Football – Analyse: Sion n’a pas tous les codes

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FootballAnalyse: Sion n’a pas tous les codes

Si les Valaisans l’ont emporté 2-0 contre Lausanne dimanche, ils affichent encore beaucoup de manques au niveau collectif. Mais il y a des pistes à exploiter.

par
Valentin Schnorhk
Paolo Tramezzani a engrangé 12 points depuis son retour à Tourbillon. Mais dans le jeu, Sion a encore certaines carences importantes.

Paolo Tramezzani a engrangé 12 points depuis son retour à Tourbillon. Mais dans le jeu, Sion a encore certaines carences importantes.

Pascal Muller/freshfocus

Après tout, il n’y a que la victoire qui compte. Du moins dans un dernier match de l’année, face au 9e de Super League. En battant 2-0 Lausanne dimanche, Sion s’est assuré une trêve sereine, et l’occasion pour Paolo Tramezzani de donner un peu plus de moelle à son équipe. Parce que cet ultime succès dans une rencontre globalement pauvre tactiquement ne masque pas toutes les carences valaisannes dans ce domaine. Même si Sion a certains atouts sur lesquels capitaliser après Noël. Décryptage.

Presser n’est pas une nature

Le présage n’était pas bon. À considérer les données avancées de pressing et d’intensité, Sion et Lausanne sont les deux équipes de Super League les moins actives dans le camp adverse. L’indicateur n’est pas forcément déterminant pour la performance, mais il y contribue fortement, sachant que Young Boys a construit une grande partie de ses quatre titres sur cet aspect. Tant Valaisans que Vaudois ont d’autres préoccupations que le haut du tableau. Et cela explique aussi en partie leur aversion au risque et leur volonté de se poster à la médiane, voire plus bas, pour commencer à s’activer défensivement.

En phase défensive, Sion se positionne le plus général en bloc médian et laisse l’adversaire trouver des solutions. Ici, Lausanne est organisé dans un 3-1-4-2 en phase offensive.

En phase défensive, Sion se positionne le plus général en bloc médian et laisse l’adversaire trouver des solutions. Ici, Lausanne est organisé dans un 3-1-4-2 en phase offensive.

Sauf que Sion a été mis en difficulté par un Lausanne un peu plus proactif avec ballon. Sans surprise, Ilija Borenovic avait aligné une formation flexible: un 4-2-3-1 sur le papier, qui se transforme en 4-4-2 en phase défensive et en 3-1-4-2 dans l’animation offensive. Comme ces dernières semaines. À une modification près: Anel Husic était blessé. C’est habituellement lui, en tant que latéral gauche, qui serre à l’intérieur à la construction, pour former la ligne de trois, alors que Fouad Chafik prend tout le couloir droit. Borenovic l’a remplacé par Archie Brown, changeant le mouvement. Sauf que dimanche, c’est Brown qui a pris place sur le flanc gauche, alors que Chafik accompagnait la relance. Trae Coyle, quant à lui, occupait le couloir droit (au lieu du gauche, ces derniers temps).

Exemple d’une séquence de pressing sédunoise, face au schéma lausannois en phase offensive. Côté droit de l’attaque valaisanne, Itaitinga est entre Grippo et Brown, alors que Cavaré s’occupe de Mahou. Cette indécision offre une porte de sortie au LS.

Exemple d’une séquence de pressing sédunoise, face au schéma lausannois en phase offensive. Côté droit de l’attaque valaisanne, Itaitinga est entre Grippo et Brown, alors que Cavaré s’occupe de Mahou. Cette indécision offre une porte de sortie au LS.

Avec quelle implication pour Sion, sachant que Tramezzani pouvait difficilement prévoir cela? Même si l’animation lausannoise demeurait similaire, Itaitinga, l’ailier droit du 4-3-3 valaisan, n’avait pas face à lui le latéral gauche «nominal» (en l’occurrence Brown), mais le défenseur central gauche (Grippo). Le voilà pris entre deux eaux: sur qui défendre? D’un point de vue tactique, l’intérêt de ce duel de bas de tableau reposait sur cette question.

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10e minute: Itaitinga est entre Brown et Grippo. La passe directe vers Brown est difficile pour Grippo, mais il peut toucher tranquillement Kukuruzovic, qui va trouver Brown.

10e minute: Itaitinga est entre Brown et Grippo. La passe directe vers Brown est difficile pour Grippo, mais il peut toucher tranquillement Kukuruzovic, qui va trouver Brown.

Sur sa prise de balle, Brown entre dans le terrain et fixe la défense. Il peut ensuite transmettre à Amdouni, puis Puertas tentera sa chance.

Sur sa prise de balle, Brown entre dans le terrain et fixe la défense. Il peut ensuite transmettre à Amdouni, puis Puertas tentera sa chance.

29e minute: Itaitinga est entre-deux. Koné peut donc transmettre à Grippo, qui a le temps.

29e minute: Itaitinga est entre-deux. Koné peut donc transmettre à Grippo, qui a le temps.

