Football - Analyse: Marius Müller, le facteur X du FC Lucerne
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FootballAnalyse: Marius Müller, le facteur X du FC Lucerne

L’Allemand est le gardien de Super League à prendre le plus part au jeu offensif de son équipe. Décryptage, avant la finale de Coupe de Suisse contre Saint-Gall (lundi 15h00).

par
Valentin Schnorhk
L’habileté au pied de Marius Müller constitue un atout de choix pour le Lucerne de Fabio Celestini.

L’habileté au pied de Marius Müller constitue un atout de choix pour le Lucerne de Fabio Celestini.

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«Avec lui, nous jouons toujours à 11 contre 10, son importance est fondamentale.» Fabio Celestini n’a pas changé le football, ni inventé une nouvelle règle qui consacrerait la supériorité permanente. Plutôt, il a repris des idées pour lui permettre d’interpréter le jeu à sa façon. Alors oui, quand son FC Lucerne a le ballon, il considère qu’il joue avec un joueur de plus. En l’occurrence, Marius Müller, son gardien. Le portier allemand de 27 ans occupe un rôle-clé dans la mise en application de la stratégie de l’entraîneur vaudois. Il se reposera encore forcément dessus lors de la finale de la Coupe de Suisse, ce lundi contre Saint-Gall.

L’approche ne se veut pas révolutionnaire. Cela fait déjà une grosse décennie que les gardiens (Neuer, Ter Stegen, Valdes, Ederson, Sommer) ont été intégrés au jeu offensif, à la construction. En Suisse, en revanche, ils sont rares. «Parfois, quand on analyse les matches à la tactical cam (ndlr: prise de vue aérienne et large, qui permet de voir l’ensemble du terrain), on s’aperçoit que Müller est toujours dans le champ, alors que chez les adversaires, on ne voit jamais leur gardien lorsqu’ils ont la balle, relève Celestini. Nous sommes la seule équipe à faire ça, à le voir participer au jeu à ce point.» Au-delà de son caractère unique en Super League, Marius Müller constitue surtout un atout de poids pour l’équipe de Suisse centrale.


De la continuité au jeu

Lucerne joue à 11, explique donc Celestini. Comme n’importe quelle équipe. En théorie du moins, puisque Marius Müller est le gardien le plus intégré au jeu de Super League. Il est à la fois celui qui donne le plus de passes et qui en reçoit le plus. Logique? Pas forcément, puisque quantité de gardiens captent la balle, la donnent et ne la voient plus jamais revenir. Avec Müller, en revanche, on peut se permettre d’échanger la balle et de gagner du terrain.

Autrement dit, Marius Müller inspire de la confiance. Qu’il soit mis sous pression ou non, il interprète la situation de manière à prendre la meilleure décision. Sans forcément balancer au premier attaquant qui viendrait sur lui. La formation allemande? Fabio Celestini réfute: «Quand je suis arrivé, ce n’est pas ce qu’il savait faire. Il n’était pas programmé pour. On voyait qu’il pouvait envoyer le ballon à 80 mètres sans problème, mais jouer de la sorte, il ne l’avait jamais fait. Il a du talent et il n’est de loin pas mauvais au pied. Il a eu l’humilité de travailler et il adore désormais faire ça.» Un atout pour Lucerne, puisque le gardien est le seul joueur sur le terrain qui a l’ensemble du jeu face à lui. Lui permettant de prendre la meilleure décision possible.

Avec cet angle de vue «tactique», la disponibilité de Müller pour ses coéquipiers se fait voir.

Source: Wyscout/Dessins: Sport-Center

Avantage supplémentaire, et qui sera indubitablement prédominant lundi lorsqu’il faudra faire face au bloc haut saint-gallois: l’Allemand n’a pas peur. Il ne craint pas le pressing adverse et sait s’en accommoder pour faire avancer le jeu. Si Celestini refuse la prise de risque (il y en a une lorsqu’il y a une égalité numérique, pour l’entraîneur vaudois), il demande à son équipe de jouer en zone 1, le premier tiers du terrain. Parce qu’il y a une possibilité de trouver un homme libre. Il faut simplement avoir le courage de le trouver. Müller est prêt à ça. Son analyse de la situation lui amène régulièrement à faire un choix pertinent.

Marius Müller se démarque par son sang-froid face au pressing adverse.

