Jura - Aller en prison pour son chien mort? Non merci!
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JuraAller en prison pour son chien mort? Non merci!

En raison de la taxe sur les chiens qu’il refuse de payer, un Jurassien de 87 ans a vu son amende convertie en un jour de prison. Il s’indigne.

par
Vincent Donzé
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Jean-Jacques Pedretti avec Tek, le 5 décembre 2012, quand il contestait le résultat des élections à la mairie de Porrentruy.

Jean-Jacques Pedretti avec Tek, le 5 décembre 2012, quand il contestait le résultat des élections à la mairie de Porrentruy.

Jean-Guy Python
Tek est mort le 21 septembre 2020, mais la taxe s’applique jusqu’au 31 décembre.

Tek est mort le 21 septembre 2020, mais la taxe s’applique jusqu’au 31 décembre.

Jean-Guy Python
En 2017, Tek portait le médaillon 0001.

En 2017, Tek portait le médaillon 0001.

Lematin.ch/Vincent Donzé

Son amstaff Tek qu’il trimbalait partout est mort euthanasié le 21 septembre dernier, mais la taxe envoyée à Jean-Jacques Pedretti, 87 ans, n’a pas été diminuée d’un quart. À Porrentruy, ce juriste doublé d’un brocanteur a fait des injustices le combat d’une vie. Ainsi, en 2012, quand il a constaté des irrégularités dans l’élection à la mairie, son combat a conduit à l’annulation du scrutin et à sa répétition. Lui faire payer l’entier de la taxe de 100 francs? Très peu pour lui.

«Ma lutte n’est pas une lubie, c’est un combat contre la non-conformité de la taxe sur les chiens, qui sert aussi pour les chats, quand bien même les taxes doivent servir dans le domaine où elles sont perçues», affirme-t-il. «Quand on applique le principe du pollueur-payeur, on doit différencier les crottes d’un chihuahua de celle d’un Saint-bernard», ajoute ce sans-parti.

Conditions de détention

Le non-paiement de la taxe a abouti à une amende de 150 francs que Jean-Jacques Pedretti n’a ni payée, ni contestée. Sa conversion en un jour de prison lui a paru «ridicule», mais l’autoproclamé «emmerdeur numéro un» était prêt à s’y soumettre du 22 au 23 juin, jour férié qui commémore la libération du peuple jurassien, jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance d’un brigand sorti de prison.

Une rencontre qui l’a fait changer d’avis, notamment lorsqu’il a appris les conditions de détention qu’il juge contraires aux droits de l’homme et à la Convention européenne sur la torture. «Je refuse la prison pour une dette, je ne veux pas aller en enfer! Qu’on m’assigne à résidence ou qu’on m’impose du travail d’intérêt général», fulmine Jean-Jacques Pedretti, qui ne sollicitera pas la grâce d’un gouvernement dont il conteste «la légitimité et la capacité».

Moralité? «C’est très dur d’avoir des idées et de les assumer, mais c’est une chance de se battre: ça permet de vivre longtemps», dit-il. Baisser les bras équivaut pour lui à «donner du pouvoir aux autorités qui dépassent déjà leurs prérogatives».

«Il n’aimait pas les flics»

«Qu’on mette dans cette prison ceux qui l’ont rendue illégale et qui violent les principes élémentaires», tonne Jean-Jacques Pedretti. Citant Léo Ferré, il dit encore que dans ce monde, «les muselières ne sont pas faites (que) pour les chiens». Son chien, Tek, aboyait d’ailleurs en présence d’un uniforme. «Il n’aimait pas les flics», explique son maître.

La balle est désormais dans le camp du Service juridique jurassien, qui décidera de la suite à donner à cette affaire.

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