutôt qu’une politique normative visant à sauver la planète. Surtout, le parti se méfie de l’avis des scientifiques, nombreux sur ces questions, lui préférant la boussole du bon sens et du Café du Commerce.

Premier rendez-vous en juin

À droite, les attentes sont grandes pour un changement de cap radical. Cependant Albert Rösti n’est pas tout seul et devra suivre la ligne du Conseil fédéral et les engagements pris par la Suisse pour se défaire des énergies fossiles. Son premier rendez-vous avec les urnes va être passionnant. Il hérite du contre-projet à l’initiative des glaciers sur lequel le peuple votera en juin à la suite d’un référendum lancé par son propre parti. Il devra défendre un texte qu’il a rejeté véhémentement avec ses collègues en tournant le dos à la salle.

Certes, ce n’est pas le premier conseiller fédéral à devoir défendre un texte dont il n’est pas l’auteur. Mais ici la discordance est particulièrement aiguë, car ce projet est issu des «expérimentations du camp rose-vert, idéologiques et irresponsables», selon les termes chers à l’UDC. C’est un peu comme si Pierre-Yves Maillard accédait au Département des finances pour défendre une baisse d’impôts pour les plus riches. Mais cela fait partie du jeu et Albert Rösti va le jouer, comme d’autres avant lui.

Nouvelles centrales nucléaires

Quel que soit le résultat de cette votation, la question climatique va continuer à enflammer les esprits. Même avec Simonetta Sommaruga, la Suisse a perdu de la crédibilité sur la scène internationale en reculant de 7 places cette année à l’Indice de performance sur le changement climatique. Selon Greenpeace, notre pays est sur une trajectoire qui mène à un réchauffement de 3 °C. Pas sûr qu’Albert Rösti soit capable de rafraîchir l’atmosphère avec de nouvelles propositions. Surtout lorsqu’il affirme que la Suisse doit absolument investir dans de nouvelles centrales nucléaires.

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