La réponse adoptée par Itaitinga et Tramezzani? Un entre-deux permanent, du moins durant la première période. Par séquences, le Brésilien se repliait très bas. Les réflexes d’un plan de jeu généralement attentiste et les consignes données de suivre son latéral, peut-être. Même si Sion s’est adapté, Itaitinga allant chercher un peu plus haut. Reste que cela témoignait d’une désorganisation: la liberté accordée à Grippo demeurait trop importante. Le LS pouvait alors aisément trouver Brown, en une ou deux passes. L’Anglais de 19 ans avait de l’espace sur son couloir, le latéral droit sédunois Cavaré, déjà occupé par la présence de Mahou dans sa zone, ne se risquant pas à aller le chercher haut. Cela suggérait une adaptation.

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46e minute: Dès le début de la 2e mi-temps, Sion se positionne plus haut. Itaitinga est à proximité de Grippo, qui ne peut donc pas être touché par Koné. Dans l’axe, Zuffi et Grippo sont proches des milieux.

46e minute: Dès le début de la 2e mi-temps, Sion se positionne plus haut. Itaitinga est à proximité de Grippo, qui ne peut donc pas être touché par Koné. Dans l’axe, Zuffi et Grippo sont proches des milieux.

En voulant jouer à l’intérieur, Diaw manque sa passe, qui finit sur Grgic. Le pressing est là efficace.

En voulant jouer à l’intérieur, Diaw manque sa passe, qui finit sur Grgic. Le pressing est là efficace.

52e minute: Il n’empêche, dès que le LS fait circuler le ballon, il y a des failles dans l’organisation sédunoise. Et notamment sur les côtés, où Brown et Coyle donnent la largeur. Ici, Grgic ne peut pas vraiment sortir sur Kukuruzovic (seul dans l’axe), parce qu’il doit compenser la passe vers Brown.

52e minute: Il n’empêche, dès que le LS fait circuler le ballon, il y a des failles dans l’organisation sédunoise. Et notamment sur les côtés, où Brown et Coyle donnent la largeur. Ici, Grgic ne peut pas vraiment sortir sur Kukuruzovic (seul dans l’axe), parce qu’il doit compenser la passe vers Brown.

Elle est arrivée après la pause. Dès l’entame de la deuxième mi-temps, Itaitinga s’est risqué à aller chercher haut Grippo. Conséquence directe: Lausanne ne pouvait plus repartir avec son défenseur central. Ce qui ne voulait pas dire que Sion avait réglé tous ses problèmes. Certes, les Valaisans étaient dans une optique plus individuelle dans l’axe, rendant difficile la tâche de passer par l’intérieur pour Mory Diaw et le LS. Mais avec la largeur offerte par Brown et Coyle, il existait des moyens de sortir du pressing puisque personne ne les marquait de près (Cavaré s’occupait de Mahou, et Grgic n’avait pas le temps de suivre la passe). En sautant le milieu. Lausanne y a recouru parfois.

Mais avec plus d’appréhension: le bloc sédunois était globalement plus haut. Et à la 57e minute, après une longue interruption en raison d’une visibilité obstruée par les fumigènes, Diaw n’a pas voulu prendre de risque. Il a donc allongé son dégagement aux 6 mètres. Sion s’est alors retrouvé dans un registre qu’il maîtrise mieux: la densité et le combat à mi-terrain. La balle était récupérée et Bua envoyé au but. Son centre contraignant Brown à inscrire un but contre-son-camp.

Valoriser les corners

Dès son retour à Sion en octobre, Tramezzani avait choisi de ne surtout pas négliger les coups de pied arrêtés, avec l’aide de son adjoint Amar Boumilat, particulièrement sensible à cette phase de jeu. Lors de son premier match contre Bâle déjà, les Valaisans avaient déployé leur palette de combinaisons. Sans grand succès cette fois-ci. Mais dimanche, Sion a aussi fait la différence sur corner. En prenant à défaut le marquage mixte de Lausanne.

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13e minute: Corner sortant pour Sion. Le LS est organisé en marquage mixte, avec 7 joueurs en zone et 3 au marquage individuel. Les mouvements sédunois attirent au 1er poteau, alors que deux joueurs font office de bloc sur les défenseurs lausannois en individuelle.

13e minute: Corner sortant pour Sion. Le LS est organisé en marquage mixte, avec 7 joueurs en zone et 3 au marquage individuel. Les mouvements sédunois attirent au 1er poteau, alors que deux joueurs font office de bloc sur les défenseurs lausannois en individuelle.

La ligne de passe pour Grgic est donc ouverte. Il peut atteindre Bua qui a de l’espace à l’entrée de la surface pour tirer.

La ligne de passe pour Grgic est donc ouverte. Il peut atteindre Bua qui a de l’espace à l’entrée de la surface pour tirer.

