VAUD: Alexia, 14 ans, retrouvée saine et sauve dans un train
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VAUDAlexia, 14 ans, retrouvée saine et sauve dans un train

L'adolescente lausannoise n'avait plus donné signe de vie depuis le 22 mai. Atteinte de sclérose en plaques, elle avait disparu avec son petit copain. La police les a cueillis tard jeudi soir dans un train entre Yverdon et Estavayer-le-Lac.

par
Evelyne Emeri
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Partie sans ses médicaments, Alexia ne doit pas rater les rendez-vous mensuels pour ses intraveineuses.

Partie sans ses médicaments, Alexia ne doit pas rater les rendez-vous mensuels pour ses intraveineuses.

Ses parents, Carmen et Alexandre Bordiu (ici, au pied de leur logement lausannois), étaient très inquiets.

Ses parents, Carmen et Alexandre Bordiu (ici, au pied de leur logement lausannois), étaient très inquiets.

Maxime Schmid

«Depuis le mois de décembre, ils sont fusionnels. Nous avons accueilli ce garçon à bras ouverts chez nous. Nous l'avons accepté pour le bien de notre fille qui nous a demandé de nous en accommoder. Le diagnostic de sa sclérose en plaques est tombé au même moment que leur rencontre.» Carmen et Alexandre, les parents d'Alexia Bordiu, 14 ans, nous faisaient part de leur désespoir jeudi matin dans leur appartement lausannois.

Leur fille était partie sans son traitement pour la troisième fois consécutive en un mois et mettait ainsi gravement sa santé en danger. Ils craignaient également qu'elle ne soit influencée par son amoureux plus âgé qu'elle.

Plongé dans le procès de l'inceste

Le couple Bordiu a connu de gros problèmes, très mal vécus par leur enfant. En semaine, l'adolescente – placée par le Service de protection de la Jeunesse (SPJ) – vit en foyer, le week-end et les vacances à la maison. Ses parents ne s'attendaient pas à ce que la situation dégénère de la sorte. «Fin avril-début mai, nous avons eu une réunion avec le réseau d'intervention (ndlr. SPJ, médecins, éducateurs…). Ils nous ont demandé de cesser d'offrir l'hospitalité à son copain. Nous avons écouté leurs conseils.»

Le père et la mère d'Alexia connaissent le calvaire que le jeune Vaudois de 17 ans a subi au sein de sa propre famille durant plus de dix ans. Il est le quatrième enfant de la fratrie de huit, qui a tristement fait la une des médias suisses ce printemps. Le procès de l'inceste où l'on a découvert avec effroi les atrocités sexuelles perpétrées par un père sur ses enfants et entre enfants avec la complicité de son épouse, les violences, les humiliations, les carences affectives et éducatives, les manques de repères, d'hygiène.

Indemnes

Les parents de la jeune fille le prennent d'autant plus sous leurs ailes, en fixant des règles strictes. Notamment l'interdiction de rapports intimes entre eux. Mais les relations deviennent conflictuelles. Le petit ami est trop présent, y compris au CHUV lors des hospitalisations de sa douce. Il est très peu dans son propre foyer d'accueil à Lausanne. «Le 29 avril, il a conduit une voiture volée sans permis. Ils se sont fait pincer lors d'un contrôle de routine à Clarens (VD). Ça a été le déclencheur. Il fallait les séparer. Ils n'ont pas accepté. Le soir même, ils fuguaient une première fois», racontait la maman. Ils seront retrouvés huit jours plus tard à Courtepin (FR). Ils récidivent vingt-quatre heures et se réfugient au domicile de la mère de l'amoureux - actuellement en hôpital psychiatrique, tandis que le père purge sa peine - à Estavayer-le-Lac (FR).

Le 22 mai, les deux tourtereaux se sont refait la belle. Dix jours de nouvelle peur panique pour Carmen et Alexandre Bordiu qui ont multiplié les actions sur les réseaux sociaux. En vain. Leur disparition a bien sûr été signalée aux forces de l'ordre. Les recherches étaient menées conjointement par la police lausannoise et cantonale. Tard hier soir, les deux jeunes ont été retrouvés dans un train circulant entre Yverdon et Estavayer-le-Lac. Ils rejoignaient visiblement le logement de la maman du petit copain. Alexia a été placée à Valmont, centre éducatif fermé, à Lausanne. Et son amoureux est rentré au Parachute (Fondation Mère Sofia).

«Ils s'entraident tous les deux»

Si Alexia est sous l'autorité de ses parents, il n'en va pas de même pour son copain. L'Office des curatelles et tutelles professionnelles (OCTP) protège ce jeune fragilisé. «Nous lançons systématiquement un avis de fugue. C'est un signal. Ça veut dire qu'on ne les laisse pas tomber, qu'on tient à eux. Tôt ou tard, ça paie, explique Frédéric Vuissoz, chef de l'OCTP. Il faut tenir le cap et que nos pupilles se sentent soutenus. Dans ce cas précis, ils s'entraident tous les deux. Il faut dans certaines circonstances laisser faire, mais sans laisser tomber, tout en assurant une protection adéquate. Cela pose des enjeux éthiques difficiles aux différents professionnels concernés. Souvent, les victimes de maltraitances ne veulent plus être considérées comme telles et aspirent à se reconstruire et à l'oubli. Il faut le respecter.»

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