Source: Wyscout/Dessins: Sport-Center

Créer la supériorité

Dans sa réflexion, Fabio Celestini apparaît comme beaucoup d’entraîneurs modernes. Pour construire depuis l’arrière, mettre en place un jeu de position, il lui faut créer une supériorité à l’origine. En clair, quand deux adversaires pressent, Lucerne entend pouvoir compter sur trois joueurs pour les éliminer et progresser. Il n’est pas rare – et en Suisse centrale aussi – que ce soit un milieu qui vienne aider les défenseurs centraux pour passer cette première ligne. Mais lorsque ceci est possible, Müller vient assister les deux joueurs devant lui dans le 4-4-2 désormais habituel.

Face aux deux attaquants sédunois, Müller assiste Knezevic et Burch. Les adversaires sont en infériorité numérique et ne peuvent pas presser.

Face aux deux attaquants sédunois, Müller assiste Knezevic et Burch. Les adversaires sont en infériorité numérique et ne peuvent pas presser.

Wyscout/Dessins: Sport-Center

En se comportant de la sorte, Müller permet à tous les autres joueurs de se placer plus haut dans le terrain. Ils sont ainsi en égalité numérique derrière la ligne de pression, dans toutes les zones du terrain.

En se positionnant haut sur le terrain, Marius Müller permet de créer une supériorité et à Lucerne de jouer à 11 contre 10.

Source: Wyscout/Dessins: Sport-Center

Le portier lucernois n’hésite ainsi pas à se positionner loin de ses buts, lorsqu’il s’agit de construire une action. Il est partie intégrante de son élaboration, et même des blocs bas ne sont pas de nature à le décourager.


Un jeu au pied varié

Marius Müller est peut-être le plus complet des gardiens de Super League. Son jeu au pied lui donne cet avantage sur tous les autres, du moins. Mais il est aussi celui qui dispose du registre technique le plus large, lorsque le ballon est entre ses pieds. Il est aussi bien capable de jouer court, mi-long ou long (plus de 40 mètres) et des deux pieds. En volume total, comme le montre le tableau ci-dessous, aucun gardien ne fait plus de passes courtes que lui. C’est d’ailleurs son choix privilégié, près de deux tiers du temps.

Pourtant, ce n’est pas sa qualité première. «Ce n’est pas vraiment dans le jeu court qu’il est intéressant, même s’il y est bon aussi, relativise Fabio Celestini. Müller a la facilité de viser loin et précis, même quand c’est à 80 mètres. Et à 45 mètres, il en est évidemment toujours capable.» Manière de souligner que c’est en lui conférant un rôle précis et en travaillant dessus que Müller atteint de tels chiffres.

Jeu court, jeu long, pied droit, pied gauche: le registre de Marius Müller est large.

Source: Wyscout/Dessins: Sport-Center

Cette variété a la particularité d’imposer un dilemme à l’adversaire. Sachant que Müller peut jouer aussi bien court que long, comment se positionner lorsqu’il a la balle? Avec un bloc bas attentiste, le gardien jouera court et Lucerne pourra développer son jeu patiemment. Avec un pressing haut, l’équipe perdra en compacité et l’Allemand aura tout loisir d’allonger vers un joueur libre, éliminant au passage plusieurs joueurs. Pas facile à gérer. D’autant plus que c’est une arme qui peut se révéler très efficace.


La particularité: les dégagements aux 6 mètres

C’est un classique. Certaines équipes ne se posent même plus la question: qui dit sortie de but, dit long ballon dans une zone densifiée. Et puis d’autres ont profité de l’évolution récente des règles du football pour trouver des alternatives. Depuis 2018, il est désormais possible pour plusieurs joueurs de la même équipe de se positionner dans la surface de réparation lors des sorties de but. Lucerne en profite souvent, avec les deux défenseurs centraux aux côtés de Müller. Mais l’équipe de Celestini se veut particulière: ce n’est pas le dernier rempart qui effectue la première passe, mais un défenseur vers Müller.

Stefan Knezevic donne la balle à Marius Müller. Balle au centre.

Source: Wyscout/Dessins: Sport-Center

Simple détail? Manière d’attirer l’attention? Pas pour l’ancien entraîneur du Lausanne-Sport: «Nous voulons que le ballon soit au milieu du jeu, explique-t-il. Parce que si on le joue sur un côté, il y a déjà deux joueurs à l’opposé qui sont éliminés et vous devez jouer à 8 contre 10. Alors qu’en jouant au milieu, c’est plus facile, le ballon est en jeu. C’est une solution qui nous plaît.» Autrement dit, Celestini considère qu’en jouant le ballon avec son défenseur central gauche, l’adversaire va pouvoir l’enfermer de ce côté-là et annuler les solutions de passe. Mais en passant la balle à Müller, celui-ci peut aussi bien jouer à droite, à gauche, dans l’axe ou même allonger. Malin!

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