C’est en optant pour la stratégie de «l’écran» qu’ils ont créé de la place. Puisque Lausanne défend majoritairement en zone autour de sa surface de but, avec trois joueurs en marquage individuel sur les menaces les plus importantes, il y avait de la place ailleurs. Par exemple, à la sortie de la surface de réparation, où Bua s’est retrouvé seul sur le premier corner sédunois. Pas un hasard: cette situation a été permise par les mouvements de ses coéquipiers. D’un côté, des appels au premier poteau pour libérer la zone, et d’un autre, deux défenseurs qui se chargent de «bloquer» les défenseurs vaudois au marquage.

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77e minute: Exemple similaire ici, où plusieurs Sédunois appellent au 1er poteau. Deux autres font écran pour libérer Cavaré seul au 2e poteau.

77e minute: Exemple similaire ici, où plusieurs Sédunois appellent au 1er poteau. Deux autres font écran pour libérer Cavaré seul au 2e poteau.

Cavaré est donc seul au moment où le ballon arrive sur lui. Il inscrit le 2-0.

Cavaré est donc seul au moment où le ballon arrive sur lui. Il inscrit le 2-0.

L’approche a porté ses fruits dans un deuxième temps. Pour le 2-0 de Dimitri Cavaré. Cette fois-là, c’est en libérant le deuxième poteau que Sion a pu laisser seul le Français. Toujours en suivant le même principe: des appels au premier poteau et des écrans. Et puisque Grgic est un bon tireur de coups de pied arrêtés, le ballon a terminé à l’endroit espéré.

Actions (mal) placées

Sur phase arrêtée et en transition, Sion a assurément des arguments à faire valoir. C’est notamment ainsi qu’il a obtenu 12 points depuis la prise en mains de Tramezzani. Reste que l’effectif ne manque pas de qualité globale. Notamment pour maîtriser la phase offensive. Celle-ci n’est cependant de loin pas aboutie. Elle laisse place trop souvent à de l’improvisation, laquelle peut toutefois porter ses fruits ponctuellement, au vu des individualités.

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10e minute: Ndoye reçoit le ballon face au jeu, avec de l’espace. Mais son contrôle est incertain et il perd le ballon dès lors que l’espace se referme.

10e minute: Ndoye reçoit le ballon face au jeu, avec de l’espace. Mais son contrôle est incertain et il perd le ballon dès lors que l’espace se referme.

14e minute: Face au 4-4-2 lausannois, Sion a six joueurs positionnés avant la ligne de pression. Grgic décroche inutilement et est en plus contraint de jouer en retrait. Il n’y a personne derrière les attaquants lausannois.

14e minute: Face au 4-4-2 lausannois, Sion a six joueurs positionnés avant la ligne de pression. Grgic décroche inutilement et est en plus contraint de jouer en retrait. Il n’y a personne derrière les attaquants lausannois.

15e minute: Grgic a le ballon dans une position intéressante, mais seulement trois coéquipiers face à lui, à la même hauteur. Il est contraint de revenir en retrait.

15e minute: Grgic a le ballon dans une position intéressante, mais seulement trois coéquipiers face à lui, à la même hauteur. Il est contraint de revenir en retrait.

Contre Lausanne, les schémas n’ont jamais été très développés, sans ligne directrice. Sion est parfois reparti court, se laissant enfermer sur les côtés. Wesley est venu à l’intérieur à quelques reprises pour aider son équipe à avancer. Des exemples parmi d’autres. Parce que Sion a encore de la peine à progresser à l’intérieur du jeu, à toucher ses milieux en étant bien orientés. Dans ses séquences de possession face à une défense plutôt compacte, la formation valaisanne tend à tourner autour de l’adverse, avant de perdre la balle.

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17e minute: Ici, Kabashi avance en conduite après que Ndoye est venu former une ligne de trois pour éliminer les deux attaquants lausannois. Il peut donc gagner du terrain.

17e minute: Ici, Kabashi avance en conduite après que Ndoye est venu former une ligne de trois pour éliminer les deux attaquants lausannois. Il peut donc gagner du terrain.

Il trouve une ligne de passe vers Stojilkovic, positionné derrière les milieux, qui peut jouer en remise vers Itaitinga.

Il trouve une ligne de passe vers Stojilkovic, positionné derrière les milieux, qui peut jouer en remise vers Itaitinga.

32e minute: L’action sédunoise se construit à gauche, avec Zuffi, placé dans le dos des milieux, qui est touché par Wesley. Stojilkovic peut enclencher une course dans l’espace.

32e minute: L’action sédunoise se construit à gauche, avec Zuffi, placé dans le dos des milieux, qui est touché par Wesley. Stojilkovic peut enclencher une course dans l’espace.

Il y a cependant des attitudes individuelles qui racontent des intentions bien placées. L’utilisation de Filip Stojilkovic, attaquant de pointe avec des réflexes intéressants lorsqu’il est dos au jeu, peut constituer une piste. Il y en a d’autres. Et sûrement bien plus que ce qu’a laissé entrevoir Sion en 2021. Signe qu’il y a encore mieux à obtenir que la 7e place actuelle.

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